PROJETS DE FRÉDERIC CONTRE DRESDE
comme devant être le dernier acte de la campagne. Dans une lettre de Frédéric du 12 septembre (1) nous trouvons un exposé de la situation : Il serait désirable de recouvrer le comté de Glatz, mais « ce comté est entouré d'ouvrages, toutes les gorges ct entrées sont fortifiées jusqu'aux dents et quand même nous pourrions y entrer, le siège de Schweidnitz a consommé la plus grande partie de nos munitions, ce qui nous empêcherait également de reprendre la forteresse de Glatz; toutefois en reprenant Dresde nous aurions un équivalent et pour ravoir cet électorat, on serait bien obligé de nous rendre et Glatz et le pays de Clèves et de Gueldre. Voilà donc pourquoi je regarde la prise de Dresde comme le coup le plus important pour nous... Je me propose de marcher avec 30 bataillons et 70 escadrons en Saxe droit à Dresde ; si je puis y arriver avant Daun, j'espère que nous ferons décamper Hadick et que vous pourrez assiéger Dresde; je couvrirai le siège du côté de Weissig et tout ira à merveille. Daun qui ne s’est pas battu pour Schweïdnitz, ne se battra pas pour Dresde ».
A cette lettre, le prince Henri répond (2) le 17 septembre : L'armée de Hadick est forte de 87 bataillons et de 176 escadrons, sur lesquels 33 bataillons appartiennent aux forces de l’Empire et encore dans ce total ne sont pas compris les 3 bataillons de la garnison de Dresde. Étant donné ces forces et les postes qu’elles occupent, il est impossible de songer à les entamer par une attaque de front; il faut donc avoir recours à des diversions en Bohème. « J'ai tâché d’en faire, mais je n’ai jamais pu le faire en force, et n’ai par conséquent pu arriver à leur magasin de Leitmeritz qui est très considérable; en le
(1) Frédéric à Henri, Peterswaldau, 12 septembre 1762. Schoning, vol. II,
(2) Henri à Frédéric, Pretzschendorf, 17 septembre 1762. Schoning, vol. II.
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leur brûlant, je pense que ce serait un des moyens qui pourraient nous conduire vers Dresde. » Une autre solution serait de faire croire au siège de Glatz ; « cela obligerait peut-être le maréchal Daun à se renicoigner dans le comté de Glatz », et l'empêcherait de marcher vers Dresde. Le prince n’est pas partisan du mouvement du Roi sur la capitale de la Saxe; déjà l'ennemi prend ses précautions; il à fait jeter un pont sur l'Elbe entre Laubegnet et Pillwitz. « Or, quand même vous arriveriez un jour ou deux avant le maréchal Daun, ce dernier passerait toujours à Pillnitz et alors la jonction des deux armées rendrait l’entreprise sur Dresde entièrement impossible. » En résumé, il estime qu'il faut « éloigner Darn et faire un détachement qui fût bien conduit sur Leitmeritz ». A son tour, le Roi réfute le contre-projet de son frère en démontrant l'impossibilité d'une invasion du comté de Glatz et d’une opération du côté Leitmeritz.
Aucun incident nouveau ne survint jusqu’à la fin de septembre. Le 27, à la suite d’un mouvement oflensif de Hadick, Kleist fut obligé de se replier jusqu’à Werda; le lendemain les Prussiens durent repasser la Mulda; le 29 il y eut combat entre Hulsen et le corps autrichien de Ried à la suite duquel le premier dut reprendre son camp de Schlettau et Katzenhausen. « En restant, écrit le prince Henri (1), je risquais une défaite entière, sans retraite, en cas de malheur. L'ennemi en force de tous côtés présentait 5 ou 6 bataillons où à peine j'en avais un; d’ailleurs [ pouvait nous venir entièrement à dos. » Marainville fait (2) de cet engagement Le récit suivant :
«Je dirai seulement à Monseigneur qu'hier il (Hadick) a fait attaquer M. de Hulsen dans la partie de la forèt de Tharand qui est vis-à-vis de Landsberg, qu'on nomme
(1) Henri à Frédéric, Freyburg, 30 septembre 1762. Schroning, IV, p. 495.
(2) Marainville au duc de Choiseul, Salisdorf, 30 septembre 1762. Arch. Guerre.
