VILLINGHAUSEN EST ENLEVE PAR LES FRANÇAIS
un feu de canon et de mousqueterie des plus vifs auquel il fut parfaitement répondu de notre part. Il ne cessa qu'après que la nuit fut fermée... Les ennemis se retirèrent à quelque distance du village et nous laissèrent 3 pièces de canon. » D’après la relation de Westphalen, compulsée d'après les documents allemands, la lutte fut acharnée pour la possession du château d’Autepoth situé entre la chaussée d'Hemm et la rivière de la Lippe; les Français cherchèrent à percer de ce côté, mais furent repoussés grâce à l'intervention de Wütginau qui, sur l’ordre du prince Ferdinand, après avoir renforcé de deux bataillons la ligne de Granby, s'était porté avec le reste de sa division à l'extrême gauche du front d'attaque. A Villinghausen, tous les efforts de Granby pour reconquérir le village et le château avaient échoué et force avait été aux Anglais de se retirer sur les crêtes qui dominent de quelques mètres le village. Le prince Ferdinand, dès les premiers avis, s'était rendu sur le lieu du combat; il ne s'était pas contenté de faire entrer en ligne la division Wütginau, mais il avait resserré son armée sur sa gauche, ramené le prince d'Anhalt avec une partie de la grosse artillerie sur Kirch Düncker, à la droite de Granby; il avait de plus fait passer les divisions Howard et Conway sur la rive droite de l’Ahse où elles devaient remplacer le prince d’Anbalt à Illigen et Hohenover; le colonel de Grafendorf fut détaché avec deux bataillons à Kireh Düncker pour fermer et barricader ce village et pour empêcher l’ennemi de percer sur ce point; le gros de l'artillerie dut soutenir les corps de Granby et Wütginau. Enfin, Spôrcken fut invité à détacher 6 bataillons et 6 escadrons sous le général Wolff au secours de Wütginau à l’extrème gauche. Ces ordres, expédiés vers "7 heures du soir, farent exécutés dans la nuit.
Reportons-nous aux états-majors français et voyons quelles mesures avaient été prises pour assurer et déve-
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lopper le demi-succès remporté par Broglie, Celui-ci, peu avant la cessation du feu, avait relevé les défenseurs de Villinghausen par les brigades fraiches de Rougé et d’Aquitaine de la division du duc d'Havré. Cette précaution indiquait l'intention de se maintenir sur le terrain conquis : « Il était très avantageux, rapporte le commandant de | l’aile droite, de me soutenir dans la possession de ce village par sa proximité de Hamm et du point de retraite des ennemis. Cela joint à la persuasion où j'étais que M. le maréchal de Soubise avait campé ce jour-là des troupes devant Scheidingen et des sujets d’inquiétade qu'il donnerait de grand matin aux ennemis sur plusieurs points de leur front, me détermina à ne point l'abandonner, ne doutant point que dès qu'ils auraient lieu de craindre d’être attaqués, ou le seraient réellement en plusieurs endroits, ils ne balar cassent à me rattaquer dans le village, » L'énergie que Ferdinand mit à la reprise de Villinghausen prouve la valeur stratégique de ce point et justifie le désir de Broglie de conserver sa conquête.
