‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 172 sur 230 · PRÉPARATIFS CONTRE LE HOLSTEIN · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS CONTRE LE HOLSTEIN

Aux sages conseils du Roi, Pierre répondit (1) à la date du 15 mai que les préparatifs de l'expédition étaient trop avancés « pour se faire couronner auparavant » avec la magnificence à laquelle la nation russe était accoutumée. « Pour ce qu'il est du prince Iwan, je l'ai sous une forte garde, et si les Russes m'auraient voulu du mal, ils l’auraient déjà longtemps pu faire, voyant que je ne prends garde à moi, me remettant toujours à la garde du bon Dieu, allant à pied par la rue, comme Goltz est le témoin. Je peux vous l’assurer que, quand on sait se prendre avec eux, on peut aussi être sûr d'eux; et, Votre Majesté, que penseraient ces mêmes Russes de moi, voyant que je resterai au logis dans un temps de guerre dans mon pays natal, eux qui n’ont jamais souhaité autrement que d’être sous un maitre et pas sous une femme, ce que j'ai moimême entendu vingt fois de mes propres soldats de mon régiment. » Quant aux précautions suggérées, il aurait soin de les prendre. Frédéric se déclara rassuré (2) et s'excusa de nouveau de sa franchise.

Du prince Iwan de Brunswick, Pierre n'avait rien à craindre. A la suite d’une excursion à Schlusselberg (3) où le malheureux était enfermé, l'empereur s'était convaincu que l’état mental du prisonnier interdisait toute idée d’en faire un prétendant, encore moins un héritier, comme il en aurait eu la pensée. L'aspect d'Iwan, que vieillissait malgré ses 22 ans sa longue barbe, ses manières incultes, l'ignorance absolue de son identité et des événements contemporains ressortant nettement de ses répoises aux questions des compagnons de l'Empereur, donnèrent une impression par trop défavorable. Ce dernier déclara qu'il n’y avait rien à en tirer et qu'il fallait le laisser en prison. A en croire les informations recueil-

(1) Pierre à Frédéric, 15 mai 1762. Corr. Polit., XXI, p. 510.

(2) Frédéric à Pierre, Bettlern, 8 juin 1762. Corr. Polit., XXI, p. 510. (3) Mercy à Kaunitz, 14 avril 1762. Archives de Vienne.

lies par Mercy, Pierre III qui n'avait jamais voulu reconnaitre Le petit prince Paul pour son fils, aurait äéclaré à plusieurs reprises son intention d'interner dans un couvent l'Impératrice Catherine pour le reste de ses jours et de substituer à son fils comme héritier Iwan de Brunswick. Obligé de renoncer à ce projet, il se borna à améliorer la situation matérielle de son cousin et à le confier à la surveillance de quelques officiers de la garde, sur la fidélité desquels il pouvait compter.

[:3 pons conseils de Frédéric n'avaient pas été les seuls ; dans l'entourage du Tzar, le projet de l’expédition avait rencontré de l'opposition, mais l'omnipotence de Wolkow empêchait ces sages avis d’arrivr jusqu'aux oreilles du prince. Au dire de Keith (1), ce Wolkow était le mauvais génie du règne; il profitait de la paresse et de l'insouciance de son maitre pour accaparer le pouvoir. Pierre, prévenu contre Woronzow dont il ne goüûtait pas les remontrances, trouvait en Wolkow un homme prêt à exécuter toutes ses fantaisies, quelque bizarres qu’elles fussent. Les vrais amis étaient très opposés à l’absence projetée du Tzar, ils craignaient des troubles à l'intérieur qu'occasionneraient les mesures relatives aux biens du clergé; l'imposition du service militaire aux fils des popes, dont on parlait, contribuerait à l'agitation. Cependant le départ semblait d'autant moins indiqué que le conflit immédiat avec le Danemark paraissait reculé. Goltz avait recu l'ordre d'écrire à son collègue de Copenhague qu'il pouvait rassurer cette couronne sur les délais qui avaient été fixés à la conférence de Berlin et qui seraient certainement dépassés. D'autre part, Keith avait appris que l'ordre avait été donné à Romanzow de s'avancer et d'établir un cordon de troupes en Mecklenbourg pour le 1°" juillet.

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(1) Keith à Bute, Secret, 7 juin 1762. Hardwicke papers.

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