SA MORT
venir du passé et elle ne put se retenir de verser des larmes en abondance. »
Bérenger, qui en l'absence de Breteuil était chargé d'affaires de France (1) au moment de la révolution, ne croit pas à la culpabilité directe de Catherine; elle aurait même ignoré la mort pendant 2% heures. Breteuil écrivant (2) quelques mois après les événements auxquels il n'avait pas assisté, raconte évidemment d’après les confidences reçues, que la Tzarine aurait appris le meurtre à midi le jour même; elle se serait montrée à la cour avec le visage le plus serein, puis aurait consulté une réunion d’intimes où la majorité fut d'avis de cacher la mort pendant 24 heures au Sénat et au public. Le soir, Catherine tint sa réception habituelle. Le lendemain seulement, jour fixé pour la publication, elle feignit de recevoir la triste nouvelle en même temps que le publie, « pleura, ne sortit pas et afficha la douleur ».
L'historien moderne Nisbet Bain (3) cite un billet d’Alexis Orlow à Catherine qui aurait été écrit immédiatement après l'assassinat; ce document que l’'Impératrice avait soigneusement conservé dans un tiroir secret, aurait été brûlé apres sa mort par son fils l'empereur Paul, mais .une copie aurait été faite par Rostopchine qui avait été cl irgé d’inventorier les papiers de la défunte et a été pu'liée en 1881. La lettre écrite sur un chiffon de papier coniient en quelques phrases heurtées et confuses l'aveu du crime commis et en met les auteurs à la merci de l'impératrice pour recevoir le châtiment qu'ils méritent.
De ces différents témoignages on peut conclure que si Catherine ignora ou voulut ignorer le projet des assassins de l’infortuné Pierre, elle fut d'accord avec eux pour ajourner la connaissance du meutre, de manière à dissimuler 1) Bérenger au comte de Choiseul, 23 juillet 1762. Affaires Étrangères.
( (2) Breteuil au comte de Choiseul 28 octobre 176?. Affaires Etrangères. (3) Nisbet Bain, Peter emperor of Russia, p. 171.
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au public la vérité. Enfin, circonstance la plus aggravante, les récompenses et les promotions accordées aux. assassins prouvèrent que la Tzarine était prête à profiter du fait accompli et savait gré à ses auteurs de l'avoir débarrassée d’un concurrent qui aurait pu redevenir dangereux.
« Le corps de l’empereur, écrit Saldern (1), fut porté dans le monastère de Saint-Alexandre Neufski et y fut exposé sur un lit de parade en uniforme d'officier holsteinois, le 9 (VT) de juillet. Le concours des personnes qui voulurent voir encore une fois les restes de leur bienfaiteur, fut prodigieux, et qui que ce soit ne pouvait méconnaitre les traces de la mort violente qu’il avait éprouvéc... On commenca © murmurer hautement et il était à craindre qu'il arrivât une révolte ; c'est pourquoi le corps fut inhumé en silence pendant la nuit du 9 au 10 juillet, eton donna au peuple plusieurs tonneaux d'eau-de-vie, qui firent disparaitre l'esprit de rébellion. »
A l'exception de quelques soldats holsteinois et russes tués ou blessés pendant les bagarres du9 juillet, la révolution ne coûta la vie à personne. La nouvelle souveraine. n'appliqua des mesures de rigueur qu'à un petit nombre de compromis; la Woronzow et le général Gudowitz furent internés dans l’intérieur du pays, le comte Woronzow, père de la favorite, le général Melgonow, le conseiller Wolkow (2) furent emprisonnés.
D'ailleurs Catherine ne se montra pas ingrate à l'égard de ceux qui l'avaient aidée à monter sur le trône. Parmi les favorisés on peut citer la Dashkowa, Panin, l’hetman Rasumousky, qui trois jours avant la révolution recevait le Tzar à sa table, le prince Volkowsky, Menschikow, le baron Korff, le général Ismaïlow, le comte Sievezs, et
(1) Saldern, Vie de Pierre LIT, p. 110.
(2) Ils furent tous relächés quelques mois plus tard; quelques-uns furent pourvus d'emplois dans les provinces.
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