LE PRINCE HENRI FRANCHIT LA MULDA
son attaque, le prince Henri, qui venait d'être rejoint par la brigade Bellerbeck venue du Mecklembourg, mit en ligne 21 bataillons, 3 compagnies de chasseurs et 52 escadrons répartis en # colonnes commandées par les généraux Seydlitz, Kanitz, Stutterheim l’ainé et le colonel Kleist. Vers minuit le 12 mai, les Prussiens se rapprochèrent des bords de la rivière et attendirent le signal pour la franchir, mais quelques minutes avant le moment fixé, les avant-postes autrichiens découvrirent la tête de la colonne Kleist et ourirent le’'feu. Le colonel brusqua aussitôt le mouvement, passa le cours d’eau sous la protection de son arlillerie, enleva la redoute qui lui faisait face et enveloppa avec sa cavalerie le village de Luttdorf où il captura un bataillon presque entier, deux canons et le .général Zettwitz lui-même. Averti par la fusillade, le prince Henri fit avancer les autres colonnes qui passèrent la Mulde à gué ou par des ponts improvisés, Stutterheim près de Ziegra, Seydlitz aux abords de Dübeln. Les Autrichiens furent successivement chassés de leurs retranchements avec perte de canons et de force prisonniers. L'affaire leur coûta en prisonniers seuls : 1 général, 44 officiers et 1.436 soldats. La perte des Prussiens en tués, blessés et manquonts ne fut que de 2 officiers et 61 hommes. Le passage de la Mulde avait été secondé par les démonstrations de Hulsen et de Forcade.
Les débris du corps battu se réfugièrent à Freyberg où ils rejoignirent le général Maquire, qui se sentant menaré par un mouvement de Hulsen et Forcade, ne tarda pas à évacuer cette ville et à se rabattre sur Dippoldiswalda. Serbelloni, qui ne s'attendait pas à cette attaque, fut tellement ému qu'il en perdit la tête ; non seulement il ne tenta rien pour réparer l'échec de son lieutenant et laissa le 16 mai presque sans opposition le prince Henri établir son quartier général à Pretzschendorf entre Freyberg et Dippoldiswalda, mais il paria d'abandonner Dresde, « Ce
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général, écrit l'ambassadeur Chatelet (1), mande à l'Impératrice en date du 16 à 3 heures du matin, que le prince Henri marchait à lui de tous côtés à la tête de #0.000 hommes, qu'il l'avait même déjà tourné par sa gauche, ayant poussé ses troupes jusqu’à la hauteur d’Altenberg. M. de Serbelloni prétend en même temps avoir des nouvelles que les Prussiens ont construit un pont près de Meissen, en sorte qu'il parait craindre d’être tourné en même temps par sa droite et par sa gauche. Il marque en conséquence que, s’il en a le temps, il passera l'Elbe dans la journée du 16 ou pendant la ruit suivante, et qu’il se mettra sur la rive droite de ce fleuve en abandonnant Dresde à ses propres forces. Ce général ajoute que le commandant de cette place lui demande 12.000 hommes pour la défendre, mais qu'il pense que 8.000 doivent lui suffire, d'autant qu'il y avait peu d’apparence si l'ennemi poussait sa pointe vigoureusement qu'on pût parvenir à préserver Dresde d’être pris et à en retirer la garnison. En effet, si M. de Serbelloni exécute le funeste projet de passer l'Elbe, l'entrée de la Bohême sera ouverte aux Prussiens, tous les magasins de l’armée autrichienne seront pris ou détruits et elle se trouvera bientôt elle-même dans la nécessité absolue de passer les montagnes pour chercher des subsistances, n’y ayant qu’un seul magasin de passage à Zittau dont l’armée pourra au plus vivre six jours, vous sentez à quel point on doit être affecté ici d’une résolution aussi subite et aussi funeste. On est effrayé de la facilité avec laquelle M. de Serbelloni semble disposé à abandonner des positions qu’on a toujours regardées comme inexpugnables. On m'assura hier que M. de Serbelloni aurait ordre de se faire battre plutôt que d'abandonner le camp de Flauen; mais il est incertain que cet ordre lui arrive à temps, et
(1) Chatelet à Soubise, Vienne, 20 mai 1712. Archives de la Guerre.