PETITE GUERRE EN SAXE ET EN BOHÈME
les Prussiens firent à leur adversaire plus de 300 prisonniers et ne perdirent que 100 hommes.
Le séjour de Seydlitz et de Kleist en Saxe ne fut pas de longue durée; le 1“ août, ils étaient tous les deux de retour en Bohême et eflectuaient lenr jonction à Johnsdorf; le soir même ils furent rejoims par Kanitz devant la ville de Dux. A en croire quelques récits (1), la cavalerie autrichienne qui y était campée était dessellée, l'infanterie était dans ses tentes quand l'éveil fut donné par quelques patrouilles poursuivies par l'avant-garde de Kleist. Ce dernier aurait proposé à Seydlitz de profiter de la surprise pour tomber sur l'ennemi en désarroi, mais ce général aurait refusé d'attaquer avant la venue de l'infanterie. Pendant la nuit, le prince Lüwenstein, qui commandait les Autrichiens, évacua la position de Dux pour en prendre une plus avantageuse à Teplitz; grâce à la capture d’un courrier prussien, il fut mis au courant de l'attaque projetée, put prendre ses mesures et demander des secours à son collègue Maquire à Dippoldiswalda. Un combat très sanglant s’engagea pour la possession des hauteurs de Kradrob, qui prises et reprises plusieurs fois, restèrent en définitive entre les mains des 4 atrichiens ; la perte fut à peu près égale de part et d'autre. Les deux petites armées gardèrent leurs positions jusqu'au 5, date à laquelle arriva un ordre de rappel du prince Henri. Pendant le mois d'août, la petite guerre se poursuivit sur la frontière de Saxe et de Bohème entre Belling et des détachements autrichiens et impériaux. Le général Belling cherchait à inquiéter le prince Stolberg et à retarder sa jonction avec Serbelloni, mais il n'était pas assez fort pour atteindre ce but. Le prince sur l’ordre réitéré de son chef partit de Hof le 18 août, après y avoir laissé un détachement, et poursuivit sa route par la Bohème jusqu'à Dresde
(1) Geschichte des siebenjabrigen Krieges. Officieren des groszen generalstats, Vol. VI, p. 97.
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où il parvint le 7 septembre; d'autre part un contingent important des forces de Lüwenstein était venu rejoindre le quartier général autrichien et la division Brunian à Altenberg. Ce fut ce même 7 septembre qu'arriva à Dresde le général Hadick qui avait été désigné pour remplacer Serbelloni à la tête de l’armée de Saxe. Celuici, en eflet, en butte aux reproches de la cour de Vienne fort mécontente des incursions de l'ennemi en Bohème et des souffrances qui en résultaient pour la province, avait envoyé sa démission qu'on s'était empressé d'accepter.
Il faut le reconnaitre, le rôle du feld-maréchal n'avait pas été brillant; non seulement il n'avait pas su profiter de sa supériorité numérique pour gagner du terrain en Saxe, mais il n'avait pas pu conserver la position si forte de Freyberg, indispensable pour couvrir la Bohème; il avait suffi de l'échec de Zettwitz sur un point du cordon de la Mulde pour l'abandon de Freyberg, alors qu'il aurait été possible à Maquire de s'y maintenir s’il avait été soutenu. Dans l'attaque des lignes prussiennes à Baunsdorf, Serbelloni se montra sans énergie, et il en fut de même pour les mesures qu'il prit pour repousser les incursions de Seydlitz et de Kleist. IL est tout à l'honneur du prince
Henri d’avoir deviné la faiblesse et l’indécision de son
adversaire et d’avoir su user contre lui de manœuvres qui avec un général plus actif eussent été risquées.
Il convient de passer maintenant en Silésie, où la campagne ne s'ouvrit que vers la fin de mai; Frédéric avait tout intérêt à ne pas précipiter les événements qui sé prononçaient chaque jour en sa faveur. Dès la fin de janvier, le commandant de l’armée russe Butturlin avait été rappelé et rem’lacé par Soltikoll'; il était question de l’échange des prisonniers; le 18 mars, Mesnager (1) annonce
(1) Mesnager au duc de Choiseul, Marienburg, 18 mars 1762. Archives de la Guerre.
