‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 187 sur 230 · HÉSITATIONS DE MARIE-THÉRÈSE · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS DE MARIE-THÉRÈSE

de Saxe, pourvu que je n’y contribue pas du mien. »

En mème temps qu’à l'envoyé prussien, la proposition (1) relative à la Saxe avait été remise à Mercy. Cette pièce aussitôt arrivée à Vienne avait fait l’objet d’un rapport (2) à l’Impératrice Reine par Bender qui, pendant une maladie assez grave de Kaunitz, faisait l'intérim des affaires étrangères : la proposition russe était sans contredit avantageuse pour l'Autriche et la Saxe, mais ne fallait-il pas s'attendre à un refus du roi de Prusse, ou pour le cas de son acceptation, ne se trouverait-on pas en face d'un arrangement secret qui lui permettrait de disposer de ses troupes de Saxe pour occuper ses possessions du Bas- Rhin ou entreprendre quelque chose contre les Pays-Bas? En marge de ces observations, l’'Impératrice Reine avait formulé ses craintes : « Par le canal de la Russie, il me semble que nous ne pouvons avoir rien d’agréable et que nous ne pouvons nous y fier. » l'ambassadeur de Marie- Thérèse n'était pas décidément en cour à Pétershbourg ; dans une note remise au cabinet russe, il avait insisté à nouveau avec quelque maladresse sur le contraste entre les deux manifestes du début du règne et s'était attiré une “éponse qui n'était pas de nature à améliorer des rapports avec Vienne. « Je ne sais pas comment cela se fait, écrit Keith (3), mais je crois qu'en général le comte Mercy n’a pas été heureux dans les démarches qu'il a faites à cette cour. »

En résumé, la médiation -russe n’était bien accueillie que du roi de Pologne qui eût souhaité la délivrauce de ses possessions électorales; car Frédéric était tout aussi soupconneux à l'égard de la Russie que sa rivale Marie-

(1) Note de la cour de Russie, 19 août (V. S.) 1762. Archives de Vienne.

(2) Rapport de Bender aux observations de l'Impératrice, 15 septembre 1762. Archives de Vienne.

(3) Keith à Grenville, 12 septembre 1762. Hardvicke papers.

Thérèse. « Quant aux Russes, écrivait-il à Finckenstein (1), je les envisage comme des pacificateurs intrus qui veulent se mêler d’un arbitrage de paix auquel personne ne veut se soumettre et je regarde leurs démarches comme aboutissantes à une négociation vague dont il ne résultera rien, ni pour la guerre, ni pour la paix. » Quoique opposé à toute médiation et bien résolu à ne prendre aucune part aux négociations franco-anglaises qui semblaient sur le point d'aboutir, Frédéric se montrait sensible au reproche qu’on lui adressait d'être l'adversaire de ia pacification; la campagne s'était terminée à son avantage, il consacrerait volontiers les mois d'hiver à l’œuvre de la paix, mais pour cet objectif il ne voulait se servir ni de l'Angleterre ni de la Russie, A la suite d'une correspondance de Choiseul à propos d’un échange de prisonniers, il pensa un instant à la France et donna ordre (2) à sonenvoyé à Copenhague de sonder officieusement la cour de Danemark qu'il savait en excellents termes avec celle de Versailles sur la possibilité de faire à cette dernière des ouvertures.

Sur ces entrefaites, survint la nouvelle de la signature à Fontainebleau, le 3 novembre, des préliminaires de la paix entre l’'Angieterre, la France et l'Espagne. Cet arrangement mettait fin à la guerre d'Allemagne en ce qui concernait ces deux premières puissances, entrainait la dissolution de l’armée du prince Ferdinand et ouvrait la question de l'évacuation par les Français des territoires prussiens du Bas-Rhin. Au profit de quels belligérants se ferait cette évacuation ? Longuement discutée, la difficulté, malgré les protestations de Frédéric, avait été tournée par une rédaction qui ne tranchait pas la question.

Mais avant d'aborder les détails de cette question qui

(1) Frédéric à Finekenstein, Meissen, 1! novembre 1762. Correspondance Politique, XX, p. 315.

(2) l'rédéric à Borcke, Sorau, 5 novembre 1762. Correspondance Polilique, XXII, p. 311.

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