‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 165 sur 230 · COMMENT CHOISEUL ENVISAGE LE NOUVEAU RÈGNE · texte numérisé non relu

COMMENT CHOISEUL ENVISAGE LE NOUVEAU RÈGNE

au monde... Pour moi, mon corps, mon âme, mon cœur sont à Elle... V.M.[I. doit ranger mon cœur au rang de ses premières conquêtes, et j'ose dire qu'il n’y a rien de plus beau pour les souverains que de s’acquérir un empire qui n'est dû qu’à leur seule vertu. Nous célébrerons tous aujourd'hui cet heureux jour qui va servir de base à cette heureuse union. Mes officiers disent tous : « Vive notre cher Empereur! » Elle est comblée de bénédictions, et je leur dis « : Sans doute c’est notre cher Empereur, mais n'oubliez pas le respect que vous lui devez, en parlant si familièrement. »

A Versailles, la nouvelle de la mort d'Élisabeth ne semble pas avoir produit grand effet; on considérait la cour de Russie comme inféodée à celle de Vienne; si cette dernière restait fidèle à la politique belliqueuse adoptée depuis le pacte de famille, il n’y avait qu’à seconder les efforts qui seraient faits pour maintenir les liens de l'al'iance. Mais il se pourrait, croyait Choiseul (1), que l’Impératrice Reine cherchât « à gagner le nouvel Empereur en entrant dans ses vues et en se conformant à ses désirs; d’ailleurs l'épuisement où elle (l'Autriche) est et le penchant que nous lui soupçonnons depuis quelque temps pour la paix s'accorderait assez avec les sentiments que je suppose à Pierre IIL. Alors elle ne lui résisterait pas et elle se fonderait vis-à-vis de nous sur la nécessité où elle est de se conformer au désir de la Russie, et sur l'impossibilité de continuer la guerre sans le concours de cette puissance ». Pour cette éventualité, Choiseul trouve un malin plaisir à citer le fameux article 13 du traité de Versailles, auquel la Russie avait accédé. « La cour dé Vienne n’a pas manqué de nous l’opposer quand nous voulions la paix. Nous pouvons à notre tour l’invoyuer avec avantage et en demander l'exécution. »

(1) Comte de Choiseul à Breteuil, 31 janvier 1762. Affaires Étrangères.

IL écrit dans le même sens à Chatelet Lomont (1), ambassadeur français à Vienne : « Si la Russie s'allie à la Prusse, nous n'aurons peut-être rien à craindre de l’Autriche; si le nouvel Empereur veut pacifier l'Europe, nous devrons peut-être nous défier de la cour de Vienne à cause de ses préjugés, de ses complaisances pour la Russie. » En résumé, la cour de Versailles très belliqueuse depuis le pacte de famille donna pour instruction à ses agents à Pétersbourg et à Vienne de prècher le langage de l'indépendance vis-à-vis de la cour de Pétersbourg et de la solidariié des intérêts des cours de France et d'Autriche.

Par le cabinct britannique l'accession de Pierre HI ne pouvait qu'être bien accueillie, son influence nulle pendant le règne précédent retrouvait sa prépondérance d'antan; malheureusement l'admiration enthousiaste que le nouveau souverain professait pour Frédéric ne s harmonisait guère avec les sentiments fort attiédis du ministère Buxe pour leur allié et avec leur intention de sacrifier les intérêts de celui-ci au rétablissement de la paix. La malencontreuse déclaration de Bute au price Galitzin et plus que tout la confidence qu’en fit ensuite le czar au roi de Prusse, au mépris du secret demandé, eurent pour conséquence de brouiller les cartes et de détruire un accord que semblaient présager les évéaements passés. Quant à l'Autriche, ainsi que nous le verrons par le récit, elle fit de son mieux pour ne pas rompre avec la Russie et : 1pporta de la part de Pierre des procédés qu'elle n’eût pas tolérés d’un autre.

Vers la fin de février, les représentants des puissances reçurent communication d'une pièce à laquelle l'attitude et le langage de Pierre avaient dû les préparer. C'était une déclaration (2) pacifique dans laquelle le

(1) Comte de Choiseul à Chatelet, 14 février 1762. Affaires Étrangères. (2) Déclaration. Saint-Pétersbourg, 12, 23 février 1762. Archives de Vienne.

Page 1