MONTAZET A CHOISEUL
est à souhaiter que cette idée suspende le projet que je suppose à M. le prince Henri de se fortifier tous les jours de plus en plus sur sa droite, afin de pénétrer en Bohème et tâcLer par là de couper les subsistances à l'armée de Serbelloni. Ce dernier a manœuvré plus pitoyablement que tout ce que l’on peut dire; d'un autre côté, on a fait les plus faibles dispositions pour les subsistances de façon que chacun a concouru à rendre cette besogne diabolique. Le seul remède serait de rappeler M. de Serbelloni et d'envoyer ici ou M. Haddick, ou M. de Lasey ou M. de Laudon. » Montazet ne cache pas à Choiseul la mauvaise impression qu'il a recueillie sur l’état des esprits à Vienne : « J'ai grand'peur d'un autre côté que le chapitre des subsistances ne nous joue un mauvais tour en Silésie, et que l'esprit en général du militaire, la disette des talens, et le découragement de la Cour et de l’armée ne nous réduisent avant longtemps à une triste situation. Mes dernières lettres de Vienne sont remplies des mêmes craintes et je crains fort qu'elles n’augmentent de jour en jour, car, en vérité, tout ceci va on ne peut pas plus mal, aussi suis-je effrayé de l’avenir (1). »
Deux jours après, Montazet est à Prague d'où il signale les incursions des Prussiens en Buhème ; ils ont ravagé le pays jusqu’à Kolin et brûlé des magasins à Küniggrätz. A partir du 22 juillet, il date ses lettres de Giersdorf aux euvirons de Schweïdnitz. Sur la demande de Marie-Thérèse qu'il lui a transmise, Daun propose Hadick pour remplacer Serbelloni, Lasey et Laudon ayant décliné. D'après le français, il est grand temps de faire ce changement. « Si le Roi fait par ses derrières un détachement sur la Saxe, qu'il y aille même en personne, ce que j'ai toujours craint et que nous n’ayons que M. de Serbelloni pour lui disputer le terrain, la dispute ne sera pas longue, je vous
(1) Montazet au duc de Choiseul, Giersdorf, 26 juillet 1762. Archives de la Guerre.
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en réponds. » À peine débarqué, Montazet avait assisté ? l'affaire de Burkersdorf; il en fait le récit suivant (1) : «Jarrivai ici avant-hier (le 20 juillet) après avoir marché 5 jours et 5 nuits pour venir de Prague à l’armée de M. le maréchal Daun. Ce général me proposa en arrivant de monter à cheval le lendemain à la pointe du jour, pour me faire voir sa position. À peine fûmes-nous à moitié chemin du quartier général au camp, que le roide Prusse fit une attaque à notre gauche. Une demi-heure après, il fit attaquer le poste de Burkersdorf qui couvrait notre flane droit; une demi-heure ensuite, il fit attaquer le poste de Leitmersdorf à une lieue en arrière de notre droite, lequel était défendu par 9 bataillons, 2 régiments de cavalerie et un d’hussards aux ordres de M. de Brentano ; mais après une défense de 5 heures, M. de Brentano a été obligé de se reployer et de céder une gorge à l’ennemi, par laquelle il peut pénétrer sur nos derrières, qui à forcé M. le maréchal Daun à reculer sa position, afin de n'être pas coupé du pays de Glatz et de la Bohême, dont nous tirons nos subsistances.
« Pendant ces attaques, le gros de l’armée ennemie était resté en bataille vis-à-vis de la nôtre, environ à 4.000 pas les uns des autres. Nous nous sommes observés ainsi jusqu'à la nuit où nous avons fait un mouvement en arrière pour reculer notre position environ d'une lieue, barrant toujours la vallée de Thonhausen et ayant derrière nous nos débouchés sur Glatz et sur Braunau. Le poste de Burkersdorf a résisté toute la journée aux différentes attaques de l'ennemi et ne s'est retiré que parce que l’armée s'est reployée, moyennant quoi il est bien sûr que l’enuemi a perdu infiniment plus que nous à ces deux attaques, puisque M. de Brentano n'a pas été poussé vilainement et qu'il n’a perdu que 800 hommes et 4 pièces de canon; et
(1) Montazet au due de Choiseul, Giersdorf, 22 juillet 1762. Archives de la Guerre.