Au courant de l'après-midi du 15 juillet, plusieurs lettres avaient été échangées entre les deux maréchaux ; elles constituent un important élément dans le débat. Un premier billet de Soubise (1) écrit à Klatine, à 3 kilomètres ‘de Scheidingen, est daté de 3 heures : l'armée confédérée s'étend au delà de Werle « dont le clocher parait à hauteur de la gauche de leur droite. Dans cette position, les colonnes que je fais avancer ici sur Les points d'attaque de Cornmühl et de Scheidingen vont se trouver déborder les ennemis ». Le prince se préoccupe de sa gauche : « Selon ce que vous trouverez devant vous, j'imagine, Monsieur le Maréchal, que vous irez plus ou moins loin ; et comme l’armée des ennemis parait s'être totalement portée sur sa droite, M. le prince de Condé ne nous deviendra d'aucune
(1} Soubise à Broglie, Klatine, 15 juillet 1761, 3 heures. Papiers de Broglie
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utilité. Ne jugerez-vous pas à propos de le rapprocher de notre droite? » Dans un post-scriptum, Soubise confirme ses impressions : « Par les nouvelles que je reçois à l’instant de l'abbaye de Welveren, on m'assure que les ennemis se retirent devant vous; je le désire, Monsieur le Maréchal, et mon impatience redouble à chaque instant: je serai à la petite pointe du jour et plus tôt selon ce que j'apprendrai pendant la nuit à portée de Scheidingen et de Cornmühl pour ne point perdre de vue les ennemis, quelque parti qu'ils prennent. »
Soubise écrivit dans le mème sens à Condé; de son côté, ce dernier informa (1) Broglie qu'il campait encore à Nadel et Krewinkel, et qu'il attendait des ordres pour le lendemain. A la dépêche de son collègue reçue à 8 heures Broglie répond (2) à 10 h. 1/2 du soir : il rend compte des incidents de la journée et explique les circonstances qui ont amené l'occupation de Villinghsusen : « La 3° lcolonne) dont M. de Clozen avec son avant-garde avait la tète, s'est portée au village de Villinghausen, dont il était absolument nécessaire de gagner la tête pour pouvoir connaître la force des ennemis et avoir la vue sur un pays un peu plus découvert. » Il raconte ïes phases du combat et conelut : «IL est vraisemblable que si le parti des ennemis est pris de rester dans la position qu'ils occupent, ils la renforceront beaucoup sur leur gauche et ils chercheront à nous repousser du village dont nous nous sommes emparés. Et supposé qu'ils eussent eu le dessein d'attaquer votre gauche, il est certain que cela aurait dérangé ce projet. Je croirais, en conséquence, qu'il est indispensable que M. le prince de Condé me joigne demain avant le jour et je prends sur moi de le prier
(1) Condé à Broglie, Zweskausen, 15 juillet 1761, 6 h. 1/2. Papiers de Broglie.
(2) Broglie à Soubise, Ultrop, 15 juillet, 10 h. 1/2 du soir. Papiers de Broglie.
de le faire. 11 faudra le faire remplacer au château d’Ohl et vis-à-vis celui de Nadel » Un billet adressé au prince (1) de Condé à la même heure, 10 h. 1/2 du soir, contient les instructions annoncées et le prie de prendre les mesures nécessaires pour relever Stainville appelé au secours de Clausen : «Il s’agit de voir ce qui arrivera demain matin. J'aurai l'honneur de voir Votre Altesse de très bonne heure. Je la supplie, en attendant, de inettre tout en ordre dans cette partie. Il est nécessaire qu’elle ait la bonté d'envoyer sur-le-champ un officier sir peur reconnaitre le chemin et d'aller tout de suite remplacer M. le comte de Stainville, en observant cependant de ne faire passer à votre cavalerie le ruisseau de l’Aest que demain, lorsque le jour vous permettra de la voir bien passer. »
Terd dans la soirée, ou pendant la nuit, Broglie reçut une lettre de Soubise (2) datée du camp de Schweiffe : « J'attends avec l’impatience que vous pouvez inaginer, Monsieur le Maréchal, les nouvelles de votre journée. La canonnade a été si vive et a duré si longtemps que vous devez avoir trouvé de grands obstacles. » Vis-à-vis de lui ia position de l'ennemi n'a pas changé : « Nous voyons la gauche (de son aile droite) finir près de Scheidingen. Les troupes qui eampent ici avec moi ont leur gauche en avant de Niderstrats (Niederbergstrass) et la droite à Eincke. M. de Conflans est dans l’abbaye de Welveren; mon régiment soutenu des dragon: dans les haies près de Scheidingen... Quand j'aurai de vos nouvelles, je me préparerai à exécuter ce dont nous conviendrons et ce que nous croirons de mieux à faire dans les circonsiunces où nous nous trouvons. Je compte sur le retour d’un de mes aides de camp pendant la nuit. Si vous jugez à propos de
(1) Broglie à Condé, Uitr:p, 15 juillet, 10 h. 1/2 du soir. Papiers de Broglie.
