‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 192 sur 230 · ENTREVUE AVEC PANIN · texte numérisé non relu

ENTREVUE AVEC PANIN

Quelque temps après, c'est Panin qui développait son programme au diplomate français : l’action de la Russie doit être très réservée jusqu'à la paix générale; elle a été exploitée, du reste comme la France, par la maison d'Autriche ; elle doit se recueillir et s'occuper des réformes qu’exige l'état intérieur du pays. Après quelques mots sur les dédommageimnents auxquels le roi de Pologne avait droit et qui pourraient être obtenus au moyen de sécularisations en Allemagne, « Panin m'a insinué, conclat Breteuil (1), le plus adroitement qu’il a pu, que l’Impératrice serait toujours disposée à concilier et à ménager tous ces différents intérêts, si au moment de la paix l’on jugeait ses bons offices de quelque utilité générale ou particulière ; des compliments de ma part ont fait la clôture de ce point de vue. Rien n'occupe plus sérieusement la souveraine russe que de parvenir à se mêler de la paix et rien, selon moi, Monseigneur, n’est plus à désirer que de l’éloigner de cette grande affaire: outre ses prévertions qu’en ne peut se dissimuler, elle y apporterait an ton de dictateur qui doit encore moins convenir pour le moment et dont il est aisé d’apercevoir l’incommodité pour la suite ».

Quant à s’'entretenir avec la souveraine en personne, Breteuil n'avait pu le faire; une nouvelie question d’étiquette au sujet du titre de la Tzarine l’empêchait d'ebtenir son audience et retarda même son voyage à Moscou où il n’assista pas à la cérémonie du couronnement. Las du rôle quelque peu ridicule qu'il était obligé de jouer, il s'évertuait en vain à proposer des solutions que Catherine repoussait invariablement, Enfin, grâce à l'intervention de Panin, un compromis fut accepté et l'audience eut lieu au commencement de décembre après une perte de trois mois, non compris ceux de l'absence.

(1) Breteuil au comte de Choiseul, 29 novembre 1762. Affaires Étrangères.

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D'ailleurs, il faut l2 reconnaitre, pour le cabinet de Versailles, il y avait peu à faire à Pétersbourg; le principal objectif de cette cour, la médiation de la Russie pour la paix et pour l’évacuation de la Saxe, n'intéressant que très médiocrement le ministère français. Nous avons vu les objections que le roi de Prusse avait formulées et l'accueil soupçonneux que l’Impératrice-Reïne avait fait à la proposition russe. Mercy, bien qu'’adversaire de l'intervention, était cependant forcé d’avouer à son coliègue français (1) « que si nous ne trouvions pas quelque moyen de procurer à sa cour une paix supportable, elle serait nécessilée de recourir aux bons offices de la Russie ». Il avait ajouté « que je devais savoir combien cette ressource lui paraîtrait dure ». La réponse autrichienne, très polie, avait été rédigée de façon à ménager les susceptibilités de la cour du Nord, mais si la forme était plus acceptable que la sécheresse prussienne, le fonds n’était guère plus favorable aux desseins de la Russie.

Kaunitz avait, en effet, perdu peu à peu ses illusions sur un revirement possible de la cour de Pétersbourg : « 11 est un peu revenu, écrit Chatelet (2), à ce qu'il me semble, de la Russie et il m'a parlé pour la première fois très sensément sur ce que sa Cour en avait à craindre ou à espérer. Il m'a même tracé le plan de la conduite qu’il se propose de tenir à l'avenir avec cette puissance sous des traits fort éloignés de la dépendance servile qu'il a pratiquée jusqu'à présent. Nous verrons si cela se soutiendra. » Pourtant, malgré les dépêches de Mercy qui aurait souhaité une autre attitude, le chancelier n'avait rien écrit qui pût donner à son envoyé « la satisfaction de penser que ses idées sont approuvées et que sa cour va prendre un système de noblesse et de fermeté vis-à-vis de celle-ci ».

(1) Breteuil au comte de Choiseul, 12 septembre 1762. Affaires Étrangères. (2) Chatelet au comte de Choiseul, 20 octobre 1762. Aff. Étrang. Autriche.

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