‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 163 sur 230 · RÉVÉLATION DE £A POLITIQUE SECRÊTE DU MINISTÈRE ANGLAIS · texte numérisé non relu

RÉVÉLATION DE £A POLITIQUE SECRÊTE DU MINISTÈRE ANGLAIS

jugera à propos. Que ne puis-je témoigner par des effets plus réels les profondes marques de reconnaissance que ses procédés généreux ont marqués dans mon cœur! Tandis que je suis persécuté de toute l'Europe, je trouve en Elle un ami, je trouve en Elle un prince qui a le cœur vraiment allemand, qui ne veut pas contribuer à rendre l'Allemagne esclave de la maison d'Autriche et qui me tend une main secourable, lorsque je me trouvais presque sans ressource. »

Cette épitre, malgré — peut-être à cause de — son lyrisme exagéré, était fort habilement composée et produisit à coup sûr un grand effet sur l'esprit à la fois naïf et vaniteux du prince auquel elle était adressée. Trois jours après l'envoi de sa lettre, Frédéric reçut de l'Empereur Pierre par la voie de son ministre Goltz (1) une communication importante qui constituait à la fois un sûr garant des sentiments du monarque russe et une révélation complète des vues politiques secrètes du ministère anglais. Il s'agissait de la dépèche (déjà mentionnée dans ce chapitre) de Galitzin datée du 26 janvier, dans laquelle l'ambassadeur russe à la cour de Saint- James rendait compte d'un entretien avec le premier ministre anglais (2) : « Ce matin le comte Bute, Secrétaire d'État, m'ayant invité chez lui, m'a fait connaitre que cette cour-ci expédie encore dès ce soir le sieur Wroughton pour résider auprès de Votre Majesté Impériale en qualité de résident du Roi. » Le nouvel envoyé se joindra à Keith pour insinuer « qu'il ne dépend que de la bonne volonté de V. M. de donner la paix à l'Europe », il demandera « quelles sont les intentions de V. M. et sur quelles conditions il plairait à Elle d'établir la paix et principalement avec le roi de Prusse; qu'on sent parfai-

(1) Goltz à Frédéric, 13 mars 1762, répondue, le 23. Correspondance polilique, XXX, p. £11.

(2) Voir plus loin la version que donne Bute de cet entretien.

tement ici que le Prince, vu l’état délabré de ses affaires, ne peut se flatter d'obtenir la paix sans faire des cessions considérables de ses États et sans l'acheter, pour ainsi dire, à ses dépens. Qu'en conséquence de cette vérité reconnue ici, lui, comte Bute, avait écrit au sieur Mitchell, ministre britannique auprès du roi de Prusse, par ordre du roi son maitre, il y à six semaines, de déclarer au ministère prussien qu'il est bien temps de penser sérieusement à la paix, que la cour d'ici ne peut rendre la gr crre éternelle, pour plaire à Sa Majesté Prussienne. Qu'on n'a pas recu aucune réponse de Magdeburg sür cette déclaration, mais qu'on ne l'attend non plus aussi raisonnable qu’on le souhaiterait ici, vu que le roi de Prusse non seulement se flatte, à ce que les ministres prussiens lui disent, de trouver à la cour de V. M. plus de la bonne volonté en sa faveur dans l'affaire de la paix, mois qu’il se berce encore par d’autres espérances chimériques. Que lui, comte Bute, estime ces espérances d'autant plus chimériques qu’il juge de toutes ces circonstances s:ns passion et sans prévention et non pas à la facon des ministres prussiens, auxquels il est tout naturel, comme à des gens qui (se) « noyent, de s’attacher aux troncs, quoique sans aucune espérance ». Bute avait continué en manifestant l'espoir que l& Russie fidèle à son amitié avec l'Angleterre ne commettrait pas la faute de retirer ses troupes, car « retirer les troupes de V. M. ne serait point accélérer la paix, mais trainer la guerre en longueur, vu que le roi de Prusse, sans la coopération de V. M. I. en faveur de la cour de Vienne, resterait longtemps en état de continner la guerre contre l'Impératrice Reine, ce que la cour d'ici ne souhaite pas aucunement, et ne cherche au contraire que de sauver le roi de Prusse de la ruine totale, mais de l'obliger en même temps à faire des sacrifices ra:sonnables de ses États. Voici les propres termes de M. le comte

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