‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 167 sur 230 · RÉPONSE DE VIENNE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE VIENNE

embarrassé par ie désintéressement du Tzar qui avait promis la restitution pure et simple des provinces conquises, Kaunitz, le rédacteur ou l’inspirateur du document, s'évertuait à démontrer que le ces de la Russie était tout différent ce celui de l'Autriche et que ce précédent fâcheux n'engageait aucunement la cour de Vienne; mais pour ne pas éveiller les susceptibilités de Pierre III, cette distinction délicate ne devait pas être développée dans un texte écrit, mais confié au savoirfaire ae l’ambas. «deur Mercy, qui s'en expliquerait verbalement. Bref, la note dominante de la réponse autrichienne laissait percer le désir, peut-être trop apparent, de ménager la Russie et d'éviter à tout prix de se brouiller avec elle.

Le comte de Choiseul qualifia (1) la pièce de « faible, plate et peu digne » et se félicita d’avoir pris les devants en expédiant directement sa réponse à Pétersbourg. Lors de l'envoi de la copie de ce document à Chatelet, le ministre français en avait fait une courte analyse (2) : « J'ai employé sans affectation, mais avec intention, les expressions les plus remarquables de celle (la déclaration) que nous avons reçue en les employant dans un sens contraire. Pour peu qu'on entende le français à Pétersbourg, il ne sera pas difficile de pénétrer le sens de nos paroles. » Le passage ironique ainsi visé parlait de « la fidélité aux engagements et à l'exactitude de remplir toute l'étendue des engagements par préférence à toute autre considération ».

Il devenait tous les jours plus difficile de trouver des informations précises sur la nouvelle politique de la Russie; à défaut de Woronzaw qui malade ou muet ne lui en fournit aucune, Mercy, à 11 disposition duquel son gouvernement avait mis une somme de 150.000 ducats,

(1) Comte de Choiseul à Chatelet, 30 mars 1762. Affaires Étrangères. (2) Comte de Choiseul à Chatelet, 2: mars 1762. Affaires Etrangères.

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aurait voulu s'aboucher avec d'autres personnages moins discrets; il ne put nouer des relations directes, mais par l'entremise de son secrétaire Eichenfeld il se procura des renseignements intéressants émanant d’un haut fonctionnaire auquel il a bien soin de ne donner d'autre dénomination que celle de bon ami. A celui-ci Eichenfeld (1) avait posé un véritable questionnaire, sans obtenir des aperçus bien nouveaux. Les réponses rculaient sur le renvoi sans rançon des prisonniers russes, la probabilité d'un arrangement avec la Suède, l'échange beaucoup plus fréquent de courriers avec Breslau qu'avec Londres, les mauvais procédés de l'Empereur pour sa femme, les intrigues du procureur général Glebow pour substituer sa belle-fille à la maitresse en titre, la colère de Woronzow, les scènes entre elle et l'Empereur, enfin les débauches et l'extravagance de ce dernier.

Dans sa dépêche du 15 mars (2) Mercy transmet un important avis; le bon ami avait fait appeler Eichenfeld et lui avait donné la teneur du rapport Galitzin sur son entretien à Londres avec Bute qui avait tant ému Frédéric. Il avait insisté aussi sur la colère du Tzar qui se serait écrié « que si Bute et sa cour avaient de telles pensées à l'égard de la Prusse, il ne voulait rien avoir à faire avec l'Angleterre, qu'il ferait une alliance avec la Prusse, qu’il abandonnerait le Hanovre, mais qu’il ne retirerait pas de suite les troupes russes et que si les Anglais se comportaient ainsi, il enverrait le maréchal Soltikoff se joindre au roi de Prusse. Ils (les Anglais) devraient savoir qu'il s'était préoccupé pendant 5 ans des difficultés du roi de Prusse, que l'empereur de Russie ne l’abandonnerait pas, alors que le Roi lui avait tout promis ». A cette sortie, le bon ami aurait répondu « qu'entre promettre et tenir il y avait une grande différence ». L'informateur de

(1) Mercy à Kaunitz, 5 mars 1762. Archives de Vienne (2) Mercy à Kaunitz, 15 mars 1762. Archives de Vienne.

