INSTRUCTIONS A BRETEUIL
de Il n'entre pas dans le cadre de notre travail d'aborder n- l'histoire intérieure de la Russie, aussi n'emprunteronssie nous pas à l'ambassadeur français ses informations sur s- Orloff, l'amant en titre de la Tzarine, « qui ne parle (1) us que le Russe, très bel homme, mais, dit-on, une grande u- bête », sur les complots sévèrement réprimés qui éclatène rent contre le nouveau règne; il nous suffira de constater re que vers la fin de 1762, Catherine, débarrassée par suite on d'accidents ou de procédés pius violents, dont elle ne ue semble pas avoir été l'instigatrice, d’abord de son mari, le ensuite du prince Yvan qui, en sa qualité de descendant s- direct de Pierre le Grand, eût pu devenir un rival sérieux, te avait suffisamment consolidé son trône pour pouvoir prèe, ter son attention aux affaires d'Europe et spécialement à s- celles de Pologne où la succession nrochaine du roi us Auguste allait éveiller grandement les intérêts des états it voisins. Breteuil était, on le sait, initié à la politique secrète de Louis XV et chergé à cet effet de surveiller ar tout ce qui avait trait à la Pologne. « Il est nécessaire, lui Il écrivait le Roi (2), que vous entreteniez une correspone, dance exacte avec MM. d'Havrincourt (3), de Paulmy et de Ë ès Vergennes; vous ne devez leur rien laisser ignorer de ce {! à qui regarde la Russie et vous apprendrez par eux mieux se et plus tôt ce qu’il conviendra que vous fassiez à Péterses bourg que par les ordres de mon ministre qui, vu l’éloi- \- gnement, ne peuvent être que tardifs. » La réponse de L- Breteuil (4) démontre que les pourparlers au sujet de l’aveit nir de la Pologne n'avaient pas été encore entamés ou n tout au moins que la France n’y avait pris aucune part : = di (1) Breteuil au comte de Choiseul, 9 octobre 1762. Affaires Etrangères. A | € (2) Le Roi à Breteuil, 10 septembre 1762. Affaires Etrangères, Russie 1 44 complément, t. 72. ik (3) Ministres de France en Suède, Pologne et auprès de la Porte. (4) Breteuil au Roi, 16 décembre 1762. Affaires Etrangères, Russie com-
plément, t. 72.
« La résolution que la Russie a prise et que le ministère déclare dans toutes les occasions de n'étaler son système qu'après la paix, a ralenti tous les soins du comte de Mercy, et la conduite que l’on tient avec lui lui a ôté toute espérance de regagner ici le crédit que sa Cour pourrait y désirer. L'opinion, d’ailleurs, de l'ambassadeur autrichien est fort éloignée d’un système de préférence pour la Russie, il ne veut avec des désirs réels que la continuation de l’augmentation des liens de V. M. avec sa souveraine. »
Quoi qu'il en soit, la question de la Pologne inquiète l’ambassadeur et il confie s craintes (1) à son chef : Il faut « empêcher, ou si l’on veut, retarder son entière obéissance (de la Pologne) à la Russie et ses démembrements qui en seront une suile à l'avantage de cet empire ». La Russie voudra certainement choisir le successeur du roi Auguste.
En attendant l'ouverture de cette grave question, les puissances occidentales de l'Europe s'étaient mises d’accord à Fontainebleau. La communicatior officielle de la signature des préliminaires fut froidement accueillie en Russie ; le gouvernement de Catherine éprouvait quelque dépit de la réussite de la France à négocier une paix pour laquelle elle avait offert jrutilement son intervention. Le 20 décembre, Breteuil eut enfin son audience ; Catherine se montra fort gracieuse mais ne retrouva pas pour l’ambassadeur la confiance intime qu'elle lui manifestait avant son élévation au trône.
Il devenait de plus en plus évident que la Russie entendait avoir sa politique propre, et qu’elle ne se laisserait influencer par aucun de ses anciens alliés.
Cette appréciation se trouve confirmée par la lecture de la correspondance échangée entre le cabinet de Saint-
(1) Breteuil à Praslin, 20 décembre 1762. Affaires Etrangères, Russie complément, t. 72.