PRÉPARATIFS DU SIÈGE DE PONDICHÉRY
rances de succès s'évanouissent. Le maintien du blocus par mer empécherait ce malheur.
Pigott conclut en demandant à l'amiral de débarquer les « marines » pendant quelques jours pour l’attaque d’Ariancopany. Ce fortenlevé, les Français seraient enfermés dans l'enceinte fortifiée de Pondichéry et devant l'impossibilité d'entreprendre les travaux de siège de la place avant la saison des pluies, on se bornerait à un blocus rigoureux par mer et par terre, sauf à remettre l'attaque au retour du beau temps si l'ennemi n'avsit pas été obligé de se rendre avant cetle époque.
Steevens acquiesca (1) à la requête du gouverneur et débarqua ses « marines » aussi bien que ceux de 3 vaisseaux de ligne qui arrivèrent d'Angleterre le 2 septembre, soit 614% officiers et soldats. Par la même occasion, Coote reçut un renfort de 336 fantassins venus également d'Europe. Lesopérationscommencèrent aussitôt ; Le 10 septembre, leslignes et redoutesfrancaises furent emportées après un combat qui coùûta une centaine d'hommes à l’assaillant et un peu moins aux défenseurs qui s'étaient retirés sans attendre l'assaut final. Le colonel Monson, qui commandait les troupes anglaises, fut grièvement blessé. Le 13, à l’approche des Anglais, la garnison du fort d'Ariancopany fit sauter les bastions de la face nord-est et rentra sous les murs de Pondichéry. Le 23, arriva un nouveau renfort de 172 highianders.
Steevens, toujours préoccupé de l'apparition possible de l’escadre de d'Aché, comptait bien réembarquer ses « marines »; il ne fut pas peu surpris de recevoir de Coote, qui avait repris le commandement des troupes, la demande de les conserver à terre; à l'appui de sa requête, Coote insistait sur les pertes journalières que
(1) Steevens à Clevland, au large de Cudalore, le 12 octobre 1760. Record Office.
subissait l’armée par maladies ou à la suite des rencoutres fréquentes avec les Français, sur l'étendue des lignes à surveiller autour de Pondichéry; privé du secours des hommes de la flotte, ilse verrait obligé de ramener ses forces en arrière et de relâcher le blocus. Steevens se rendit non sans quelque regret à ces raisons et obtempéra à la demande du commandant des troupes de terre à laquelle s'étaient associés le gouverneur et le conseil de Madras.
Vers la fin d'octobre, l'amiral britannique (1), désireux de refaire son escadre, se rendit à Trincomalie, port de l’île de Ceylan, avec douze vaisseaux de ligne, laissant les autres devant Pondichéry. Les réparations effectuées, Steevens, estimant d’après les avis des autorités locales de Madras que « l’époque dangereuse de la mousson sur la côte de Coromandel était passée », fit voile de Ceylan et rallia sa division de b'ocus le 25 décembre. Le temps écoulé pendant son absence n'avait pas élé perdu; aussitôt la saison des pluies passée, le 8 décembre, Coote avait commencé les travaux du siège en établissant # batteries qui évaient prêtes à ouvrir le feu contre la place. Le blocus avait été sévèrement maintenu, « les Français étaient réduits par suite du manque de vivres » à une très grande détresse que la destruction de deux bâtiments chargés d'approvisionnements pour Pondichéry avait encore aggravée. Ces deux petits navires réfugiés au port danois de Tranquebar avaient été enlevés par les Anglais à la date du 6 novembre, sous le canon de la place et avec la complicité apparente des fonctionnaires danois.
Du comp des assiégeants, passons aux assiégés.
Si la saison des pluies avait amëré entre belligérants une sorte de trêve, la guerre civile n’en sévissait pas
(1) Steevens à Clevland, Trincomalie, 7 décembre, au large de Pondichéry, 26 décembre 1760. !
