LES ARMÉES EN PRÉSENCE
cué la veille pour rejoindre son chef, Une bataille devenait inévitable.
Lally laissa 150 Européens et 300 cipayes devant Vandavachy et prit position dans la plaine à peu de distance de la ville. Les armées en présence étaient peu considérables; d'après Malleson (1) qui adopte à peu près les chiffres de Lally, les forces de celui-ci se composaient de 150 cavaliers et 1.350 fantassins français dont 200 marins, de 1.800 cipayes, qui pour une bonne partie ne prirent pas part au combat, de 2.000 cavaliers mahrattes et de 20 canons. À en croire l'historien Cambridge (2), les Français auraient mis en ligne 2.200 Européens, 300 cafres et 10.000 indigènes auxquels Coote n'aurait pu opposer que 1.700 Anglais, 3.500 cipayes ou cavaliers indigènes et 15 bouches à feu. En tenant compte des exagérations habituelles en pareille matière, il est permis de supposer que les forces des deux partis, tout au moins en ce qui concerne les soldats européens, étaient à peu près égales en nombre.
Coote, dans le but de tourner le camp de son adversaire, fit effectuer à ses troupes à l'abri d'un pli de terrain une marche de flanc qu'essaya de troubler une attaque de la cavalerie mahratte:; bien que conduite par Noronha, le fougueux évèque d'Halicarnasse, elle fut facilement repoussée.
Coote forma ses troupes en deux lignes : la première composée des # bataillons anglais et d'un bataillon de cipayes, la seconde des grenadiers de l’armée et du reste des cipayes.
Entre temps, Lally avait rangé ses troupes entre deux
(1) Malleson, History of the French in India. Dans sa dépêche, Lally s'attribue seulement 1.200 Francais et 4.000 noirs. Lalls à Belleisle, Pondichéry, 6 février 1760. Archives de la Guerre.
(2) Cambridge, War in India, p. 266.
Orme cité par Malleson parle de 1.900 Anglais et 1.350 indigènes.
étangs, le dos à Vandavachy, la gauche s'appuyant à une fontaine ou réservoir entouré d’un retrancliement naturel armé de deux canons et confié à la garde du détachement de marins; les réguliers français étaient sur une seule ligne avec un rideau d'hommessimulant la réserve; le régiment de Lally formait la gauche, Lorraine la droite, la fraction du régiment de l'Inde le centre, la cavalerie européenne constituait l’extrème droite. Des deux côtés, l'artillerie était placée dans les intervalles sur le front de bataille.
L'affaire commença par une canonnade ass?z vive. Lally, voyant l'ennemi ébranlé par le feu de la batterie des marins qui enfilait ses lignes, courut à sa cavalerie et ordonna la charge. Ni le commandant en premier, ni le commandant en second n’exécutèrent l'ordre. Lally cassa le premier et mit l’autre aux arrêts; s'adressant alors directemerit à la troupe, il réitéra l'ordre. Uu des capitaines, M. d'Héguerty, enleva ses hommes en criant qu'il serait honteux d'abandonner le général. Arrivés à 100 mètres de l'ennemi, les escadrons furent reçus par un feu de mitraille et de mousqueterie qui jeta le désordre dans les rangs et leur fit faire demi-tour. D'après la dépêche de Lally (1) il aurait été « abandonné à la demiportée de pistolet seul dans la plaine où j'ai essuvé le feu de leur cavalerie et en ai été quitte pour un coup de pistolet dans mon chapeau et un dans ma selle ». D'après le récit anglais, la charge aurait été résolument menée et n'aurait échoué que devant le feu de deux canons que le colonel Draper fit intervenir fort à propos.
Lally regagna son infanterie, la trouva en butte au tir des canons anglais et désireuse de prendre l'offensive, il forma le régiment de Lorraine en colonne, se mit à sa tête, fonca sur la ligne ennemie et en creva le centre.
(1) Lally à 3elleisle, Pondichéry, 6 février 1760. Archives de la Guerre.