DAUN EST COUPÉ DE SCHWEIDNITZ. sit | { | | té à que d’ailleurs M. d’OG Kelly, qui commandait le poste de |! { 1) : Burkersdorf, n’a perdu que peu de chose et a toujours re- à | | ché poussé l'ennemi. IL n’en résulte pas moins cependant que (1 I. le le roi de Prusse a fait à notre droite ce qu'il avait tenté IN : de inutilement à notre gauche quelques jours auparavant, | | | Jour lorsqu'il fut repoussé par ce même général Brentano. Le # ritié voilà donc maitre des premières montagnes, nous ayant { j usse totalement séparés de Schweidnitz. Ce premier pas est de | [A s, il la plus grande conséquence et va nous ramener en Bohême Î otre bien vite, si le Roi prend le parti de bloquer Schweid- ti'4 r le nitz et Glatz, et de nous suivre pas à pas ea nous tournant |] | otre dans un pays de montagnes qu'il connaît Beaucoup |! ents mieux que nous. Il a d’ailleurs la supériorité du nombre; n1: ren- car l’armée du maréchal Daun a été écrasée par le scor- (LE ano but qui y règne encore, de facon que les régiments ne di ‘en- forment plus qu'un bataillon et même il y en a beaucoup j | res, de très faibles. D'ailleurs, la plus grande partie de la on, cavalerie est en mauvais état. Je crains donc, on ne peut me, pas davantage, le cours de cette campagne. » ! | C'est le 17 juillet que Frédéric apprit la révolution qui | mie venait d'enlever le trône à son allié Pierre HE. « Je vous 14 à donne, écrit-il (1) à son frère, la triste nouvelle du détrô- LE vs nement de l’empereur de Russie. Czernitchew a déjà recu (| | en l'ordre de se séparer de mon armée. » Frédéric ne change: : 16 ue, cependant rien à ses projets et pour la bataille qu’il de- { ère ait livrer afin de séparer l'armée de Daun dela forteresse LL | de de Schweïdnitz, il se servit très habilement de la pré- il | ta- sence de la division russe; il obtint de Czernitehew qu'il | 1éc ajournât son départ de 3 jours sous prétexte de prépara- | en- tifs pour la marche, et qu'il lui prètAt le 21 l'appui moral 4: es, de sa présence dans le camp prussien. Conformément aux Ml et dispositions déjà expostes, l’armée royale avait fait ses ll el préparatifs pour l'attaque et s'était portée dès le 20, de | | 4 }à » PRET F | À (1) Frédéric à Henri, Seitendorf, 18 juillet ‘763. Schoning. vol. III, 382. il
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très bonne heure, en face de Leutmannsdorf et deLudwigsdorf derrière le Peilan, petit affluent du Weistritz. La brigade Müllendorf s'était formée à la droite de Wied en face de Burkersdorf et à la droite de celle-ci, Knobloch prolongeait la ligne de Polnisch-Weistritz à Nieder Bügendorf. Chacune de ces brigades avait été dotée d’une forte artillerie. Müllendorf avait pour sa seule part 30 pièces de 12 et 50 obusiers. La cavalerie prussienne était derrière son infanterie et avait pour mission de surveiller la garnison de Schweïdnitz.
Les pentes assez raides qui dominent la plaine où est située la forteresse et qui constituaient la position autrichienne avaient été fortifiées par des tranchées, des redoutes et des palissades garnies de détachements d'infanterie régulière et de croates. On ne s'attendait pas à une attaque de ce côté; tout au plus dans l'esprit de Daun s'agirait-il de démonstrations destinées à troubler les communications de la ville avec son camp. Cependant, il ramena vers lui le corps de Brentano, mais pour ménager la fatigue de la troupe, il l'arrêta à Michelsdorf à # kilomètres des fortifications de Leutmannsdorf; ce village ne fut occupé que par 2 bataillons; le général O Kelly qui commandaït à Bügendorf sur le Weitsnitz, fut renforcé de manière à porter son commandement à 14 bataillons et 3 régiments de cavalerie.
Le soir du 20 juillet, Môllendorf enleva le village et le château de Burkersdorf et plaça son canon de manière à couvrir de son feu les tranchées ennemies. L'ordre du Roi était de s'emparer des ouvrages autrichiens à quelque prix que ce fût. A peine Wied avait-il ébauché son assaut qu'on aperçut les troupes de Brentano qui débouchaïient; elles furent refoulées sur Michelsdorf. Le but de Wied était complètement atteint; mais il n’en alla pas de même pour Müllendorf et de Knobloch. Ce dernier dut renoncer à un assaut direct qui eût coûté fort cher et eût peut-être