PIERRE EST PRÊT A S'ALLIER AVEC LA PRUSSE
sion et il faisait préparer pour le prince Galitzin (1) à Vienne des ordres qui produiraient, espérait-il, l'effet désiré. Du reste, quel que fût le résultat de la démarche, tant que lui et les rois de la Grande-Bretagne et de la Prusse resteraient unis, ilsn'avaient rien à craindre d’une puissance quelconque ».
Le Tzar ayant demandé sur quel secours il pourrait compter de la part de l'Angleterre en cas de rupture avec le Danemark, Keith essaya de se tirer d'affaire en alléguant le manque d'instructions et se réfugia dans des considérations générales sur le beau rôle qui incomberait au pacificateur général de l'Europe. Dans une autre conversation, à Keith, qui continuait à prècher une politique pacifique, Pierre s’écria que l'Angleterre n'avait pas lieu d’être inquiète et que si elle voulait se lier à la Russie par une alliance offensive et défensive, il serait prêt à envoyer un corps de troupes en Allemagne.
Quel que füt le mystère dont les négociateurs du traité de paix entre la Russie et la Prusse avaient cherché à s'entourer, il fut impossible de garder le secret sur une œuvre que Pierre se plaisait à célébrer avec son exubérance ordinaire. Ce fut donc plutôt des conséquences de la convention que du texte lui-même que se préoccupèrent les représentants de l'Autriche et de la France. L'engouement du Tzar pour Frédéric, l'abandon des conquêtes faites sur la Prusse, l’activité avec laquelle les négociations avaient été poussées, tout semblait indiquer que la paix n’était que le prélude d’une alliance étroite des puissances si récemment hostiles. Woronzow qui avait signé l'instrument diplomatique, et qui allait recevoir du roi de Prusse le cadeau traditionnel sous forme d’une bague de diamants et qui certainement était plus au courant qu'il ne voulait le reconnaitre, tout en assurant Mercy et Breteuil qu'il n’y
(1) Ambassadeur russe à Vienne qu'il ne faut pas confondre avec le vicechancelier du même nom qui avait été à Londres.
avait dansle traité « rien de désagréable pour leurs cours», avait ajouté (1) : «Il est possible qu'il soit suivi d'un traité d'alliance et il faudra voir ce qu'il renfermera. » Peu de jours après cet aveu, le chancelier informa (2) Mercy de la mise des 206.000 hommes du corps de Czernitchew à la disposition du roi de Prusse « pour les employer où et comment il lui plairait ». Pendant longtemps on s'était demandé même dans l'entourage de Frédéric quelle serait la destination du contingent russe encore cantonné en Poméranie. Serait-il expédié en Hanovre, formerait-il le noyau de i'armée dirigée contre le Danemark, ou agirait-il comme auxiliaire des Prussiens? Woronzow croyait (3) à cette dernière solution ; et Breteuil écrivit : : Sile Tzar donne des troupes aux ennemis de ses alliés + plus à présumer qu’il unira ses forces au roi de Prusse qu'au roi d'Angleterre. » Le chancelier alla jusqu'à avouer que si le roi de Prusse demandait à son maitre la moitié de la Livonie, il estimait qu'il la lui donnerait sans hésiter : « Cette réflexion qu'il a faite au comte de Mercy et dont on peut conclure que si 20,000 hommes de secours ne suffisent pas, le Tzar lui en enverra 40 et 50.000, m'a paru faire grande impression sur l'Ambassadeur autrichien et sur sa fermeté, »
Le renseignement de Woronzow élait exact : escomptant la signature d’un traité d'alliance qu'il estimait prochaine, Pierre avait accordé le concours contre les Autrichiens d’un corps auxiliaire de 18.000 hommes. Frédéric communiquait à la date du 20 mai (4) la bonne nouvelle à son frère le prince Henri et annonçait leur arrivée au camp de Bettlern dans un délai de 15 jours au plus. La paix avec la Suède suivit de près celle qui avait été conclue avec la
(1) Breteuil au comte de Choiseul, 3 mai 1762. Affaires Étrangères.
(2) Breteuil au comte de Choiseul, 20 mai 1762. Affaires Étrangères.
(3) Breteuil au comte de Choiseul, 28 mai 1762, Affaires Etrangères.
(4) Frédéric a Henri, Bettlern, 20 mai 1762. Corresp. Polit., XXI, pr. 448.