LA PRUSSE SIGNE LA PAIX AVEC LA SUÉDE
Russie. La lassitude de la nation fatiguée d’une lutte sans résultat, le retard apporté au paiement des subsides de la cour de Versailles, l'impossibilité de couvrir à elle seule la dépense d'une nouvelle campagne, enfin le revirement de la politique de son puissant voisin expliquent et justifient cet événement, Le traité signé le 22 mai rétablissait le statu quo ante bellum. Ainsi que l'écrit Frédéric ({) au prince Ferdinand : « Le chapelet de la grande alliance commence à se dévider; il y a apparence que le nôtre se remplira, comme vous aurez vu. »
Ainsi engagé dans la lutte contre l’ancienne alliée de la Russie, Pierre donnerait-il suite à ses projets contre le Danemark ? Les deux puissances amies de sa couronne, la Prusse et l'Angleterre; avaient cherché à le détourner de la guerre qu'ilavait décidée. Frédéric, avec beaucoupde savoir-faire, ne s'était pas opposé directement à un projet auquel il sentait son allié acquis de préférence à tout autre, mais il avait profité du crédit qu'il possédait auprès de lui pour lui persuader d’ajourner une intervention belliqueuse qui offrirait plus de chances de succès en 1763 que pour l'année courante ; il avait même fait accepter sa médiation et en attendant avait obtenu la réunion à Berlin de diplomates russes et danois chargés de concilier les partis.
De l'influence anglaise il n’était plus question. Les propos de Bute à Galitzin, le désir ouvertement exprimé de se servir de l’action diplomatique de la Russie en vue de forcer la Prusse à consentir des sacrifices pour la paix, avaient révolté le souverain moscovite et avaient détruit le prestige dont la puissance maritime avait joui au début du règne. La déclaration de neutralité pour le cas d’une guerre contre le Danemark et les explications embarrassées que la cour de Saint-James avait cru devoir fournir, à propos des ouvertures faites à Vienne au commencement
(1) Frédéric à Ferdinand, Bettlern, 28 mai 1762. Corresp. Polil., XXI, p. 4180.