(2) Soubise à Broglie, Schweiffe, 15 juiliet 1761. Papiers de Broglie,
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SOUBISE ELT INDECIS. 101
me donner un rendez-vous, je ne manquerai pas de m'y trouver exactement. Il ne s’est rien passé à la gauche de l’armée. M. de Viomesnil est venu me parler de la part de M. de Voyer. Il n’a point trouve d’ennemis dans les bois de Schaffausen. M de Voyer est sur les hauteurs d'Unna, il occupe la ville et se tient prêt à déboucher sur les ennemis au moment du combat ou de leur retraite. » Un peu plus tard dans la soirée Soubise avait mandé à Condé (1) l'inquiétude que lui causait le manque üe nouvelles : « Les ennemis n’ont point bougé devant nous. Leur droite s'étend beaucoup au delà de Werle, leur gauche finit à Scheidengen.. M. de Neuvic arrive et m'apporte votre :ettre de 6 heures. Je crois que l'attaque est très vive et i’espère le succès... Je vous ai mis à votre aise, soumettanttoujours * que je proposais aux circonstances quise passeraient à portée de vous. »
À 3 heures du motin le 16, Soubise accuse réception de la lettre de Broglie (2) expédiée à 10 h. 1/2 la veille et qui avait mis # h. 1/2 pour lui parvenir. Soubise informe son collègue qu'ordre est donné à Dumesnil « de pousser des détachements, de les soutenir et de faire toutes les démonstrations qui peuvent attirer l'attention des ennemis et les contenir, s'il ne peut faire mieux ». Voyer, qui a été mis au courant dès la veille de la prise de Villinghausen, est invité « à attaquer les ennemis et à faire au moins une diversion ». Le maréchal prince ajoute : « Je vais de ma personne m2 norter à mes troupes avancées près Scheidingen et Koromühl; je ferai tout ce qui dépendra de moi; mais si les ennemis tiennent la même position et si leurcamp est toujours aussi proche du village de Scheïdingen, il me sera difticile de m'y scutenir. En-
(1) Soubise à Condé, Schweïffe, 15 juillet 1761. Papiers de Clermont. Archives de la Guerre.
(2) Soubise à Broglie, 16 juii'el 1761, 3 heures du matin. Papiers de Broglie.
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fin, M. le Maiéchal, je vais tout tenter pour faciliter votre attaque et (âcher de la faire réussir. » La lettre se termine par l'avis que la brigade de Lyonnais était partie « pour se rendre eu droiture au château d'Ohlou de Nadel » pour rejoindre le prince de Condé.
Pendant que Soubise hésitait à s'engager à fond et semblait attendre de nouveaux avis ou une nouvelle conférence pour fixer les opérations de la journée, les confédérés, sous l'énergique impulsion de Ferdinand, recommengaient la lutte autour de Villinghausen. Sous le couvert de l'obscurité, Ferdinand avait continué à renforcer sa gauche en y appelant les brigades anglaises Cavendish et Pembroke de la division Howard, ainsi que le gros du corps Spürcken et en y concentrant son artillerie de parc. Il avait à opposer à Broglie 36 bataillons, 33 escadrons et environ 100 canons de fort calibre; ces troupes s’étendaient depuis la Lippe jusqu’au Dünkerberg ; en tenant compte de la division Wolff au corps de Spürcken qui allait bientôt rejoindre, elles constituaient une masse de 32 à 33.000 combattants. Le reste des troupes confédérées, soit environ 24.000 hommes destrois armes, son5ies ordres du prince héréditaire, faisait face à Soubise. Le 15 juillet, le gros des confédérés était à leur aile droite; le 16 au contraire, grâce aux mouvements dela nuit, l'aile gauche était devenue de beaucoup la plus forte. Les rôles étaient renversés.
