CATHERINE PROCLAMÉE SOUVERAINE
la nouvelle souveraine. IL fut maintenu dans ses fonctions.
Des précautions avaient été prises pour conserver la tranquillité et pour intercepter toute communication avec Oranienbaum ; les chefs du mouvement avaient fait occuper les principales rues et pla-es de la capitale par des troupes et de l'artillerie. Vers midi, une forte colonne composée d'infanterie et de cavalerie soutenue par un parc de gros canons s'était mise en route pour Oranienbaum sous les ordres du prince Volkonsky et du général de Villebois; l'amiral Tatilzin, parent du vieux Bestouchew, avait été envové à Cronstadt pour obtenir l'adhésion de la flotte ; d'autre part, le nécessaire avait été mis en œuvre pour faire parvenir la nouvelle du changement de régime dans les villes de province; enfin, une note fut remise le même soir à tous les ministres étrangers.
A 10 heures du soir, la nouvelle souveraine, à cheval et portant l’ancien uniforme de la garde, partit pour rejoindre les troupes en marche sur Oranienbaum, elle était accompagnée de la comtesse Dashkow, égaleinent à cheval et en uniforme; elles passèrent la nuit au couvent de la Sainte-Trinité, à moitié route des 30 werstes qui séparent la capitale de la résidence d'été et parvinrent à 9 heures dans la matinée du 10 au pavillon de Strelna-Mysa où Catherine prit connaissance d’une première communication du Tzar, proposant le partage du pouvoir.
Que faisait Pierre pendant la journée qui lui coûta le trône? IL avait passé la nuit à Oranienbaum et comptait aller déjeuner au palais de Peterhof, éloigné de 12 verstes, pour y célébrer sa fête qui tombait le 10 juillet. Il se mit en route vers 1 heure avec un nombreux cortège de dames de la cour, la femme du chancelier Woronzow, sa fille, la comtesse Strogonow, les femmes du trio
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Nariskin, la comtesse Bruce, sœur du général Romanzow, enfin la Woronzow, maitresse en titre. En route, on rencontra Gudowitz qui arrivait au grand galop de Peterhof et qui apportait au Tzar la nouvelle de la fuite de l'Impératrice; un peu plus loin, ce fut un paysan venu de Pétersbourg qui mit la société au courant de ce qui se passait dans ia capitale. On envoya aussitôt des officiers aux nouvelles et on continua sur Peterhof, La confirmation de la fuite de Catherine et le fait qu'aucun des messagers envoyés à Pétersbourg n’en revenait n'étaient pas de nature à rassurer le prince. Il y eut un conciliabule avec Gudowitz, Wolkow et quelques autres fidèles ; Wolkow et l'envoyé prussien Goltz préconisèrent la fuite sur Narva, ils ne furent pas écoutés et l'on décida de se réfugier à Cronstadt où on avait envoyé le général Dewier (1) pour s'assurer de la garnison et de la flotte. IL était déjà trop tard, Dewier ne put remplir sa mission et quand Pierre se présenta à bord d’une galère avec sa maitresse et quelques ami: il fut accueilli par l'avis que Cronstadt s'était prononcé pour l’Impératrice et qu'il y serait reçu à coups de fusil. Force fut au malheureux de reprendre le chemin d'Oranienbaum oùil arriva vers # heures du matin. Un instant on songea à s’y défendre avec les 2.000 soldats holsteinois et allemands qui y étaient réunis, mais en dépit du vieux maréchal Munich, et de Gudowitz qui auraient conseillé un parti plus énergique, Pierre, complètement démoralisé, se voyant abandonné de tous, se décida à envoyer à la Tzarine par l'entremise du chancelier Galitzin une lettre pleine de repentir pour le passé et de promesses pour l'avenir. Il reconnaissait ses torts, offrait de partager le trône avec elle et impleæait une réponse. Elle ne se fit pas attendre ; le moment n’était plus
(1) D'après Nisbet Bain, Dewier aurait été précédé par Nesw qui apportait l'ordre d'amener 3.000 hommes à Oranienbaum, ordre qui fut annulé quelques heures plus tard.