PROJETS DE FERDINAND
Il s'agit de savoir s’il faut s'attacher, avec le gros de l'armée, au soutien de la forteresse de Hameln, et ne laisser qu'un corps de troupes en Westphalie pour soutenir Lippstadt et Munster; ou s’il faut s'attacher, avec le gros, au soutien de ces deux places, et ne couvrir qu'avec un corps de troupes le point de Hameln; et c'est sur cela que je prie Votre Excellence de me faire savoir les intentions de Sa Majesté. Dans le premier cas, la Westphalie et le bas Weser ne pourront, probablement, être soutenus que peu de temps, ettoute l’armée sera forcée de passer le Weser, d'abandonner cette rivière à l'ennemi, et de se retirer dansl’intérieur du pays, sur les villes d'Hanovre et de Brunswick, où il faudra établir dès à présent de gros magasins; ce qui sera très difficile. Si, au contraire, le gros de l’armée reste en Westphalie, à portée des forteresses de Munster et de Lippstadt, le pays de Hanovre et celui de Brunswick seront exposés, et Hameln même courra risque d’être assiégé et d’être pris. Quant à moi, je suis d'opinion d’établir un corps de 20.000 hommes aux environs de Munster, et de tenir le reste de l’armée dans l’évêché de Paderborn sur la Dymel et un médiocre détachement dans le Sollingen sur le haut Weser ; par cette position, je suis en état d'aller joindre ou avec le tout, ou avec une partie, le corps de Munster, afin de combattre le prince de Soubise s’il voulait attaquer Munster ou Lippstadt, et de revenir ensuite sur mes pas, pour faire face de nouveau au maréchal de Broglie. Une telle opération est sujette à mille inconvénients, et est souvent impossible, mais elle parait être le seul parti à prendre, dans cette disproportion de forces où nous sommes. La position de la Dymel est très forte, et peut arrêter l'ennemi; sije la quitte, je perds l'avantage de faire la navette avec l’armée. D'ailleurs, si M. Broglie voulût, malgré la perte de ses magasins, avancer le long de la Leine, j'aurais l'avantage de marcher sur ses communications, aussi longtemps que je suis maitre de la Dymel,
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ce qui l'empêcherait absolument, comme je pense, de pénétrer avec le gros de ses troupes dans le pays de Hanovre, quoique à la vérité je ne pourrais l'empècher d'y pousser de gros détachements. »
Très naturellement, à la question posée, Bute répondit que le roi Georges s'en rapportait à son général. Le 28 mai, Ferdinand (1) revient sur les craintes exprimées : « Il ne faut pas douter que le dessein des Français ne soit celui de faire les sièges de Munster et de Lippstadt; s'ils les prennent, ils sont maitres des évèchés et des élections (2). » Conformément à la tactique qu'il avait annoncée, le prince avait confié la garde de la Dymel à Spürcken avec 15 bataillons et 16 escadrons et porté le prince héréditaire de Brunswick à Nol' n et Schopdetten pour surveiller les abords de Munster ; dans une lettre à Bute (3) en date du 12 juin, il cherche à percer le plan des Français : « À juger par les dispositions que les ennemis ont feites jusqu'à présent de leur plan d'opérations, M. de Soubise va porter ses premiers coups contre Munster. M. de Broglie, de son côté, peut se porter sur la Lippe en me dépostant de la Dymel, ou tâchera de pénétrer dans le pays d'Hanovre, le long du Weser; ce qu'il ne pourra, cependant, pas faire non plus avec toute son armée, aussi longtemps que je puis rester sur la Dymel, et que je serai par là le maître de marcher sur les communications. Le mal est que le prince héréditaire de Brunswick, qui commande dans l'évêché de Munster, est trop faible pour résister seul au prince de Soubise. S'il est attaqué trop vivement, il doit céder du terrain, et alors, Munster sera assiégé. Si je marche pour le soutenir avec le gros des troupes que j'ai dans
(1) Ferdinand à Bute, Neuhaus, 28 mai 1861. Record Office.
(2) Allusion à l'élection prochaine de l'électeur de Cologne, évêque de Munster.
(3) Ferdinand à Bute, Neuhaus, 12 juin 1761. Record Office.