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RÉCIT DE MARAINVILLE. 431
Speechtbaus; on y a forcé 2 abatis, emporté deux ou trois redoutes, pris # pièces de canon et fait près de #00 prisonniers. Cette attaque a été faite par M. le général Ried, sous les ordres de M. le général d'infanterie de Wied. Elle a coûté au moins 500 hommes. Les troupes ont montré une valeur infinie en forçant les abatis qui ont été bien défendus; il y a un bataillon du régiment de Thurheim qui, lui seul, a perdu aussi beaucoup de monde. Il y a eu une autre attaque au village de Dertlayn, vers la hauteur de Klingenberg, qui n'était que fausse et pour faire une diversion à la première. Il y a eu des démonstrations dans tout le front de la position de M. le prince Henri, pour tenir ses forces partagées; et on a chassé de plusieurs bois des chasseurs et des bataillons francs qui les occupaient avec des abatis. Et enfin le corps de M. le prince de Lowenstein et de M. le général Campitelli ont tourné la droite de l'ennemi du côté de Groshartmansdorf et de Dillersbach, et ont eu une très vive canonnade avec l’ennemi et ont fait environ 500 prisonniers. M. de Thoreck a été poussé avec environ 2.000 chevaux et des Croates vers Freiberg. Cette manœuvre à sans doute déterminé M. le prince Henri à se retirer sur cet endroit, et on assure qu'il a aujourd’hui son quartier général à Grosschirma. M. de Hulsen à abandonné également sa position de Wilstroff pendant la nuit pour se retirer au delà du ravin de Meissen. Nous avons avis que la grosse artillerie a été conduite jusqu’à Grosschirma, et que celle qui avait d’abord été conduite à Freiberg a eu le même ordre avec les bagages qui y étaient. Cela fait croire que M. le prince Henri ne se propose point de soutenir Freiberg, mais seulement le camp de Katzenhausern, et de mettre un petit corps à Schirma et à Goldberg pour barrer depuis la Mulda jusqu'à la Strigiss, qui est un très bon ruisseau, et par là couvrir Nossen et Rossvein pour lier cette position avec celle de Katzenhausen. M. le général Hadick
espère que M. le prince Henri ne soutiendra point Freiberg avec opiniâtreté, mais seulement jusqu’à ce qu'il it fait les manœuvres propres à l’engager de l'abandonner,
en supposant qu’il trouve le moyen de le faire. Je me.
flatte qu'on y parviendra, si la prolongation du siège de Schweidnitz en donne le temps, sans cependant oser l'assurer. »
Quoiqu'il eùt conservé ses positions principales et que ses pertes n’eussent pas dépassé celles des Autrichiens, le prince Henri se détermina à évacuer son camp de Pretschendorf et à s'établir aux environs de Freyberg derrière la Mulda, pendant que Hulsen retournerait aux retranchements de Schlettau et de Katzenhausen. Le départ eut lieu le 30 septembre à 2 heures du matin; à 10 heures les , colonnes de l’armée fortes de 21 bataillons et 33 escadrons avaient franchi la Mulda sans avoir été inquiétées : elles étaient établies derrière le bourg de Brand, sur les hauteurs de Langenrinne à Berthelsdorf, le quartier général était à Freyberg. Hulsen avec ses 17 bataillons et 15escadrons effectua également dans la matinée sa retraite sur la position de Katzenhausen.
Jusqu'au 13 octobre, il y eut suspension presque complète des hostilités. Hadick en profita pour préparer l’attaque de Freyberg; à cet effet il fit avancer les troupes des cercles sous les ordres du prince Stolberg qu'il renforça des Autrichiens de Campitelli promettant de les soutenir avec toute l’armée. En exécution de ces ordres le # octobre, Stolberg s'établit à Franchenstein ; le 5 Campitelli prit posttion sur les hauteurs derrière le village de Chemnitzavec 8 bataillons et 3 régiments de cavalerie; enfin Luzinski avec quelques réguliers et des troupes légères s’intalla près de l’armée des Cercles à Burkersdorf. Le 14, Hadick fit tâter sans grand succès la ligne prussienne; le combat recommenca dans l'après-midi du 15 par une canonnade que Hadick en personne dirigea de l’église de Conrads-
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