FRÉDÉRIC PRÉPARE LE SIÈGE DE LA PLACE
compromis le succès déjà acquis. Mllüendorf avait réussi à prendre l'ennemi à revers et à s'emparer d’une hauteur qu'il s'était hâté de garnir d'artillerie en vue du lendemain.
Dans la nuit du 21 au 22, Daun évacua la position dont il avait conservé une partie, mais qui était à moitié tournée par les hauteurs que les Prussiens avaient enlevées. Il se retira sur son camp retranché, son aile droite à Falkenberg, sa gauche aux hauteurs de Wuste Giersdorf, la vallée de Tannhausen devant son front.
A partir du 26 juillet le Roi installa son quartier général à Ditmannsdorf près des positions conquises, et s'employa aux préparatifs du siège de Schweïdnitz; un blocus confié à la cavalerie n'interrompit qu'imparfaitement les communications avec l’armée de Daun; les tranchées ne furent ouvertes que le 7 août. La garnison forte d'environ 10.000 hommes avait pour gouverneur le général Guasco et pour ingénieur le français Gribeauval, une célébrité de l’époque en matière de génie. Le général Tauenzien fut chargé des opérations du siège dont la direction technique fut confiée au major Lefebvre, français également, tout au moins d’origine. Quant au corps de Czernitchew, il effectua son départ dès le lendemain de la bataille. Pour récompense de ses services, on pourrait dire de sa complaisance, son commandant reçut de Frédéric une épée richement ornée de diamants.
A Vienne et dans le camp autrichien, on n'avait pas renoncé à l'espoir d'effectuer la relève de Schweidnitz. Montazet entretient (1) Chatelet des moyens à employer ; il considère que le procédé direct, le moins difficile, serait de forcer le cordon de blocus par la vallée de Weistritz, cependant il préférerait une diversion contre Breslau, mais « cui bono, si nous perdons Schweïdnitz,..... du
(1) Montazet à Chatelet, 2 août 1762. Archives de la Guerre.
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moins, nous garderons Schweidnitz jusqu'à la fin d'oc. tobre étant pourvus de vivres jusqu’à cette époque... Les événements de Russie n'ont en rien diminué le désir qu'a toute l’armée de voir faire la paix. Ses meilleurs officiers sont dégoûtés de la guerre à en juger par MM. de Lascy et de Laudon qui ont signifié à M. Le maréchal Daun qu'ils ne pouvaient ni ne voulaient servir qu’en ligne. Je suis bien sûr que M. le maréchal Daun lui-même désire plus que personne la fin de tout ceci. Il m'a dit plus d’une fois depuis la révolution de Russie qu'il craignait fort que M. de Kaunitz ne remordit à la grappe et que sa souveraine ne tùt entrainée par sa complaisance et sa bonté. Mais j'ai lieu de croire qu'il serait bien difficile à la cour de Vienne de trouver de l'argent pour la campagne prochaine ». Montazet en terminant annonce l’arrivée de Vienne de M. d’Ayasas envoyé pour sonder les vues du maréchal sur la possibilité de la relève de Schweidnitz.
Malgré son peu de confiance dans l’entreprise, Daun n’osa pas abandonner la tentative ; il se décida à essayer la percée du côté de Reïhenau; à cet effet, il constitua ses magasins dans le pays de Glatz, ramena à lui de la Haute- Silésie le général Beck, et rassembla le gros de ses troupes au Silberberg sous le couvert des Eule Gebirge. Du côté prussien, Werner dut rejoindre le corps du prince de Wurtemberg à Peterswaldau; le duc de Bevern prit position le 13 août sur des hauteurs derrière le ruisseau du Peilau en face de Reiïhenau formant ainsi l'extrême gauche.
L'attaque autrichienne fut disposée de la manière suivante : Beck avec une partie de ses forces, occuperait l'attention de Bevern, tandis qu'avec le gros il tournerait la position pour la prendre à revers. Brentano et O'Donnell attaqueraient de front et sur sa droite Bevern qui serait ainsi écrasé avant que le Roi püt venir à son
TENTATIVE POUR DÉBLOQUER LA VILLE. 41ù
secours; la cavalerie autrichienne avait mission de protéger l'assaut de l'infanterie.