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DÉPÈCHES DE MERCY. 325

Mercy était bien renseigné, puisque ses confidences sur la conversation de Bute portent à peu près la même date que celles de Pierre à l’envoyé prussien Goltz. C’est avec raison qu'il recommanda le secret le plus absolu à Eichenfeld à qui il dit que la moindre indiscrétion lui ferait perdre sa tête. Quelques jours après, dans un entretien avec Breteuil (1), le chancelier commenta les propos attribués à Bute et chercha à les expliquer; il avait eu quelque peine à faire admettre à Pierre que l'ambassadeur Galitzin, qui n'avait pas encore reçu de nouvelles instructions depuis la mort de la Tzarine Élisabeth ne pouvait être au courant de la politique inaugurée depuis l'avènement de son successeur.

Il serait oiseux de faire de longs emprunts aux dépèches des deux ambassadeurs; celles de Mercy, très détaillées, sont remplies des bruits qui couraient sur les démarci°s des egents prussiens, sur les projets de l'Empereur relatifs au Schleswig, sur son intention d'occuper le Mecklembourg ; de temps à autre elles relatent des conversations avec Woronzow, qui tantôt dément les faits rapportés, tantôt les ignore, plus souvent les atténue, mais qui évidemment ne possède plus aucun crédit auprès de son maitre.

Il aurait fallu s'expliquer avec le souverain lui-même, mais cela n’était pas chose facile. Sous prétexte d’un incident protocolaire à propos du prince de Holstein auquel il avait refusé de rendre la première visite, Breteuil avait vu ajourner toutes ses demandes d'audience ; Mercy après une attente de plus de 3 mois fut plus heureux, mais comme le prouve son récit (2) il ne put mettre à profit l’occasion pour entretenir Le Tzar de questions politiques. Il fut introduit avec le cérémonial habituel un peu simplifié. Pierre était en petite tenue et ce qui était une véritable offense pour la maison d'Autriche ne portait sur son

(1) Mercy à Kaunitz, P. S., 30 mars 1762. Archives de Vienne, (2) Mercy à Kaunitz, 25 avril 1762. Archives de Vienne.

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uniforme qu'une seule décoration, celle de l'aigle noir de Prusse qu'il venait de recevoir; il avait à ses côtés le prince de Holstein, son oncle, récemment nommé au commandement des gardes à cheval, Conformément au désir du prince, Mercy dut abréger son discours et s'en tenir aux compliments d'usage. La réplique fut à peine intelligible, tant la voix de Pierre était basse et ses expressions embrouillées; il termina en exprimant l'espoir d’entretenir, si cela était possible, l'amitié entre les deux cours. Mercy prit texte du mot possible pour faire entendre des protestations auxquelles le Tzar ne fit aucune réponse. Le soir, Mercy assista à une réception et à un jeu de la cour; il y rencontra Goltz qui joua à la même table que lui, et Schwerin qui se tenait derrière le fauteuil de l'Empereur et lui parlait constamment à l'oreille. Personnellement, Pierre se montra poli à l'égard de l'ambassadeur, il lui recommanda les prisonniers prussiens en Autriche et spécialement le général Fouquet qui à la suite de certains incidents avait été envoyé sur les confins de l’Esclavonie; il lui fit les honneurs de son cabinet de travail et de sa chambre à coucher.

Keith, plus heureux que Mercy, eut à l’occasion de la présentation des lettres qui l'accréditaient auprès du Tzar, un entretien intéressant dont il rendit compte (1) à sa cour. Pierre manifesta son désir de travailler avec le roi de la Grande-Bretagne à la pacification générale; il avait donné ordre à son représentant à Vienne d'inviter l’Impératrice Reine à suivre son exemple et à sacrifier ses conquêtes; « le roi de Prusse était maintenant son ami et serait probablement bientôt son allié; si eile s'obstinait à refuser à ce prince des conditions raisonnables, il (l'Empereur) pourrait se trouver obligé de venir en aide à la Prusse; la veille il avait informé le baron Goltz de sa déci-

(1) Keith à Bute, 16 avril 1762. Hardwicke papers.

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