‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 54 sur 230 · DERNIERS PRÉPARATIFS · texte numérisé non relu

DERNIERS PRÉPARATIFS

se retiraient, ils ont retendu leur camp dans la même position où ils étaient hier, et malgré ma bêtise, je suis sûr qu'ils resteront dans la mème position et ne songeront point à repasser la Lippe tant qu'ils ne craindront point pour leurs derrières. Le prince Ferdinand est opiniatre et quand on ne luf démontre point les choses très évidemment, il a la manie de ne pas les croire; il est pyrrhonien en diable. »

Les troupes du camp d’Erwette arrivèrent de bonne heure le 15 aux environs d'Oestinghausen. Broglie leur fit manger la soupe et alla conférer (1) avec Soubise. Les rapports reçus par ce dernier « disaient tous que le prince Ferdinand avait marché par sa droite et repris le premier camp qu’il avait occupé lorsqu'il était arrivé le 7 ». Voici, d'après Broglie, ce qui fut convenu : « Nous raisonnâmes beaucoup là-dessus avec M. le maréchal de Soubise, M. de Chevert, M. votre frère, M. de Castries et M. de Bourcet et il fut convenu que je ferais attaquer le même jour 15 par M. votre frère avec les grenadiers de France et Royav- et l'avant-zarde de M. de Belsunce le château de Nadel, que celle aux ordres de M. de Clozen s'emparerait du village de Filinckhausen et s’y établirait, et que l’armée du Haut-Rhin camperait à Ultrop. Pour favoriser ce mouvement et mena-er les ennemis par plusieurs points, M. le maréchal! de Soubise me parut déterminé à faire camper des troupes vis-à-vis Scheidingen dans la bruyère et à donner de l'inquiétude aux ennemis sur Neumühl, Kochmühl (Kortemühl) et sur leur droite. Je me suis mis en marche à 5 heures sur trois colonnes. »

Voyons maintenant la version de Soubise : « Le 15 (2), l'armée, par une marche en avant, alla camper la droite

(1) Broglie à Choiseul, Oestinghausen, 16 juillet 1761. Archives de la Guerre.

(2) Bulletin de l’armée du maréchal de Soubise du 13 au 18 juillet 1761. Archives de la Guerre.

au village de Heulket, la gauche en avant de celui d’Oberberstrass, se liant par la réserve de M. le prince de Condé à l’armée de M. le maréchal de Broglie qui vint camper à Oestinghausen. Ce même jour, on replia encore des postes qu'ils avaient remis en avant, l’on fit quelques prisonniers qui déposèrent, ainsi que les déserteurs, que M. le prince Ferdinand n'avait point quitté sa position et qu'il aveit au contraire beaucoup renforcé sa droite en arrivant sur Scheidingen ; on était si près de l'ennemi qu'il fut aisé de juger la vérité de ces différents rapports et l'on sut même qu'il n'avait laissé à sa gauche que 15 régiments anglais et un de Brunswick aux ordres de milord Granby. » À en juger par le passage suivant, il ne s’agissait que de manœuvres préparatoires : « La journée du 16 étant destinée à forcer de la droite à la gauche les postes que les ennemis avaient sur la rive droite du ruisseau, et à se mettre en état de reconnaitre, concerter et fixer les attaques ultérieures, l’armée prit les armes à la pointe du jour. »

Citons enfin un billet de Soubise au prince de Condé écrit aussitôt la séance levée : « L'armée va se mettre en marche pour s'approcher du ruisseau. Les ennemis paraissent avoir renforcé leur droite... M. de Broglie est chez moi; il monte à cheval et se porte à Oestinghausen. Vous ferez bien de vous y rendre au galop et vous aurez bientôt arrangé vos affaires. Je vous envoie la brigade de Lyonnais avec M. de Brébant. » La conférence des deux maréchaux s'était terminée à midi; Broglie alla rejoindre son armée.

Nous reviendrons sur un malentendu dont les suites eurent une répercussion des plus fâtheuses sur le combat qui allait s'engager et sur l’ensemble des opérations de la campagne; pour l'heure, contentons-nous de raconter les faits de la soirée du 15 ct de la matinée du 16 juillet. Ferdinand s'attendait à une attaque de la part des deux

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