‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 207 sur 230 · FRÉDÉRIC CHERCHE LE CONCOURS LES TURCS · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC CHERCHE LE CONCOURS LES TURCS

les relations avec le Tzar devenaient chaque jour plus intimes. Elles laissaient espérer des résultats certains, presque immédiats; Czernitchew qui à peine rentré de l’armée autrichienne, #t maintenant à la tète du corps destiné à servir d’auxuiaire au roi de Prusse, s’annonçait comme devant arriver aux confins de la Silésie le 24 juin. A ia date du 10 de ce mois, le Roi évaluait les forces de son frère après la jonction de Belling et Kalkstein à k4.000 homines à opposer aux #0.000 de Serbelloni; il en attribuait 80.000 à Daun. Le duc de Bevern à peine arrivé de Stettin, fut aussitôt détaché avec 6 bataillons et un régiment de dragons dans la Haute-Silésie. Cette diversion à laquelle devait coopérer, le cas échéant, le général Werner, avait pour but de diviser les forces de Daun et d’obliger le maréchal à renforcer les troupes chargées de la défense de la frontière moravienne. Du côté de la Russie, les affaires prenaient une excellente tournure ; un projet d'alliance défensive avait été communiqué à Goltz par le chancelier Woronzow et transmis au quartier général du Roi. Il en accusa réception le 19 juin et le retourna aussitôt avec des suggestions de détail, sur lesquelles on n'insisterait pas si leur examen devait entrainer des retards.

Le concours du Khan de Crimée devenait moins intéressant et plus problématique. Celui-ci se souciait fort peu (1) de s'engager contre l’Autriche avec laquelle il n'avait aucun sujet de querelle, mais était très monté contre la Russie et ne voulait agir en Hongrie qu'après avoir obtenu satisfaction du Tzar. Or, on peut s’imaginer que Frédéric se garderait bien de compromettre son influence en appuyant des griefs qui lui étaient tout à

fait indifférents. Aussi donna-t-il pour instructions à son

(1) Boscamp à Frédéric, Ohschukow, 6 juin 1762. Correspondances Politiques, XXI, p. 550.

envoyé Boscamp, s’il ne pouvait obtenir mieux, de se contenter du concours « de quelque vingtaine de mille Tartares pour les employer en Hongrie à faire des ravages et s’il n’y a pas moyen autrement d'y réussir, il ne regrettera mème pas le sacrifice des 50.000 ducats ».

La révolution de Pétersbourg, la déclaration menaçante que le Tzar venait de faire à la cour de Vienne et enfin la marche annoncée du corps auxiliaire de Czer= nitchew, donnèrent lieu à une correspondance importante entre l’Impératrice Reine et Daun. Ce dernier, à la date du 28 mai (1), dit avoir reçu de Varsovie confirmation des mauvaises nouvelles, dont il avait déjà entendu le bruit. Le Roi de Prusse n'attend évidemment que l'arrivée de ces auxiliaires pour prendre l'offensive; dans 12 jours il aura à sa disposition 90.000 hommes en Silésie. Quel usage en fera-t-il? Renforcera-t-il le corps de Werner en Haute-Silésie pour lui permettre des incursions en Moravie et en Hongrie? ou tentera-t-il une invasion du comté de Glatz et de la Bohême avec #0 à 50.000 hommes? Dès à présent, il conseillerait d’augmenter considérablement le corps chargé de la défense des cols de Wartha et de Silberberg, de faire rétrograder le gros de l’armée actuellement campé sur les versants du mont Zobten pour lui faire occuper une position entre Hohen Giersdorf et Cunzendorf; mais, — et ses lieutenants Lascy, Laudon, Hadick et O’Donnell pensent comme lui, — avant de faire ce mouvement, il faudrait être fixé sur les intentions ennemies et recevoir les instructions de la Cour.

Cette lettre se croisa avec une dépêche de l’Impératrice du 29, dont nous donnons un extrait (2) : « La nouvelle déjà trop vraisemblable est confirmée par la lettre du général Fine et je m'attends d'heure en heure à une

(1) Daun à l’Impératrice, Kratzkau, 28 mai 1762. Archives de Vienne. (2) L'Impératrice à Daun, 29 mai 1762. Archives de Vienne.

nement

MARIE THÉRÈSE ÉCRIT A DAUN. 403 fi.