OPÉRATIONS EN SILÉSIE. 393 1 4 RrN n- le renvoi de 386 officiers et 5.700 sous-officiers et soldats à |! e- prussiens ; le 10 avril, Bessner, l’attaché français à l'armée Î i- suédoise, rapporte un armistice de 2 mois avec les Prus- L | va siens et des pourparlers pour la restitution réciproque des 1 ar prisonniers; enfin, le corps de Czernitchew se sépare 11 i- des Autrichiens le 24 mars, passe l'Oder à Steinau le 30 1h 1e et continue sur Thorn. Ce départ fut le signal de celui du 1 1e général autrichien Fine qui jusqu'alors avait continué ses 1h e, fonctions au quartier général russe, malgré l'accueil peu 11e p- encourageant de Soltikoff. nl.
Frédéric ne fut fixé définitivement sur les conséquences Ÿ it du revirement de la politique russe que par l'armistice \:! | 4 er du 15 mars avec la puissance du Nord et par une conven- 11 1 à tion semblable conclue avec la Suède le 7 avril sui- en! te vie bientôt par la paix signée à Hambourg le 22 mai. 4,1 il Ce ne fut qu'à partir de ces dates qu'il put rappeler ses IN | nn troupes de la Poméranie, renforcer son armée des priit sonniers rendus et des recrues levées dans les territoires 1 1- évacués par l’ennemi de la veille; d'autre part, les négo- | f, ciations entamées avec la Porte et le Khan de Crimée ne À 1e pouvaient se traduire par une intervention active avant {fl s la fin du printemps. Si le temps travaillait pour la Prusse, e il n’en était pas de même pour l'Autriche qui, abandonnée 11 | n par la Russie, n'avait plus à compter que sur ses seules 1 es forces et que son intérêt devait pousser à profiter d’une 41 supériorité numérique qui ne durerait pas longtemps. Il LL L- n'en fut rien et la tactique défensive triompha dans les it conseils de l’Impératrice Reine.
D Aussitôt les mains libres du côté des Russes, Frédéric À ; lança les premiers ordres pour la concentration de 11 - ses troupes. Le prince de Wurtemberg fut prévenu (1) |
- que son corps réparti entre les armées de Saxe et de
e Silésie devrait se mettre en route vers le 15 avril. Werner e (4) Frédéric à Wurtemberg, Breslau, 4 et 10 avril 1762. Corr. Polil., | vo!. XXI. k
fut chargé de conduire en Haute-Silésie une division forte de 7 bataillons, 2 régiments de cavalerie, 12 canons et obusiers destinée à se joindre à une troupe de 6.000 Tartares et à envahir de concert la Hongrie; les instructions de ce général(1) lui enjoignaient de laisser piller ces auxiliaires et de brûler les viliages à proximité de Vienne, de préférence ceux appartenant aux gens le plus en vue, de manière à répandre partout la terreur et le désarroi. La dépense devait être soldée en monnaie dépréciée, mais les contributions à lever sur les habitants seraient acquittées en bon argent. En ce qui concerne la coopération avec les puissances musulmanes, celles-ci que les agents de Frédéric avaient cherché à entrainer contre l'Autriche et la Russie, comprenaient mal la nouvelle attitude de la Prusse et le désir du Roi de les voir renoncer à toute hostilité contre la Russie et à concentrer leurs efforts contre l'Autriche. De là des hésitations que Frédéric essayait de surmonter en distribuant des largesses aux conseilleurs de la Porte et du Khan. Dans une dépèche (2) à Rexin, son agent à Constantinople, Frédéric fait valoir l'avantage pour la Porte de la neutralité que le Tzar s'engage à observer en cas d’invasion de la Hongrie : pour la puissance ottomane s'offre une occasion unique de reconquérir les territoires perdus. Il tient le même langage(3) à Boscamp son résident en Crimée. Mais pour la campagne qu'il va entamer, le roi de Prusse peut compter sur des alliés plus sûrs et plus proches; il vient de recevoir de Pétersbourg le 20 mai le traité de paix avec la Russie et la promesse de la coopération d'un corps auxiliaire de 20.600 hommes qui se joindra à l’armée prussienne, sans même attendre la conclusion de l'alliance qui est en voie de préparation. Dans ces con-
(1) Frédéric à Werner, Breslau, 13 avril 1762. Corr. Polil., XXI, p. 367. (2) Frédéric à Rexin, Bettlern, 21 mai 1762. Corr. Polit., XXI, p. 459. (3) Frédéric à Boscamp, Bettlern, 21 mai 1762. Corr. Polit., XXI, p. 460.