CAPITULATION DE PONDICHERY
pour ce qui peut regarder plus directement leurs intérêts particuliers et ceux des habitants de la colonie. » Coote ne voulut accepter aucune des conditions que demandait la délégation, mais déclara qu'il ‘erait de son mieux pour assurer aux habitants leurs maisons, leurs effets et leurs marchandises.
Le lendemain, 16 janvier, Coote prit possession de la porte Villenour et eut avec Lally, qui était au lit, une longue entrevue, dont l'auteur de notre manuscrit avoue ne pouvoir rendre compte, la conversation ayant eu lieu en an,:lais et le père Lavaur, seul présent, ne comprenant pas cette langue. L'ecclésiastique demanda de mettre en rapport le gouverneur et les membres du conseil avec Coote, afin de donner à ce dernier l’occasisn de renouveler ses promesses à l'égard de l'élément civil. Laliy y consentit, mais à la condition que l'entretien n'aurait pas lieu en sa présence. « Les deux généraux dinèrent ensemble, continue le manuscrit, dans la chambre de celui qui passait pour malade; ils eurent le temps de se faire part mutuellement de tout ce qu'ils avaient sur le cœur, sans que personne püt les inquiéter.
« La prise de possession eut lieu le 17 janvier et le lendemain Lally partit accompagné des Gullermin, des Pouly, des Gaddeville, Chappoudy, tous ses favoris, ses créatures et ceux à qui il avait donné sa confiance, escorté de quelqu'un de ses gardes et d'un détachement de cavalerie anglaise, sans nous laisser d'autre gage ici, d’autres assurances du traitement que nous avions lieu d'attendre que la promesse vague du général anglais; la conduite qu'on a tenue depuis à l'égard de Pondichéry, où il ne reste pas pierre sur pierre, fera juger du fonds qu'il y avait à faire. »
Le manuscrit se garde bien d'ajouter que le départ de Lally fut l'occasion de démonstrations hostiles qui se
terminèrent par des incidents plus graves. L'escorte GUERRE DE SEPT ANS. — T. vV, , 3
« carte
|| | ni ji
anglaise que Coote avait mise à la disposition du général le sauva des insultes et des menaces de mort d’une foule composée d'employés et de fonctionnaires civils, parmi lesquels figuraient deux membres du conseil. Quelques instants après, Dubois, l’intendant, en cherchant à rejoindre son chef, fut l’objet des injures les plus violentes; malgré son grand âge et quoique presque aveugle, il mit l'épée à la main pour se défendre: il fut aussitôt tué par l’un des manifestants. L'attentat commis, ceux-ci s'emparèrent des papiers de Dubois qu'ils avaient lieu de croire compromettants pour eux, et les firent disparaitre.
Steevens attribue ‘') la chute de Pondichéry à la famine : « Après un blocus des plus diligents par l’escadre sous mes ordres pendant plus de 8 mois et pour une période assez longue par le colonel Coote, Pondichéry s’est rendu aux armes de S. M. le 15 du mois dernier. Le général Lally, dans l'attente d’être secouru par l’escadre française, s'est laissé réduire, lui, la garnison et les habitants au dernier degré de détresse et de misère par suite du manque de vivres. »
La garnison française qui déposa les armes comptait 557 officiers et soldats des régiments de Lorraine et de Lally, 295 marins, 177 artilleurs, 232 du bataillon de l'Inde, 15 cavaliers et 124 invalides, en tout 1.400 hommes, pour l& plupart épuisés de faim et de misère. La population civile européenne atteignait un totai de 672 personnes.
Les quelques forts que possédaient encore les Français aux Indes ne survéeurent pas longtemps à la chute de Pondichéry; Thiagar succomba le # février 1761, Mahé capitula le 12 du même mois, enfin la cidatelle de Gingy ouvrit ses portes le 5 avril.
Aussitôt les Anglais maîtres de Pondichéry, le gou-
(1) Steevens à Clevland, Pondichéry, 7 février 1761. Record Office.
D dorsal in