LA RÉVOLUTION ÉCLATE
piration était Grégoire Orlow, capitaine quartier maitre de l'artillerie et favori de Catherine.
Un incident imprévu fit précipiter la révolution qui dans l'intention des conjurés ne devait se produire que pendant l'absence de l'empereur. Une sourde agitation existait dans plusieurs des régiments de la garde; elle était entretenue par le bruit toujours grossissant d'un ordre d'embarquement pour l'Allemagne. Un propos imprudent tenu à un soldat par un officier du régiment Préobrasensky sur la mise au service du roi de Prusse des corps qu'on allait expédier fut répété, vint aux oreilles de l'Empereur et entraina l'arrestation du coupable. Les conspirateurs qui avaient pris la précaution de doubler chacun des leurs d’un surveillant furent aussitôt instruits et, craignant que le complot ne fût découvert, résolurent d'agir de suite. Alexis Orlow se rendit à Peterhof où était Catherine et où devait se célébrer le 10 juillet (nouveau style) la fête de Pierre IL. IL trouva l'Impératrice au lit, la fit évader à 5 heures du matin le 9, sous les vêtements d’une femme de la bourgeoisie, la ramena À Pétersbourg dans une mauvaise voiture de campagne appelée kibidka et la conduisit au quartier du régiment Ismaelowski (1) où trois compagnies étaient déjà sous les armes et où Rasamowski, en sa qualité de colonel, réunit le corps tout entier. Il étaitenviron 8 heures du matin. Catherine, précédée d’un prêtre un crucifix à la main, fit(2) un appel passionné aux soldats ; elle leur exposa la conduite de l’Empereur (3) à son égard et à l'égard de son fils, le danger qui les menucait, les atteintes portées à la religion, aux intérèts
(1) A en croire d'autres récits, cette séance se serait passée au quartier des Préobrasensky.
(2) Dans son récit reproduit dans La cour de Russie, il y a cent ans. Extraits des dépêches, Berlin, 1858. Catherine ne fait aucune allusion à cette allocution.
(3) D'après Saldern, Histoire de la Vie de Pierre III, Metz, 1802, Catherine aurait annoncé la mort de son époux.
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De mai M 1
de l’armée, de la nation, le péril que la continuation du règne entrainerait pour la Russie. La troupe outrée des procédés du souverain, travaillée par les fauteurs du mouvement, émue par les paroles qu’elle venait d’entendre, acclama l’Impératrice et lui jura fidélité et obéissance. L'exemple des Ismaelowki fut suivi par les autres réviments de ia garde et notamment par la garde à cheval qui se distingua par son zèle à appuyer la révolution. La nouvelle souveraine après avoir gagné à sa cause le général Villebois, grand-maître de l'artillerie, entourée des soldats, acclamée par la foule, se transporta au vieux Palais où elle reçut l'hommage des principaux corps de l'État.
Entre temps, on avait désarmé et arrêté tous les militaires holsteinois sur lesquels on avait pu mettre la main; le prince Georges de Holstein, rencontré dans la rue, fut fort maltraité et les habits en lambeaux trainé
) au palais et mis aux arrêts. De leur côté, l'archevêque de Novgorod, les évêques et tout le clergé s'étaient assemblés au vieux Palais et avaient conduit la princesse à la cathédrale de Kasan où elle fut sacrée et proclamée Impératrice souveraine de toutes les Russies sous le nom de Catherine II. De l’église, elle alla au nouveau Palais où elle reçut le serment des Sénateurs et de là, saluée par les cris et les vivats d'une foule innombrable, elle retourna au vieux palais. Parmi les fonctionnaires qui se rallièrent à sa cause, signalons le vieux chancelier Woronzow (1) qui, venu à la hâte de Peterhof, avait commencé par lui faire des remontrances, mais n'avait pas tardé à faire sa soumission. D'après Keith (2) il aurait obtenu la permission d'écrire au Tzar le récit de ce qui s’était passé et cela fait, aurait pris le serment de fidélité à
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(1) Récit de Catherine, La cour de Russie il y a cent ans, p. 207, Berlin, 1858.
(2) Keith-Bute, 13 juillet 1762, Hardwicke papers.