:on- déclaration de la Russie, me signifiant que si je ne me | Tar- décidais pas à suivre l'exemple de la Russie, à céder n ages toutes les conquêtes et à faire la paix avec la Prusse sans ‘4 re- plus tarder, le Tzar, en vertu de sa nonvelle alliance, ‘ n'hésitera p:s à secourir Le roi de Prusse avec son armée. h | ena- Vous jugerez vous-même combien ce langage autoritaire 114 Le et porte atteinte à ma dignité et au respect dû à mon rang | PTS CE et combien cela me touche péniblement. Ainsi je me | ante dois, à moi-même et à ma maison, de m'’efforcer au pos- qi date sible que cette humiliation soit détournée, et que la Ê: tion paix avec le consentement de mes alliés soit volontaire hi u le et non imposée. mn | l'ar- « Il semble que cela dépend de 3 à # mois et si je peux | ) dans gagner ce temps il sera à espérer avec beaucoup de pro- n |: s en babilité que je réussisse à me tirer encore avec honneur ; OrpS de la guerre actuelle. D'autant plus que j'ai déjà consenti à ncur- à ce que la France demande à l'Angleterre uv armistice. M |! une Selon que le Tzar exécutera sa menace, tout dépendra de M | h0 à la question si c’est faisable et possible de soutenir une | À 'aug- telle défense et d'empêcher l'ennemi, renforcé par 30 à pi | ense 40.000 Russes, de faire l'invasion dans nos propres pays | 14 rader et dans le comté de Glatz. Et si l’on ne peut empècher ni sants la prise de la ville de Schweïdnitz par l'ennemi, ce sera [Al | entre d'autant plus facile à supporter que je devrais rendre HA eute- cette ville quand même dans une paix imposée. » l | mme Comment gagner l’automne et protéger ses états contre fl (Al fixé l'invasion des forces prussiennes augmentées de 30 à | il ions 40.000 Russes? Telle est la question que l’Impératrice | pose à Daun en faisant appel à son expérience et à son ! [ trice dévouement; elle ne dissimule pas qu'elle sacrifiera au | elle besoin la défense de la Saxe à celle de ses propres états. | 11 ï du « Je ne vous cache pas qu'il est très à désirer de maintenir A une notre position en Saxe et surtout à Dresde jusqu'à la | paix, mais je considère que la défense de mes propres | ne. i

pays et du comté de Glatz mérite la préférence au

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besoin, et que je me déciderai plutôt de quitter Dresde et le camp près Plauen et de faire prendre un autre camp au delà ou en deçà des montagnes dans lesquelles mes frontières seront suffisamment défendues par peu de troupes que d’exposer mes pays de tous côtés à un trop grand danger. Personne ne peut juger cela mieux que moi et je me promets de votre empressement au service que vous me prèterez conseil et aide dans ces moments critiques, et que vous me direz franchement ce qui est à faire et le plus approprié à ma cause. Il n'y a pas de temps à perdre pou prendre une décision. »

À la question posée, Daun répondit le 2 juin après avoir pris l’avis des généraux Lascy, Hadick, Laudon et O’Donnell dans l'opinion desquels il avait le plus de confiance, qu'il était possible de maintenir les positions de Saxe contre une armée de 60.000 hommes et celles de Silésie contre 100.000 ennemis. En conséquence, on invitait à donner ordre à Serbelloni de concentrer ses troupes dans le camp de Plauen et à Dippoldiswalda, de conserver cette ligne aussi longtemps que possible, et de détacher un corps de 5.000 hommes en Lusace dans les environs de Gabel et de Friedland afin de protéger les approches de la Bohême.

Pour ce qui était de la Silésie la question se posait : devait-on soutenir Schweidnitz en campant le gros de l’armée derrière la forteresse au pied des montagnes, quitte à y prélever des renforts poui la Haute-Silésie et la position de Wartha, ou valait-il mieux laisser dans la place une simple garnison de 10.060 hommes, en placer 15 à 20.000 entre Biesdorf et Kungendorf et s'établir avec le reste à Wartha (1).

Les généraux, Daun lui-même, penchaient pour la seconde solution: elle fut acceptée après quelque hési-

(1) Cabinet Schreiben an Daun, 5 juin 1762. Archives de Vienne.

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