‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 177 sur 230 · LES FAUTES DE PIERRE · texte numérisé non relu

LES FAUTES DE PIERRE

Signalons surtout la clémence dont il tit preuve en rappelant de l'exil bon nombre des disgraciés du règne précédent. Une action plus décidée à l'égard de l'Impératrice et de ses partisans aurait pu lui permettre de conserver son trône, tout au moins d’ajourner sa chute. Son inaction fut-elle dictée par des scrupules de conscience ou due à sa mentalité incohérente et hésitante? Le peu de courage qu'il dépioya pendant la dernière crise, le manque de fermeté et de volonté que dénotent les incidents des 9 et 10 juillet nous feraient pencher pour la seconde alternative. Pour la plupart des amis du prince, la révolution fut aussi brusque qu'inattendue, elle « s’accomplit, écrit Keith {1), en moins de 2 heures, sans effusion d'une goutte de sang et sans un acte de violence ». Il avait appris ia nouvelle par un domestique à 9 heures du matin alors qu’il s’apprêtait à se rendre à la cérémonie de Peterhof. L'Anglais comme ses collègues du corps diplomatique attribue l’impopularité et la chute de Pierre à des causes diverses : au premier rang il met la reprise des biens d'église et le traitement peu respectueux du clergé; en seconde ligne figure la tentative d'imposer une discipline sévère aux troupes et particulièrement aux gardes qui avaient joui sous le règne précédent d'un régime d’oisiveté et de licence, 2nfin le mécontentement du militaire peu disposé à reprendre les armes pour la querelle du Holstein. « Ce malheureux prince, écrit Keith, possédait plusieurs qualités excellentes, il n'a commis aucune action cruelle ni violente pendant son court règne, mais son insouciance pour les affaires et son mauvais entourage ont amené la confusion et le désordre et lui-même imbu de l'illusion que les bonnes mesures prises après son avènement lui avaient valu l'affection solide de la nation est tombé dans l'état de paresse et de

(1) Keith à Bute, 13 juillet 1762. Hardwicke papers.

sécurité qui lui a été fatal. Je dois ajouter que non seulement moi, mais que plusieurs autres personnes ont cru remarquer chez ce prince un grand changement de ce qu’il avait été dans les premiers mois, l'agitation perpé-

0 tuelle dans laquelle il vivait et les flatteries des vilaines gens de son intpnité avaient certainement affecté ses facultés intellectielles. »

Pierre ne survécut que peu de jours à sa disgrâce. Le 24 juillet, on annonça qu'à la suite d’excès de table et de boisson, il était mort de congestion à Schlusselburg. En réalité, il aurait été, sur son refus de prendre un breuvage qu’il avait tout lieu de croire empoisonné, étranglé par une bande composée de deux des frères Orlow, un de leurs cousins du même nom, d’un prince Baratinski et d’un certain Toepelhof.

Catherine eut-elle connaissance du crime projeté? A cet égard, nous pouvons lui ïaisser le bénéfice du doute, mais il est incontestable que l'attentat accompli, la Tzarine en sut gré à ses auteurs, qui furent presque tous nommés à des emplois de cour ou promus dans l’armée. D'après le récit de Soldern (1), chaud partisan du prince détrôné, Alexis Orlow aurait annoncé à Catherine la mort de son mari comme due à des causes naturelles; celle-ci aurait aussitôt dépêché à Ropska son médecin qui à son retour lui aurait révéié la vérité. La Tzarine n'aurait pas proféré une parole &t se se“ait retirée dans son appartement.

A en croire la narration officielle de Mercy, beaucoup trop avisé pour se compromettre, l'attitude de la veuve aurait été très correcte : « Quand S. M. l’Impératrice reçut cette triste nouvelle, elle n'eut d'autre ‘pensée que de se livrer aux regrets et à la douleur qui troublèrent son cœur tendre et sensible au point de ne plus se sou-

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(1) Saldern, Vie de Pierre LIL, p. 107. Manuscrit publié par Collignon, Metz, 1802.

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