IMPOPULARITE DE LALLY, . 1ù
>OU= moins à l'intérieur de la ville, Exposé à la haine du ;nes gouverneur Leyrit et de l'élément civil qu'il avait irrités, des moins par l'arbitraire et l'incohérence de ses procédés ses que par l’intempérance de son langage et la brutalité s se de ses apostrophes, peu aimé de ses officiers supérieurs, em- j pour lesquels il n'avait guère d'égards, sc pconné de ere tous, mécontent de sa position, Lally était aussi impuis- | 1seil sant à obtenir l'obéissance qu'incapable de réveiller le | patriotisme de ceux qui l’entouraient. | eux Un fonctionnaire anglais traçait du général(1) frande çais et des difficultés de sa situation le tableau suiles vant : « Combien étrange le revers de fortune que ées, M. Lally à éprouvé depuis janvier 1759! IlLa mis tout ales Pondichéry en feu et parait franchement détesté de tous | sul: les partis; en quelques occasions, il s’est montré homme | lan de grand sens et de beaucoup d'adresse, et au contraire | mps ; en maintes circonstances il a pris des mesures qui ont LUS- évidemment causé un gros préjudice aux intérêts franote , çais. Sans doute, il a eu à lutter contre beaucoup de bat- ( difficultés et surtout il a souffert du manque d'argent | ice. Ë pour payer les officiers et les soldats. Même à l'heure Pais à présente, il y a des mutineries tous les mois ; nous savons | ine É de source certaine qu'ils n'ont d'autres ressources que | \ti- 1 celles de France, laquelle semble dans l'impuissance de | Éry pourvoir à leurs besoins. »
au C'était en effet le manque d’argent qui paralysait les | les ‘ efforts de la défense; les contributions forcées que Lally | la ; essayait de lever sur la population tant française qu'indi- | res A gène de Pondichéry produisaient peu en recettes, mais 4 attiraient au malheureux général les accusations les plus à invraisemblables qu'une haine féroce pouvait seule dic- | nts 4 ter. Dans la nuit du 2% au 25 août, c'est-à-dire au com- | pas 4 mencement de l'investissement de Pondichéry et alors | Ér y, (1) Lettre de John Call, Fort Saint-George, 15 juillet 1760. Newcastle
Papers.
qu'en dehors de cette place les Français ne possédaient plus que la ville de Gingy dans l'intérieur du pays, des inconnus affichèrent à l'église des Capucins le placard suivant (1).
« Gingy à vendre.
« Anglais, Maures ou Mahrattes et autres, fussiez-vous « du grand diable, pourvu que vous ayez du comptant, « on vous fait savoir que demain à 3 heures de relevée « se feront les premières montres des forts et aldées de « Gingy en l'hôtel du sieur Lally, commissaire du Roï et « en sa présence, le tout au plus offrant et dernier en- « chérisseur, on se relâchera pourtant pour qui aura « son argent comptant bien palpable, parce qu'on est « pressé, les sûretés en seront données par le moine « Morogue le grand ministre; le sieur Nagregor vous « en fera la livraison.
« Signé : GUADEVILLE (2).
Au-dessous était écrit :
« Messieurs et Dames, vous êtes priés d’assister de vos charités le sieur de Lally qui se prépare à faire un pèlerinage à La Mecque, pour obtenir la rémission de ses crimes; il s'attend à vos générosités, il voudra bien se charger de vos diamants usés, de votre vieille vaisselle et autres bagatelles de cette espèce ; Mahomet vous en tiendra compte en son paradis.
« Signé : Guadeville. Amen. »
Quelques jours après, les sentiments hostiles se manifestèrent par une véritable rébellion. Pour en imposer à
(1) Placard affiché uans la nuit des 24-25 août 1760. Copie conforme, signé : Lally. Archives de la Guerre, vol. 35-75. (2) Employé civil possédant la confiance de Lally.
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