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COMBAT DE VANDAVACHY. 5
Il y eut entre les deux troupes un corps à corps des plus violents qe vint interrompre un incident des plus fàcheux pour les Français.
Un projectile tombé dans la batterie des marins, fit sauter un caisson rempli de poudre; l'explosion causa la mort du chevalier de Poete et mit hors de combat 80 marins, le reste pris de panique s'enfuit. Cocte, aussitôt qu'il s’aperçut de l'abandon du retranchement, donna ordre à Brereton de s'y établir, mais déjà Bussy qui commandait la gauche avait rallié une cinquantaine de soldats du régiment de Lally et s'était jeté dans la r?doute, Brereton et ses hommes furent accueillis par une décharge qui tua leur chef, sans arrêter l'attaque; elle fut poussée jusqu'à la batterie dont elle s'empara définitivement. Ce succès rendait les Anglais maitres de la clef de la position, et décidait de la bataille. En vain Bussy essaya-t-il. 1e ramener la gauche française; entrainé dans la déroute et obligé de descendre de son cheval qui avait été blessé, il fut s"touré par les Anglais et fait prisonnier. À son tour, abordé en flanc et en tête, le régiment de Lorraine fut forcé de reculer. À 2 heures de l’après-midi, l'affaire était terminée; les Francais, protégés par leur cavalerie qui s'était ralliée, se retirèrent sans être poursuivis; ils furent rejoints par le détachement laissé devant Vandavachy et gagnèrent Chetteput, Gingee et finalement la banlieue de Pondichéry où ils arrivèrent le 25 janvier, # jours après la bataille.
D'après le rapport anglais, l’armée de Lally, étant donné son faible effectif, aurait été sérieusement éprouvée : 800 tués ou blessés au total, dont 200 enterrés sur le champ de bataille; 200 blessés auraient été ramassés par le vainqueur, et de toute leur artillerie, forte d’une vingtaine de canons, 3 pièces légères auraient pu seules être emmenées, Les Anglais n’accusèrent en Européens que 52 tués et 1#1 blessés. Peu importante, comme on le voit,
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au poiut de vue des effectifs engagés et des pertes subies, la bataille de Vand2vacny fut cependant grosse de conséquences; elle détermina la fin de la puissance française aux Indes, après une agonie qui dura, il est vrai, encore une aunée, grâce surtout au peu d'activité que déploya le sénéral britannique.
Peu de jours après sa rentrée à Pondichéry, Lally rend compte de la situation au ministre de la Guerre. Il se plaiut de n'avoir eu de renforts ni en hommes ni en argent : « Les ennemis ont recu depuis mon arrivée ici deux mille hommes de troupes réglées et huit cents hommes de troupes de compagnie de renfort. M. d'Aché m'a laissé trois cents mousses ou matelots éclopés pour opposer à ce nombre; les ennemis recoivent continuellement des sommes considérables d'Europe, de Bengale et de Bombay; je n'ai pas recu un sol depuis ce temps. Le défaut d'argent m’a déjà fait manquer Madras l'année dernière, et je dois attribuer en partie à la même cause la perte que je viens de faire d’une bataille où je rie suis trouvé fercé de marcher à l'ennemi avec douze cents Européens et quatre mille noirs, contre deux mille six cents Anglais et cinq mille noirs; M. de Verdière m'a vu abandonné avant que le combat fût engagé, par deux mille chevaux de ma droite, et deux mille cipayes de ma gauche, et je me suis vu dans le moment isolé avec mille fantassins, en iront de bandière à trois cents pas de l'ennemi. » 11 ne consacre que quelques mots à la bataille sans oublier toutefois de faire une insinuation blessante pour Bussy : « J'y ai perdu deux cents hommes, et l’ennemi au moins autant, je n'y ai eu qu'un seul prisonnier fait sur le champ de bataille, et c'est M. de Bussy; j'ai abandonné Vandavachy dont je faisais le siège, et je me suis retiré en bon ordze, sans être inquiété et sans perdre un seul homme, à troi: lieues de mon champ de bataille.
« Cette bataille à entrainé la perte de Cetteput qui
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