Le feu, aui n'avait jamais tout à fait cessé pendant la nuit, recommença le 16 juillet à 3 heures du matin; il y eut entre l'avant-garde de Clausen appuyée par les divisions Guerchy et Havré et les divisions Granby et Wütgirau une lutte très vive sans résultat décisif pour la possession de la route de Soest à Hamm et de ses abords. Après trois heures l'intensité, la canonnade fut suspendue par l'épuisement des munitions, cependant la fusillade continua entre les infanteries rivales, que répartissait en
LES CONFEDÉRÉS REPRENNENT VILLINGHAUSEN. 103
pelotons séparés la nature du terrain coupé de haies et de ïossés. L'engagement très confus se prolongea, d’après les récits allemands, jusqu'à 8 heures. Un peu avant ce moment l'intervention très opportune des troupes détachées par Spürcken procura aux confédérés un avantage marqué. Une division, sous les ordres de Wolff, forte de 7 butaillons et 6 escadrons, avait franchi la Lippe au pont d’Untrop, s'était déployée à la gauche de Wütginau et, avec le secours de 10 pièces de 12 amenées du Dünkerberg, s'était portée sur l’extrème droite des Français. De son côté, Broglie, soit pour couvrir ja retraite qu'il envisageait déjà, soit pour tenter un dernier effort offensif, cherchait à établir une batterie sur une butte dont Granby avait été chassé la veille et qui se trouvait vis-àvis de sa position actuelle. Ferdinand, averti de cette tentative, lança à l'assaut de la colline (1) des bataillons anglais, et brunswickoïs. Deux bataillons de grenadiers anglais soutenus par ies gardes hanovriens, exécutèrent sous le ccuvert du bois un mouvement tournant, tandis que d’autres unités anglaises appuyées par les Brunswickois abordèrent la hauteur de front. Ce double assaut coïncida avec un recul de la droite française, qui venait de recevoir l'ordre d'évacuer le village de Villinghausen. Aussi les confédérés parvenus au sommet de la butte trouvèrent-ils les Français en pleine retraite. L'opération, fort délicate en elle-même, se trouvait singulièrement aggravée par la proximité de l’ennemi et par l’enchevêtrement des combattants; il s’ensuivit du désordre dont profitèrent les assaillants. Tandis que les bataillons de Wolff se jetaient sur le flanc des Français en retraite, les Hessois de Wütginau et de Mansberg, les Écossais de Beckwith, les Anglais de Waldegrave, appuyés par une partie de la division du prince d’Anhalt, les abor-
(1) Granby à Bute, Kirch Düncker, 17 juillet 1761. Newcastle Papers.
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dèrent de front. Dans la mêlée, le régiment de Rougé, qui occupait le village de Villinghausen, fut séparé par la poussée ennemie, cerné et fait prisonnier en partie avec ses canons et ses drapeaux (1). Le reste des troupes se replia en bon ordre, couvert par Stainville avec les grenadiers de France et Royaux. La nature du terrain inaccessible pour la cavalerie empècha toute poursuite.
De l’action du 16, Broglie fait le récit suivant : « Ce matin, à la pointe du jour, la mousqueterie et le feu de canon ont recommencé avec beaucoup de vivacité, et le nôtre y ayant répondu de même, il à paru se ralentir et s’est ralenti en effet jusque vers les 6 heures que nous avons vu les ennemis marcher par leur gauche et se renforcer successivement beaucoup. Ils ont alors porté la plus grande partie de leur artillerie sur le centre du village où était le régiment de Rougé, et sur la droite par rapport à nous, où la mousqueterie s'était toujours soutenue. Alors n’entendantpointtirerdu côté de l’armée de Soubise, voyant toujours filer des troupes de la droite des ennemis sur leur gauche, et avant appris par un aide de camp de M. le prince de Condé qu'il n’était encore venu aucune troupe pour le remplacer à Nadel, où il avait été obligé de laisser une de ses brigades d'infanterie pour garder le pont, je proposai tout pour la retraite, et je la commençai sur les sept heures. Les ennemis portaient alors les plus grandes forces sur le régiment de Rougé qu’ils percèrent, et comme le village était coupé de ravins très considérables et très boueux, une partie en a été séparée; le reste des
(1) Broglie donna de ce malheur l'explication suivante : « Ce régiment s'est battu avec la plus grande fermeté; la difliculté du terrain où il était, qui était si couvert qu'ils ne pouvaient voir leur droite et leur gauche, a fait qu'au lieu de se retirer lorsque les autres se disposèrent à le faire, ils ont fait alors une charge en avant, qui a donné moyen aux ennemis de les eutourer. Le courage avec lequel &e régiment a combattu mérite toute sorte d’éloges et je ne puis trop en donner à M. le comte de Rougé. » Broglie à Choiseul, Ervete, 22 juillet 1761. Archives de la Guerre,
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