SOUBISE ET BROGLIE
dant, iln’y eut pas d'armistice entre les belligérants ; dès les premières négociations, la proposition de suspension d'armes fut subordonnée à la signature des préliminaires et dépendit par conséquent du sort réservé à la question principale. De part et d'autre au contraire, l’on ne songea qu’à se préparer pour de nouvelles luttes et à pousser le recrutement et la mise en condition des troupes afin d'être en mesure de recommencer les hostilités ie plus tôt possible.
Au cours de l'hiver, il avait été décidé, à Versailles, de diviser l’armée française servant en Allemagne en deux commandements. Celui du Bas-Rhin serait donné au maréchal de Soubise, dont les maigres succès de 1758 n’avaient pas fait oublier la désastreuse campagne de 1757; celui du Haut-Rhin serait conservé au maréchal de Broglie. Ce dernier, quoique naturellement fort opposé à un arrangement qui, en le mettant aux ordres d’un général plus ancien, le dépossédait du premier rang qu’il remplissait, non sans quelque renommée, depuis un an, s’inclina avec un désintéressement qu'on r’eût pas attendu d’un tempérament aussi ardent. Dans une lettre du 8 avril (1) où il annonce son prochain retour à Francfort pour s'y rencontrer avec Soubise, il écrit à Choiseul que : « S. M. ne « doit pas être inquiète de la manière dont je me condui- « rai », et il l’assure de sa loyauté et de son dévouement. Les deux maréchaux eurent des conférences (2), à la seconde desquelles assistèrent Bourcet et le comte de Broglie. On constata que les informations sur l’état des approvisionnements du Bas-Rhin et des pla:es de la Westphalie faisaient défaut; il serait donc imprudent d’arrèter des dates précises pour le début de la campagne ; cependant, il fut décidé que Soubise ferait exécu-
(1) Broglie à Choiseul, Cassel, 8 avril 1761. Archives de la Guerre. (2) Mémoire sur les opérations, 20 avril 1761. Archives de la Guerre.
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ter à «on armée un mouvement graduel au delà du Rhin à partie du 1* mai, de manière à en établir la gauche à Hamm, la droite à la Roer, avec des magasins à Hamm et à Dortmund. Pour le contingent de Broglie, on reconnut la possibilité de subsister au pays de Paderborn et au delà de la Werra « que lorsque la terre pourra fournir des fourrages », L'offensive générale se trouvait donc fixée aux environs du 20 juin.
Les forces étaient réparties de la manière suivante : A l’armée de Soubise, 112 bataillons, 117 escadrons, un fort contingent de troupes légères et un parc de 90 canons. En évaluant les bataillons à 600 et les escadrons à 150 hommes dans le rang avec l'artillerie et les irréguliers : environ 95.000 combattants. L'agent britannique Cressener (1), qui était à Maestricht, adressa sur les régiments français d'infanterie en marche pour rejoindre, un rapport favorable; il fait l'éloge du physique des homuines et constate que les unités sont presque au complet; par contre il est sévère pour la cavalerie qu'il trouve mal montée. Comme par le passé, le nombre des officiers généraux était hors de touf: proportion avec cet effectif ; 22 lieutenants-généraux, 33 maréchaux de camp accompagnaient la troupe; la maison du Roi à elle seule était dotée de 1% maréchaux de camp! Castries remplissait les fonctions de maréchal des logis de l’armée ; il était secondé par Cornillon, major-général de l'infanterie, et par Sarsfield, maréchal des logis de la cavalerie. En outre de ces officiers qui se sont déjà signalés par leurs services, nous relevons des noms connus : Chevert, Dumesnil, Mailly, De la Salle, le prince de Condé, Vogué, Croy, Castella, Saint-Chamond, Segur et Levis — ce dernier, retour du Canada, avait obtenu de Londres l’autorisation de prendre part à la guerre en Allemagne. Parmi
(1) Cressener à Holdernesse, Maestricht, 28 mars 1761. Record Office.
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les maréchaux de camp figuraient Cursay, Roquepine, Grollier, Bourcet, Wurmser et Lugeac.