Au cours de la matinée du 16 août, Brentano chassa les avant-postes prussiens du village de Langucbrielau. Mais voici comment Montazet (1) décrit l'affaire : « Le gros de l’armée déboucha des montagnes avant-hier au soir par les vallées de Warta et de Silberberg et hier matin le reste des troupes est entré dans la plaine par le débouché de Langenbielen, en mème temps que nous étions en marche pour nous porter sur la petite montagne d’Hutterberg, de façon que toute l’armée réunie à hauteur d'Hutterberg y prit sa position vers 11 heures du matin.
« L’ennemi avait deux camps dans la plaine : l’un appuyant sa droite aux grandes montagnes, ayant le village et le ravin de Peterswaldau devant lui; l’autre était placé au-dessus du village de Peyle sur la rive droite du ruisseau qui coule vers Reichenbach. Le prémier était commandé par le prince de Wurtemberg qui avait à ses ordres presque toute la cavalerie du roi de Prusse et assez d'infanterie pour couvrir son flanc droit.
« Le second était commandé par le prince de Bevern : il consistait environ à 10 bataillons, 2 régiments de dragons et quelques hussards, mais beaucoup de canons; sa position d'ailleurs était excellente.
« M. le maréchal, voyant que le seul moyen d'arriver à Schweïdnitz, était de culbuter l’un de ces deux camps, donna la préférence, avec raison, à celui de M. de Bevern et se détermina à l’attaquer tout de suite; mais comme les troupes étaient fatiguées, i! fallui leur laisser le temps de manger et de se reposer; on ne commença donc que vers 5 heures du soir à canonner le camp de M. de Bevern, qui se défendait par lui-même. Bref, notre artillerie et
(1) Montazet au duc de Choiseul, Weigelsdorf, 17 août 1762. Archives de la Guerre.
ka sienne ont fait les plus grands frais de cette entreprise, mais la cavalerie destinée à soutenir notre attaque ayant été obligée d'en venir aux mains plusieurs fois avec des renforts considérables de M. le prince de Wurtemberg, fut obligée, après plusieurs charges très valeureuses, de se retirer sous Le feu du canon de notre infanterie.
« C’est ainsi que finit hier à la nuit notre journée qui ne justifie que trop malheureusement l'opinion que j'ai toujours de l'ouvrage que nous venons d’entreprendre. Au reste, notre perte doit être légère; car nous sommes rentrés avec le plus grand ordre dans notre camp, dont nous n'étions pas éloignés de trois mille pas. M. le maréchal et nous tous y avons passé la nuit pour voir si à la pointe du jour l'ennemi ne ferait pas quelque mouvement, ou si nous pourrions en faire de notre côté.
« Il est 9 heures du matin; tout est à peu près dans le même ordre qu'hier, ce qui me prouve que la délivrance de Schweidnitz est bien aventurée. Je conclus de là que, vraisemblablement, nous ne serons pas longtemps sans aller reprendre la position que nous venons de quitter. Je me hâte, Monseigneur, de vous rendre ce compte, parce que l'ennemi fera sans doute claquer son fouet, et qu'il est nécessaire que vous sachiez la vérité. »
La relation prussienne (1) omet ses propres pertes, mais parle de 1.500 prisonniers et 5 étendards enlevés à la cavalerie autrichienne. Montazet (2) donne une évaluation très différente : « Nous n'avons pas rendu plus de 600 hommes et 3 étendards; en revanche nous avons fait près de 600 prisonniers et pris 2 pièces de canon. » Frédéric s'attendait évidemment à un renouvellement de
(1) Relation Peterswaldau, 17 août 1762. Corr. Polit., XXII, p. 145. (2) Montazet au duc de Choiseul, Cherfenick, 20 août. Archives de la Guerre.
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