‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 162 sur 230 · INSTRUCTIONS A GOLTZ · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS A GOLTZ

duite sur son maitre par le rappel des troupes servant avec les Autrichiens, trait que ce dernier regardait comme «une véritable marque d'amitié et dont la reconnaissance ne s'effacera \imais de son cœur », Le chapitre des compliments épuisé, Goltz insinuera qu'il est muni de pleins pouvoirs pour traiter.

Ces préliminaires exposés, Frédéric aborde l'examen des propositions que « ces gens nous pourront faire pour la paix : 1° Ils s'offriront à retirer leurs troupes au delà de la Vistule, à nous rendre la Poméranie et peut-être à conserver la Prusse tout à lait, ou à ne la garder que jusques à la paix générale. A cela voici ce qu’il faut que vous répondiez. S'ils ne veulent garder la Prusse que jusqu'à la paix générale, il faut y consentir, parce que c'est toujours beaucoup gagné pour nous.

« 2° S'ils se proposent de garder la Prusse, il faut leur proposer qu’on me dédommage d’un autre côté, selon que je leur proposerai, et il faut m'envoyer un courrier.

« 3° S'ils veulent évacuer tous mes États, à condition d’une garantie du Holstein, je vous autorise à signer tout de suite, surtout si vous pouvez obtenir d'eux une garantie réciproque de la Silésie.

« 4° Si, outre ces trois cas, l'Empereur désirât que je lui donnasse un acte de neutralité, au cas qu'il fitla guerre au Danemark, signez, mais demandez simplement que cet acte ou cet article du traité soit tenu secretissime et dites à l'Empereur et à ses Ministres, supposé que cela se fasse, que vous le priez de le cacher même au ministre d'Angleterre, comme vous aviez de votre côté ordre de ne vous en ouvrir envers qui que ce soit ».

La suite des instructions vise les démarches que la Russie serait invitée à faire auprès de la Suède pour déterminer cette puissance à mettre fin à sa guerre, — la nécessité de savoir si l'attitude pacifique de l'Empereur provient de ses desseins contre le Danemark ou simplement de son

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désir de servie de médiateur entre les belligérants, —l'avantage d’exciter les Russes contre l'Autriche par tous les moyens possibles.

« Reste l'article des Tures dont il convient de traiter. Vous n'en parlerez que lorsque vous serez sûr de signer le traité de paix, et vous déclarerez à l'Empereur que, pressé comme je l’étais de tous côtés, les devoirs de ma conservation m'avaient fait entrer en traité avec les Turcs; que le grand objet était de les porter à faire une diversion en Hongrie, et que les Tartares pourraient peut-être intenter quelqué incursion sur les terres des Cosaques russes; mais que, pour peu que cela fit plaisir à l'Empe teur, je tâcherais d'accommoder l'affaire, pourvu qu'il fit insinuer sous main à la Porte qu'il ne troublerait pas les entreprises qu’elle pourrait former sur l'Hongrie. »

Le 20 février, Gudowitz eut une audience du Roi dont celui-ci se montra très satisfait. IL y eut échange de protestations amicales, mais on resta de part et d'autre sur le terrain des généralités. Le # mars, Goltz arriva à Pétersbourg. Entre temps Pierre avait reçu de son nouvel ami les insignes de l’orilre de l'aigle noir; il fut si sensible à cette distinction qu'il ne voulut plus se séparer de cette décoration qu'il portait à l'exclusion de toute autre. La correspondance entre les deux souverains devenait plus fréquente et assumait un ton de plus en plus intime. À l'Empereur de Russie qui avait demandé que le général Werner, prisonnier de guerre depuis septembre 1761, fût autorisé à prendre service dans l'armée russe, Frédéric écrivait (1) dans des termes qui ne lui étaient guère habituels : « Votre Majesté Impériale n’a qu'à dire; Elle peut compter sur moi. Elle demande le général Werner, Elle en peut disposer comme Elle le

(1) Frédéric à Pierre III, Breslau, 20 mars 1762. Correspondance politique, XX, p. 305.

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