SITUATION CRITIQUE DU PRINCE HENRI
dorf contre les Prussiens à Tuttendorf. Cette démonstration bruyante avait pour but de dissimuler la véritable attaque orientée sur la position de Freyberg et qui avait été confiée à Stolberg et Campitelli. Ce dernier s'empara du Rathswald, fut repoussé quand il tenta de déboucher de ce bois, mais parvint à tourner la redoute du Kuhberg. Le général prussien Syburg prit les Autrichiens pour les soldats de son compatriote Belling ; quand il s’apercut de son erreur, il était trop tard; le régiment de Sallmuth cerné par l'infanterie de Campitelli et par les hussards de Veczay ne put se frayer un passage sur Erbisdorf et fut fait prisonnier presque en entier. Le bataillon de grenadiers }.alkstein eut le même sort au village d’Erbisdorf. Les Prussiens durent reculer jusqu’à la hauteur de Freyberg ; la nuit mit fin à la bataille. Le prince Henri se trouvait dans une situation fort critique : Les Impériaux avaient leur avant-garde au Spittelwald et s’étendaient depuis Erbisdorf jusqu'au Galgenberg de Freyberg; ils étaient par conséquent parvenus dans le dos de Seydlitz et des défenseurs de la ligne de la Mulda à Berthelsdorf, lesquels se trouvaient en l’air et séparés de l'aile droite à Langenrinne. Le prince se décida à abandonner la position de Freyberg qu'il jugeait très compromise. La journée du 15 seule lui avait coûté 37 officiers et 1.600 soldats tués, blessés ou pris, 9 canons et les drapeaux du régiment de Sallmuth. Dans la nuit du 29 au 30, les Prussiens effectuèrent leur retraite; ils installèrent leur droite au village de Reichenbach le dos au Zellaerwald, leur gauche à Gr. Voigtsberg, les bagages à Rosswein au delà de la Mulda, le quartier général à Ober Gruna. Dans sa dépêche du 16 octobre, le prince Henri reconnait (1) sa défaite : « L'ennemi... comme la nuit arrivait heureusement, resta sur les hauteurs en decà de Brand, car s’il avait fait jour,
(1) Henri à Frédéric, Subenbehn, 16 octobre 1762. Schoning, HI, p. 479, GUERRE DE SEPT ANS, — T, V. - 98
je n'aurais pu ni me retirer, ni attaquer; en un mot, nous aurions été perdus sans ressources, je n’avais plus rien et toute notre ligne consistant en 15 bataillons le long de la Mulde, étaittenue par les attaques de Hadick ; nous sommes marchés la nuit, nos colonnes ont passé à cent pas devant les feux du corps qui avait attaqué notre flanc, nous avions des chemins horribles où l'artillerie a été embourbée: enfin j'ai pris mon camp entre Reichenbach et G. Voigtsberg. »
A la suite de l'action du 15, il n’y eut entre les deux armées que des escarmouches insignifiantes. Cette interruption des hostilités, due en grande partie au mauvais temps, dura jusqu’au 21. Ce jour-là il y eut des démonstrations de troupes autrichiennes dans les environs de Gr. Schirma. On se fortifia des deux côtés, les Prussiens entourèrent d'ouvrages de campagne Rossen où leur quartier général avait été transporté et jetèrent 8 ponts sur la Mulda. Le prince Stolberg qui avait été renforcé porta une partie de son monde derrière le défilé de KI. Waltersdorf, le reste derrière le Spittelwald et jusqu'aux hauteurs derrière Freyberg. Toutes ces positions furent défendues par des tranchées et des abatis.
Frédéric aurait désiré que son frère se réunit au corps de Neuwied venant de Silésie, qu’il concentrât toutes ses forces vers Meissen et qu’il entreprit le siège de Dresde. Ce projet fut modifié sur les observations du prince Henri. Le 19 octobre, Neuwied quitta les environs de Hirschberg ; le 22 il était à Lichtenberg d’où il détacha 20 escadrons dans la direction de Zittau, afin de faire craindre aux Autrichiens une course en Bohème; le 27 il était arrivé à Gr. Hartha ; Krochow avec une avant-garde de 2 bataillons et 15 escadrons occupait Radeberg. De son côté, le prince Albert de Saxe qui, depuis le 27 septembre, était campé avec 14 bataillons et 30 escadrons près de Trautenau, avait reçu le 17 octobre de Daun l’ordre de