PROCES DE LALLY
verneur Pigott fit subir À la place le même traitement que les Français avaient infligé au fort St-David. « On démolit Pondichéry aussi vite qu'on peut, écrit Monson (1); une grande partie du front de l’ouest a été renversée… Croyez-vous qu’on approuve en Angleterre la démolition? »
Les haines et les passions qui avaient discrédité pendant J2s dernières années la domination française aux Indes eurent une répereussion d'autant plus éclatante en France, que presque tous les personnages de la tragédie furent bientôt de retour dans la métropole. Lallv, transporté en Ang'eterre, ne put se présenter à Paris que vers la fin de 1761 ; il y trouva ses ennemis à l’œuvre: brochures, mémoires et pamphlets répandus à profusion avaient ameuté l'opinion contre lui. Lally chercha à se justifier par la voie hiérarchique en adressant au Ministre un rapport sur sa gestion, Choiseul s’efforca d'étouffer l'affaire, mais une requête à la date du 3 août 1762 présentée au Roi par la partie adverse forca le gouvernement à entamer la procédure ; aux membres du conseil de Pondichéry en can.pagne depuis le début se joignirent Leyrit, Bussy et enfin d'Aché. Lally rép'iqua par une lettre à la Compagnie des Indes dans laquelle il réclamait des juges. Choiscal se crut obligé de céder au courant qui se prononçait de plus en plus contre l’Irlandais, comme l’appelaient ses ennemis, et fit signer le 1° novembre 1762 une lettre de cachet. Lally aurait pu se dérober par la fuite, :l s'y refusa et se constitua prisonnier à la Bastille le 5 novembre.
IL nous est impossible de suivre la marche d’un procès qui dura presque, # ans. Pendant 18 mois, l'affaire sommeilla, elle prit brusquement un tour plus vif par la connaissance des mémoires du père Lavaur que le pro-
(1) Monson à Draper, 2 mars 1761, Newcastle Papers.
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cureur général saisit à la mort du jésuite. Sur ce document venimeux ce magistrat édifia son acte d'accusation. L'affaire traina jusqu'en 1766, elle donna lieu à la production de nombreuses pièces à charge ou à décharge de l'accusé. Ce dernier, quoique privé de tout conseil, se défendit avec habileté, signala les absurdités et les contradictions des accusations, invoqua en vain le témoignage d'officiers qui avaient servi sous ses yeux. Ses ennemis l'emportèrent; par arrêt du Parlement en date du 6 mai 1766, il fut privé de ses états, honneurs et dignités et condamné à avoir la tête tranchée... « pour avoir trahi les intérêts du Roi, de son État et de la Compagnie des Indes ». Le 9 mai, Lally mourait sur l’écha-
‘ faud avec le courage qu'il avait toujours déployé pendant
sa carrière.
Ce serait sortir de notre cadre de relater les persévérants efforts du comte de Lally-Tollendal pour réhabiliter la mémoire de son père. Si, malgré quelques succès, il ne réussit pas à mener à bonue fin un procès en revision que vint interrompre la révolution, il contribua à dissiper la légende populaire, à rétablir la vérité, à démontrer l'injustice de la condamnation flétrissante.
Que Lally, au point de vue militaire, ait commis des fautes, et que ces fautes aient contribué à la perte de la colonie, cela est évident. Le rappel de Bussy et son remplacement par l’incapable Conflans eurent des suites fâcheuses; le siège de Madras fut tardivement entrepris et mal dirigé; les opérations de la campagne de 1759, la dispersion constante des troupes françaises, les hésitations qui précédèrent la bataille de Vandavachy, la longue inaction qui suivit la défaite, l'abandon des petites garnisons de la province, le recours prématuré à la défensive furent autant d'erreurs qui sont de nature à porter atteinte à la réputation du stratégiste. Mais pour chacune de ces défaillances apparentes, n’existe-t-il pas
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