PLAN D'OPÉRATIONS DE FREDÉRIC
pouvoir compter sur l'entrée en ligne au mois de mars de 200.000 Turcs, sur lesquels 120.000 envahiraient la Hongrie et 80.000 soutiendraient l’agression des Tartares contre la Russie, Des 120.000 Autrichiens dont pouvait disposer l’Impératrice Reine, il faudrait en détacher au moins 60.000 pour la défense de la Hongrie; de leur côté, les Russes auraient besoin de la plupart des 50.010 hommes employés contre la Prusse pour résister à la poussée des Tartares et des Turcs; ils ne pourraient conserver que 12 à 15.000 hommes sur la Vistule. En comprenant le corps de Czernitchew et celui des Cercles, il ne resterait aux alliés que 55.000 combattants en Silésie et 35.000 en Saxe, effectifs inférieurs aux 80.000 Prussiens sur lesquels on pouvait tabler d'une part pour la campagne de Silésie, et aux 50.000 qu'on laisserait d’autre part en Saxe; grâce à cette supériorité numérique, le projet escomptait la prise de Dresde et la reprise de Schweidnitz, le siège de Prague, la conquête de la Moravie. L'esprit pratique du prince Henri se refusa à accepter des prévisions aussi optimistes fondées sur des bases aussi hypothétiques que la coopération de la Porte ottomane, aussi répondit-il à son frère en lui demandant ses plans de campagne pour le cas où l'alliance rêvée ne se réaliserait pas. Frédéric répondit qu'il n’y aurait pas d'autre parti à prendre que de concentrer les armées prussiennes et combattre les ennemis avant qu'ils eussent pu se réunir.
Quelles étaient les forces respectives? Un rapport du ministre anglais Mitchell qui avait suivi de près toutes les péripéties de la guerre de sept ans, nous fournira des renseignements précieux sur l'état des forces prussiennes et sur la difficulté de ies recruter, vers cette époque de la guerre. « Mon expérience, écrit-il à Bute (1), m'a appris qu'on ne peut se fier aux ordres de bataille ; ils contien-
(1) Mitchell à Bute, Magdeburg, 25 novembre 1761. Mitchell Papers.
nent à la vérité le nombre des bataillons et des escadrons, mais non les effectifs de chacun d'eux; ceux-ci sont connus exactement des officiers commandant le régiment, remis par lui au roi de Prusse et ensuite à l’adjudant général, mais les autres généraux les ignorent. »
Le roi n’encourage pas la correspondance sur les affaires militaires: les lettres sont souvent arrêtées etexaminées et les officiers paient cher leurs indiscrétions. « Quant au prince lui-même, il ne communique que fort rarement au secrétaire d'état ses plans d'opérations militaires; en cas de succès, il envoie une relation inspirée par lui à laquelle il faut attacher une foi absolue; en cas de faillite, il en parle peu ou pas et chacun reste libre de tirer ses propres conclusions, car $. M. Prussienne ne s’avise jamais d'écrire sur des événements déplaisants et c’est la seule raison que je pense trouver pour expliquer son silence au sujet de la surprise de Schweidnitz, dout nous n'avons connu les détails que par les citations de la cour de Vienne. »
Mitchell en arrive aux ressources pour les campagnes futures. « Quand le roi de Prusse franchit l’Elbe à Strehla le # mai dernier, il avait avec lui 32 bataillons d'infanterie et 63 escadrons de cavalerie, dragons et hussards complets et en bon ordre, composés des meilleures troupes de son armée. Le corps du général Goltz qui hiverna en Silésie comptait #1 bataillons d'infanterie et 51 escadrons; les deux corps réunis étaient forts d'à peu près 60.000 hommes. L'armée du prince Henri au mois de mai se montait sur le papier à 55 bataillons et 83 escadrons, mais comme plusieurs des bataiilons étaient incomplets et qu'il y avait beaucoup de vides dans la cavalerie, l’effectif total n’a jamais dépassé 28.000 hommes. En ajoutant les 1% bataillons et 35 escadrons du prince de Wurtemberg et du général Werner opérant en Poméranie, nous avors un grand total de 142 bataïlons et 232 escadrons, soit d’après une évaluation modérée, plus de 100.000 com-