ROLE DE BRETEUIL
se rattache à celle des négociations entamées entre la France et l'Angleterre, il convient d'expliquer le rôle effacé que cette première puissance avait joué dans la révolution du 12 juillet. Certes, la France n'avait pas occasion d’entretenir avec le gouvernement moscovite les rapports constants que nécessitait la situation de l'Autriche et de la Prusse, mais l'interruption presque complète de relations tint à des raisons exceptionnelles et spéciales. Vers la fin du règne de Pierre HE, la situation de Bret cuil était devenue intolérable ; exclu de la cour par suite a'n incident protocolaire soulevé à propos de la première visite à faire au prince Georges de Holstein, oncle de l'Empereur, tenu à l'écart par les confidents du souverain, soumis à une surveillance étroite, sans crédit, ne pouvant plus renseigner sa cour, il avait obtenu l'autorisation de quitter son poste sous prétexte de sa nomination à celui de Stockholm: le 25 juin, il partit pour Varsovie, Avant son départ, il avait commis une faute dont les événements aggravèrent singu lièrement les conséquences : un secrétuire de Panin, Piémontais d'origine, nommé Odart, dont nous avons parlé plus haut à propos de ses révélations sur le projet d'alliance négocié entre Pierre et Frédéric, avait fait à l'ambassadeur avec lequel il avait des relations suivies, des confidences sur le complot qui se tramait et [ui avait demandé de la part de l'Impératrice Catherine un prêt de 60.000 roubles dont elle avait un besoin urgent. Breteuil, soit manque de foi à la parole d’Odart, soit crainte d’un désaveu fort possible, n'osa pas prendre sur lui d'avancer l'argent. IL exigea un billet confirmant la demande et promit d’en référer à son ministre; la somme avant été avancée par un marchand de la colonie anglaise, l'affaire n'eut pas de suite. Breteuil apprit à Varsovie la révolution qui mettait sur le trône la princesse à laquelle il avait refusé son comeours; après quelques hésitations, il se décida à continuer son voyage de retour; à son passage
à Vienne, il trouva l'ordre formel de rentrer à Pétersbourg et d'y reprendre ses fonctions. IL y reçut un blâme officiel du ministre et un blâme officieux approuvé par le Roi et portant la signature du comte de Broglie qui était resté, malgré sa disgrâce, directeur de la diplomatie secrète de Louis XV. Dans ce billet (1) qu'accompagnait une lettre du monarque, on rappelait à Breteuil les principes desquels s’inspirait la politique personnelle; il pouvait « acquérir beaucoup d'honneur en Russie, non en cherchant à en faire un allié — elle ne peut jamais l’être de la France, vous devez en savoir les raisons — mais en employant toute votre habileté à empêcher qu'elle ne s'occupe des affaires du dehors, et en préparant les moyens de lui donner beaucoup de besogne dans son intérieur, quand cela vous conviendra. Je m'imaginé que la princesse d’Askoff est très importante à ménager et à gagner, l'amant de l’Impératrice, quel qu'il soit, sera dans le même cas, c’est de tout cela qu'il faut vous occuper sans en communiquer surtout avec M. de Mercy qui a des intérêts diamétralement opposés aux nôtres à suivre à Pétersbourg », La lettre se termine par un avis au sujet de la correspondance entretenue avec Élisabeth et son ehniéelier : « F'oubliais de vous dire qu'il est de la dernière nécessité que vous retiriez où fassiez brûler devant vous tout ce qu'a M. de Woronzoft sur l'affaire secrète, vous avez eu tort de ne pas le retirer plus tôt, cela à inquiété le Roï; dans un pays de révolution comme la Russie il ne faut rien laisser par écrit qui puisse intéresser son secret et compromettre personnellement Sa Majesté. »
Pendant l'absence de Breteuil qui n'avait réintégré son poste que le # septembre, l'intérim fut rempli par le secrétaire Bérenger qui fournit à sa cour des renseignements fort intéressants, dans lesquels nous avons
(1) Broglie à Breteuil, 11 août 1762. Affaires Htrangères. Russie suppl,