A l'armée de Broglie : 82 bataillons, 79 escadrons, des troupes légères et 60 canons de gros calibre, soit à peu près 65.000 combattants. Parmi les 20 lieutenantsgénéraux et les 20 maréchaux de camp qui servaient sous ses ordres, nous remarquons les noms de De Muy, Rothe, Guerchy, comte de Lusace, Rougé, de Vault, Maupeou, Stainville, et Poyanne du premier grade; et ceux de Chabo, Blaizel, Clausen, Belsunce et Montchenu du second. Le comte de Broglie conservait sa fonction de maréchal des logis de l’armée et avait comme aides Guibert pour l'infanterie et Lameth pour la cavalerie.
Aussitôt qu'il eut pris le contact avec ses troupes à Dusseldorf, Soubise put se rendre compte que ses réserves formulées à propos des dates fixées pour la mobilisation n'étaient que trop justifiées. A son parc d'artillerie (1), il n’y avait que 39 pièces disponibles, le reste était encore en route; les 32 bataillons qui venaient de faire le trajet de la Hesse ne pouvaient être prèts pour le mois de mai; la brigade irlandaise n'avait que des effectifs bien faibles; seuls, 12 bataillons de l’ancien fonds du Bas-Rhin pourraient camper à l’époque fixée; la cavalerie, à 40 escadrons près, ne serait pas en état avant la fin de mai. Pour comble de malheur, un incendie violent détruisit une grosse provision de fourrages chargée sur des bateaux près de Wesel.
Eafin, on adopta la date du 15 mai pour la réunion de l'armée du Bas-Rhin en trois camps à Dusseldorf, Wesel et vis-à-vis de Rees; elle y ferait un séjour de 15 jours et se mettrait en mouvement vers le 4 juin(2), soit pour entreprendre l'investissement de Munster, soit pour donner la main sur la Lippe à Broglie qui assemblerait ses forces
(1) Soubise à Choiseul, Busseldorf, 25 avril 1761. Archives de la Guerre.
(2) Projet d'entrée en campagme, ?9 avril 1761. Archives de la Guerre.
entre la Fulda et la Werra dans les premiers jours de juin. Ce progtamme prévoyait une mobilisation relativement rapide, qui ne put être obtenue. Le 12 mai (1) sur 412 bataillons, #5 étaient campés, 38 seraient au bivouac à la date du 95, le reste attendait ses tentes ou arrivait du Haut-Rhin; la cavalerie, l'artillerie, les troupes légères étaient à peu près au même point. Soubise, qui avait surveillé le passage du Rhin et la formation des camps, annonça à Choiseul (2) que l’armée ne pourrait se mettre en marche que le 3 ou 4 juin. Le 19 mai il écrit à Broglie : « Je me porterai en avant, quand vous me manderez que « vous êtes rassemblé à Cassel ou sur la Werra ; nous « prendrons des époques déterminées sur les points dont « nous serons convenus. »
Pendant la dernière quinzaine de mai, un échange de mémoires eut lieu entre les deux généraux. D’après le projet de Soubise (3), la marche devait être réglée de manière à ce que l’époque « à laquelle M. le maréchal de Broglie pourrait arriver sur quelque point du Weser au-dessous du confluent de la Dymel serait celle à laquelle l’armée du Bas-Rhin pourrait arriver à sa position de Dortmund, si elle débouchait par la rive gauche de la Lippe ou partir de Wesel, si elle s’avançait par la rive droite de cette rivière ». A cette disposition Broglie(#) fit des objections : Que l’armée du Haut-Rhin débouchât de Cassel ou de Gôttingen, « il est certain qu’elle trouvera soit sur la Dymel, soit entre Eimbeck et Uslar des corps ennemis destinés à couvrir ces deux parties, et qui y resteront avec d'autant plus de tranquillité que, n'étant point
(1) Etat général de l'armée du Bas-Rhin, 12 mai 1761. Archives de la Guerre.
(2) Soubise à Choiseul et à Broglie, Dusseldorf, 19 mai 1761. Archives de la Guerre.
(3) Mémoire joint à la lettre de Soubise à Choise' : 21 mai 1761.
(4) Mémoire de Broglie en réponse à celui de Soubise, 24 mai 1761.
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