‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 184 sur 230 · FRÉDÉRIC ÉCRIT A CATHERINE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC ÉCRIT A CATHERINE

Que se passa-t-il entre le roi de Prusse et le général russe? Pourquoi ce délai apporté à l'exécution de l'ordre de séparation? Sans données précises sur ces points, nous pouvons supposer que sous prétexte des préparatifs nécessaires, le Koï chercha à retarder et à cacher un départ qui à la veille de l’importante opération projetée contre l'armée de Daun pouvait produire une impression des plus fâcheuses. De son côté, le Russe entouré et à la merci des forces prussiennes, désireux de seconder les vues d'un souverain qui s'était montré et se montrerait sans doute bienveillant à son égard, ne voulut pas refuser une requête qui se conciliait très bien avec les instructions reçues du nouveau gouvernement. D’après une version qui eut cours à Vienne (1), le général russe se serait refusé À exécuter les ordres que Frédéric lui aurait envoyés. « S. M. Prussienne le fit venir devant beaucoup d'officiers et lui dit qu'il était étonné de sa résistance et qu'il lui réitérait l'ordre au nom de l'Empereur son maitre. Sur cela, M. de Czernitchew lui ayant répondu qu'il ne reconnaissait plus que ceux de l’Impératrice Catherine, le Roi lui aurait reparti en riant : « Ah, vous savez donc la nouvelle? et moi aussi, mais je m'en moque. » Toujours est-il que le corps russe sans prendre part à l'opération contre l'armée de Daun, par sa présence à côté des Prussiens leur prêta son appui moral. Il est certain d’ailleurs que le ministère russe éprouva ou feignit d'éprouver des inquiétudes sur le sort du corps auxiliaire et s’en servit comme prétexte pour justifier son attitude bienveillante vis-à-vis de la Prusse. Quoi qu’il en fût, soit effet du succès remporté sur les Autrichiens le 21 juillet, soit résultat des nouveaux entretiens avec Czernitchew, le Roi se montra beaucoup plus confiant dans sa correspondance (2)

(1) Chatelet au comte de Choiïseul, 4 août 1762. Affaires Etrangères. (2) Frédéric à Finckenstein, 20 juillet, à Henri, 1 juillet 1762. Correspondance Polilique, XXIX, p. 51, 52,

avec Finckenstein et avec le prince Henri. Ce serait à ce momeut qu'il faudrait placer, s’il est authentique, un billet du Roi à son ministère, intercepté par les Autrichiens etenvoyé par eux à Paris :

« Voilà l'Empereur de Russie (1) détrôné par son épouse, on s’y attendait. Cette princesse a infiniment d'esprit et les mêmes inclinations que la défunte. Elle n’a aucune religion mais elle contrefait la dévote. C’est le second tome de Zenon, empereur grec, de son épouse Adriana et de Marie de Médicis, le ci-devant chancelier de Bestuchew était son plus grand favori, et comme il est entièrement attaché aux guinées, je me flatte que les attachements d'à présent seront les mêmes. Le pauvre empereur à voulu imiter Pierre 1°", mais il n’er avait pas le mérite. On le dit massacré. »

Le 25 juillet, les impressions devinrent moins favorables; le texte du manifeste du 9 juillet dont on avait pris connaissance, n'était pas rassurant; les généraux russes avaient suspendu l'évacuation et entravaient le recrutement pour les régiments prussiens que Pierre avait autorisé. Frédéric se demanda si les déclarations pacifiques de Czernitchew n'avaient pas été inspirées par la crainte de voir la Prusse rester fidèle à l'empereur Pierre et soutenir un mouvement possible de l’armée russe en sa faveur; peut-être Catherine ne cherchait-elle qu'à gagner du temps, jusqu'à ce que Czernitchew fût en sûreté”?

Peu à peu, les entretiens de la chancellerie russe, les notes remises à Goltz, le langage de Repnin, son maintien au poste de Berlin, enfin la promesse du prompt abandon de la Prusse royale cenfirmèrent le Roi dans sa première cpinion que la révolution de Pétersbourg, tout en modi-

(1) Copie d'une letire de Frédéric à Finckenstein interceptée. Affaires Étrangères. (La publication en Angleterre de ce billet donna lieu à un démenti de Frédéric à Repnin, ministre russe à Berlin. Correspondance politique, XXI, p. 380).

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