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RÉFARTITION DE L'ARMÉE DES CONFI DÉRES. 73
le Paderborn, en laissant M. de Spürcken sur la Dymel, celui-ci courra risque d’être forcé à son tour, par M. de Broglie, qui pourra alors s'approcher de Lippstadt, ou de Hameln. Il faut cependant en son temps opter entre cette alternative, et je m'y suis préparé » en établissant un camp retranché près de Munster, en consolidant par des redoutes la ligne de la Dymel, enfin en activant la mise en état des trois places menacées, de manière à leur permettre de résister aux premières attaques d’un assiégeant.
Le 20 juin, le quartier général des confédérés était encore à Neuhaus près de Paderborn, alors que l'offensive des Francais avait commencé et l’armée de Soubise avait dépassé Dortmund. « IL semble donc, écrit Ferdinand (1), qu'ilen veut à Lippstadt, quoiqu'il puisse repasser la Lippe et marcher encore à Munster. Mais si je suppose que les deux maréchaux sont bien unis de sentiment et disposés à se soutenir l’un l’autre, je dois m'attendre à voir marcher le prince de Soubise sur Lippstadt, pendant que le maréchal de Broglie se portera sur la Dymel, ce qui serait un des cas les plus épineux qui pourraient arriver. Je tâcherai de m’y opposer de mon mieux et compte marcher demain de grand matin dans les environs de Lippstadt. »
A la date (2) du 21 juin, qui est celle de l'entrée en ‘ampagne des confédérés, leur armée était distribuée de la manière suivante : sur la rive droite du Weser, Lückner avec 3 bataillons, 8 escadrons et des troupes légères; Spôrcken avec 15 bataillons, 8 escadrons et des corps irréguliers le long de la Dymel, depuis Warburg jusqu'à Liebenau ; sous les ordres directs du prince Ferdinand une force de 28 bataillons et
(1) Ferdinand à Bute, Neuhaus, 20 juin 1761. Record Office.
(2) Boyd à Newcastle, Geseke, 22 juin 1761. Newcastle, Papers. Les chiffres de Boyd sont à peu près les mêmes que ceux de l’état du 1° juin.
2% escadrons; près du gros, à Rhuden, Wangenheim était campé avec # bataillons et 8 escadrons; Conway occupait Soest avec 8 bataillons et 7 escadrons de troupes anglaises; près de Hamm, le général Howard était à la tête d’une division de # bataillons et de 9 escadrons et d'un complément d'infanterie légère; enfin, un corps de 28 bataillons, 24 escadrons et de quelques irréguliers sous les ordres du prince héréditaire était posté À Hamm. A ces troupes était attaché un pare de 122 canons, 23 obusiers, 7 mortier et 2 amusettes. Déduction faite des 15.000 hommes de Spürcken et de Lückner chargés de surveiller l’armée du Haut-Rhin, il restait à Ferdinand 63.000 combattants pour s'opposer aux progrès des Français de Soubise. Il concentra son armée en appelant à lui le prince héréditaire et porta successivement son quartier général à Soest et à Werl. Ce mouvement arrêta les velléités oflensives de Soubise, lui fit replier ses avant-postes sur son camp d’Unna où il attendit une attaque qui ne devait pas se produire. Une dépêche expédiée d'Unna (1) à la date du 30 juin résume bien la situation : « Je comptais, Mônsieur, suivant les lettres reçues de M. le maréchal de Broglie, et les arrangements convenus, marcher le 28 à Werl, et le 29 suivre les hauteurs par ma droite en m'approchant du Roer pour chercher à dépasser Soest et gagner Rüthen. Le prince Ferdinand m'a prévenu et j'appris avant de décamper qu'it arrivait à Werl avec toutes ses forces réunies. Dès l2 soir même il replia nos troupes légères, qui se retirèrent en très bon ordre des postes qu'elles occupaient
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près de Werl, et restèrent à deux lieues d'ici pour observer les mouvements de l'ennemi. Hier avant la pointe du jour, le prince Ferdinand s’est remis en marche sur cinq colonnes. » ÿ
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(1) Soubise à Choiseul, Unna, 30 juin 1761. Archives de la Guerre.
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