DÉCLARATION PACIFIQUE
nouvel Empereur exprimait son regret de voir le fléau de la guerre qui avait tant duré, s'étendre davantage : « C’est pourquoi Sa Majesté... a jugé nécessaire de déclarer aux Cours alliées de la Russie, que préférant à toutes autres considérations la première loi que Dieu prescrit aux souverains, qui est la conservation des peuples qui leur sont confiés, Elle souhaite de procurer la paix à Son Empire, à qui Elle est si nécessaire et si précieuse, et en même temps de contribuer autant qu'il lui sera possible, à la rétablir dans toute l’Europe. C'est dans cette vue que Sa Majesté Impériale est prête à faire le sacrifice de conquêtes faites dans cette guerre par les armes russiennes, dans l’espérance que de leur côté toutes les cours alliées préféreront également le retour du repos et de la tranquillité aux avantages qu'elles pourraient attendre de ia guerre, et qu'elles ne peuvent obtenir qu'en répandant encore plus longtemps le sang humain; et pour cet effet Sa Majesté Impériale leur conseille dans la meilleure intention d'employer de leur côté tout leur pouvoir à l'accomplissement d’un ouvrage si grand et si salutaire ». Cette démarche avait été précédée d'un symptôme des plus inquiétants : la cour de Pétersbourg avait refusé de recevoir le dernier versement des subsides que l'Autriche s'était engagée à lui payer. Ce refus équivalait à la dénonciation du traité conclu entre les deux couronnes.
Le 26 février, Mercy (1) d'abord en compagnie de ses collègues, ensuite en tête à tête, eut un long entretien avec le chancelier Woronzow qui à moitié rétabli de son indisposition avait repris au moins nominalement la direction des affaires étrangères. Les explications du chancelier furent rassurantes. L'Empereur, malgré son grand désir de la paix, n'avait pas encore arrèté les me-
(1) Mercy à Kaunitz, P. S., 26 février 1762. Archives de Vienne. GUERRE DE SEPT ANS. — T, V. 21
sures propres à l’établir et n'avait à sa connaissance rien décidé au sujet des propositions à soumettre à ses alliés. Le chancelier était convaincu que le zèle de son maitre pour la paix n'irait pas jusqu'à s'unir aux ennemis de l'alliance, il ne tairait pas ses préoccupations au sujet des agissements de la Prusse, il s'y opposerait de toutes ses forces, mais il ne pouvait faire plus. Sur deux points les éclaircissements étaient plus précis : les Prussiens avaient pris l'initiative des ouvertures pour un armistice et le général Volkonsky avait été chargé de négocier avec eux, mais rien n'avait été conclu. Quant à Czernitchew, il avait recu ordre de se tenir prèt à évacuer la Silésie, quand le temps et la saison le permettraient.
Vers le 10 mars, la déclaration russe parvint à Vienne. Kaunitz déclara à Chatelet qu'il la regardait comme dictée par le roi de Prusse et comme un piège tendu et qu'il retarderait la réponse le plus possible. Ce ne fut en effet que le 29 mars que Starhemberg reçut le projet de réplique au document russe et un canevas de contredéclaration à concerter avec la France. Les pièces autrichiennes étaient appuyées d'un rescript (1) de Marie- Thérèse. Dans ce document on exposait la situation que faisaient à l'Autriche la désertion de la Russie, la renonciation de cette puissance aux territoires conquis sur la Prusse, le danger d’une alliance probable et prochaine du Tzar avec le roi Frédéric; on discutait longuement les avantages ou les inconvénients de la paix soit particulière soit générale; on se demandait si elle devait ètre précédée d’un armistice, on posait même les conditions auxquelles l'Impératrice Reine devait conclure un arrangement. Enfin, par des raisonnements de toutes sortes on concluait à la réunion d’un congrès, dont on laisserait l'initiative aux couronnes ennemies. Un peu
(1) Rescript de' Marie-Thérèse à Starhemberg, 22 mars 1762. Archives de Vienne.
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