SON ABSENCE
déjà puisé pour le récit de la chute et de la mort de Pierre. Dès les premiers jours du nouveau règne, on voit se dessiner la politique extérieure de Catherine; « on donne des bonnes paroles » (1) à M. le comte de Mercy, mais les effets ne suivent pas. Bestuchew rappelé d’exil est rétabli dans ses emplois, mais il ne les remplira pas; Panin sera le vrai ministre des affaires étrangères; il est « le (2) moteur principal de la machine, les autres ministres ne doivent être considérés que comme des ressorts secondaires »; l'envoyé prussien Goltz est bien traité (3) : « Il serait possible qu'il existât des rapports de ménagements respectifs entre ces deux souverains, moins fondés sur l'amitié que sur les considérations du mal qu'ils pourraient se faire réciproquement. » Bérenger résume son apprécialion dans le propos suivant : « Jusqu'à présent, la politique russe de Catherine IE ressemble furieusement à celle de Pierre HE. » Quelques jours après, il corrige les premières impressions en faisant une comparaison (#) beaucoup plus juste de l'attitude des deux souverains : « le premier (Pierre) était un enthousiasle extravagant qui, au mépris de loutes bienséances, dévoilait grossièrement les desseins qu'il avait de nous nuire; lu seconde se livre avec astuce à nos ennemis en nous donnant les assurances de la fraternité. » Au demeurant, il considérait Bestüchiew, Key serling et Panin comme adversaires de la France
Le 19 août (V. S.) intervint lu HIPARA RENE de la not
russe proposant l'évacuation de Ti Säxu; elle avait été
accompagnée d’un message verbal offrant la médiation pour la paix. Dans le document écrit, l'Autriche et Ja
(1) Bérenger au comte de Choiseul, 23 juillet 1702. AÏIIIE Wtaiubrun
(2) Bérenger au comte de Choiseul, 6 août 1762. Affaires Elrangères,
(3) Bérenger au coinle de Choiseul, 10 et 15 août 1262. Affaires Étran gères.
(4) Bérenger au comte de Choiseul, 21 août 1762. Affaires Étrangères.
Prusse avaient été traitées sur le même pied; les débats qui avaient précédé la remise de la pièce étaient de nature à faire la lumière sur la mentalité des conseillers de l'Impératrice : au cours de la discussion (1) Bestuchew et le nouveau vice-chancelier Galitzin avaient demandé quelques égards pour l’ancienne alliée, Panin et le vieux Woronzow avaient parlé en termes ambigus; Keyserling avait défendu la théorie du traitement égal et avait rallié le conseil à ses vues.
À peine de retour de sa fausse sortie, Breteuil (2) constate les changements qui se sont effectués dans le personnel gouvernant : « M. de Woronzow est toujours en place, son buste est cru nécessaire tous ces premiers moments, parce que le public l'estime et l'aime, mais il ne se mèle de rien et il a encore moins de crédit que sous le dernier règne; l'Impératrice cependant, dit-on, le caresse. Je commence à croire que cette cérémonie coûte peu à cette princesse, quand elle y envisage le moindre avantage pour elle ». Bestachew n'est pas trop changé depuis son exil; il proteste qu'il ne veut aucun emploi et dit qu'il ne se mêle que des choses sur lesquelles l’Impératrice le consulte nommément. Il est heureux pour S. M. Prussienne que M. Panin ait pressé la restitution des états conquis, car M. de Bestuchew aurait voulu se servir de ce nantissement pour faire jouer un rôle à cet Empire dans la pacification de l'Autriche avec le roi de Prusse, il blâme hautement les conseils de M. Panin à ce sujet et dit qu'il a empêché la Czarine de tirer un parti glorieux de sa position et de sa générosité. Cela ne saurait se contredire; mais nous pouvons, je crois, nous en consoler. Aussitôt mon arrivée, M. de
(1) Bérenger au comte de Choiseul, 3 septembre 1762. Affaires Étrangères.
(2) Breteuil au comte de Choiseul, 12 septembre 1762. Affaires Étrangères.
An-