‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 27 sur 230 · ESCALADE DES ROCHERS DE KERDONIS · texte numérisé non relu

ESCALADE DES ROCHERS DE KERDONIS

boulangers de prendre les armes et dese portersur la côte. »

Des renforts étaient parvenus aux Anglais. Le 22 avril, favorisés nar le calme plat et par une brume épaisse (1), plusieurs de leurs vaisseaux s'embossèrent à courte distance du rivage devant le port Andra et à hauteur d’Arzic et de Locmaria, de manière à balayer de leur feu les batteries ct les retranchements des Français. Protégé par le canon de l’escadre, le débarquement se fit à 2 heures de l'après-midi sur plusieurs points de la plage et de préférence aux endroits les moins accessibles et partant les moins surveillés. C’est ainsi qu’un détachement anglais, conduit par le général Lambert, accosta à la pointe même de Kerdonis, grimpa le rocher par un sentier où deux hommes avaient de la peine à passer de front, et se forma en haut derrière un mur de pierres, sans que les défenseurs eussent eu connaissance de la manœuvre. Il y eut des rencontres partielles et des succès alternatifs, mais en fin de compte, les soldats britanniques s’établirent solidement sur le haut des rochers ct résistèrent à tous les efforts pour les débusquer. Keppel (2) attribue ce succès au choix d’un endroit où l'ascension des rochers était tout juste praticable et où l'ennemi, rassuré par la nature des lieux, n’était pas préparé à l'attaque.

Force fut À Sainte-Croix, qui avait chargé bravement trois fois à la tète de ses troupes, de commander la retraite sur le Palais. Elle se fit avec beaucoup de précipitation; on encloua quelques canons, on en jeta d’autres à la mer, on noya les poudres des petits magasins. A neuf heures du soir la garnison était rassemblée aux environs de la ville du Palais; elle avait subi, d’après les documents officiels, une perte de 163 tués et blessés; celle des Anglais avait été peu importante. Les jours suivants furent employés à la mise à terre du reste du corps expédition-

(1) Lettre d'un officier anglais du 23 avril. Bibliothèque de Quimper.

(2) Keppel à Clevland, 23 avril 1761. Record Office, GUERRE DE SEPT ANS, — T, V. 4

naire; l'opération traina en longueur par suite du gros temps qui occasionna une nouvelle perte de matériel; aussi les assiégés eurent-ils le loisir de pousser activement la construction de redoutes destinées à couvrir les abords de la citadelle du Palais. Trois de ces ouvrages étaient établis en avant de la ville, séparée de la citadelle par un bras de mer qui sert de port; les trois autres s'élevaient de l’autre côté du port, mais un seul de ceux-ci put être mis en état. Tandis que, sur les indications de l’ingénieur Dubouchet, les Français travaillaient aux redoutes, les assiégeants commencaient les premiers travaux d'approche. Grâce aux renforts de 3 bataillons reçus depuis le premier débarquement, le corps anglais allait compter 15 bataillons présentant un effectif de 10.000 fantassins, 700 artilleurs ou « marines » servant comme tels et un peu plus de 200 dragons.

Dans la nuit du 2 au 3 mai, les assiégés durent évacuer le hameau de Bordillia à 200 toises des maisons du Palais; la nuit suivante, ils cherchèrent à le reprendre. La sortie s’effectua dans la direction de la Garigue; on bouleversa les retranchements ennemis et on fit environ 60 prisonniers, parmi lesquels le général Crawford et ses officiers d'ordonnance, mais on ne put se maintenir à Bordillia et on ne gagna pas un pouce de terrain. Le 8 mai, l'ennemi s'empara du hameau de Hallan voisin de la mer et de deux redans. A l'effet d'activer l'armement des batteries, le commodore Keppel prêta au corps expédilionnaire 800 « marines » dont le nombre frt bientôt porté à 1.200.

Le 13 mai, l’assiégeant rempoñrta un succès important ; pour ne pas trop exposer les soldats qui formaient la garnison des redoutes, et qui souffraient beaucoup des bombes tirées contre elles pendant le jour, Sainte-Croix (1)

(1) Mémoire du chevalier de Ste-Croix, 13 juin 1761. Arch. de la Guerre.

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