‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 57 sur 230 · RÉCIT DE BROGLIE · texte numérisé non relu

RÉCIT DE BROGLIE

troupes s’est retiré dans le meilleur ordre. J'avais gardé le corps des grenadiers de France qui n'avait point combattu, pour faire l'arrière-garde. Les ennemis ne nous ont suivis en force que jusqu'au bout des haïes du village. Du canon piacé sur les hauteurs les à contenus; nous nous sommes retirés en bataille sur plusieurs lignes, on s'est arrèté plusieurs fois et on a répondu à deux ou trois pièces de canon qu'ils ont amenées à notre suite jusqu'au village d'Ultrop. J'ai fait camper l'armée sur la rive gauche de l’£est, et comme je finissais d'en marquer le camp, M. le prince de Croy m'a joint et m'a appris que les troupes de M. le maréchal de Soubise ..'étaient arrivées qu'à sept heures au village de Scheidingen, et nous n'avons commencé qu'alors à entendre son canon. »

Pendant la nuit et les premières heures du 16 juillet, il y eut échange de billets entre Broglie et Soubise; le premier, de Broglie (1), porte l'heure de 3 heures 1/2 du matin : « Je me suis rendu ici à la pointe du jour, Monsieur le Maréchal; da::s ce moment les coups de fusil et de canon recommencent avec vivacité; ainsi je crois qu'il n'y a pas de temps à perdre pour nous faire renforcer par des troupes, toutes celles qui n’ont pas soutenu l’attaque d'hier soir ayant été mises dans le village. Je vais envoyer ordre à la division qui est à Borgelen de filer pour remplacer M. le prince de Condé, afin que les troupes de ce prince puissent nous joindre. » L'instruction expédiée à Condé (2) est ainsi conçue : « Je prie M. le prince de Condé de vouloir bien faire passer tout de suite l’ordre ci-joint à la division qui est à Borgelen pour qu'elle se mette en marche pour venir remplacer M. le prince de

(1) Broglie à Soubise, près Villinghausen, 16 juillet 1761, 3 heures 1/2 du matin. Archives de la Guerre.

(2) Broglie à Condé, Villinghausen, 16 juillet 1761, 3h. 1/2 du matin. Fonds de Clermont. Archives de la Guerre.

Condé qui avec les troupes à ses ordres se tiendra à portée de venir nous joindre ici (Villinghausen) par le chemin qu'a tenu hier M. de Stainville et de nous servir de réserve au besoin. » L'ordre destiné à l'officier général commandant la division qui se trouvait à Borgelen, officier dont Broglie ignorait le nom (1), concordait parfaitement avec les instructions de Condé.

Au cours de la nuit, Soubise avait écrit (2) à Condé : « Vous avez bien fait de marcher où M. de Broglie vous demande. Je vais voir de mon côté ce que je pourrai faire pour vousproeurer une diversion. Je voudrais bien trouver au jour quelque changement dans la position des ennemis, car leur camp —comme vous l'avez vu — touche presque au village de Schcidingen qui parait le point le moins difficile où l’on puisse passer le ruisseau. Je fais marcher la brigade de Lyonnais par le chemin de Klasine (Klotingen) pour se porter sur le château d’Ols. Vous pourrez lui envoyer vos ordres; je vais aussi pousser Fischer par ma droite. Enfin, je ferai mon possible pour avoir l’œil sur

vous et ne pas négliger le reste de l’armée. Je vous désire

toute la gloire que vous méritez. »

À 7 heures du matin, Broglie fait part (3) à Soubise et à Condé de ses intentions de retraite : « Les ennemis m'ont attaqué ce matin assez vivement dès qu'il a fait jour, ainsi que je vous avais mandé hier qu'ils le feraient. Mais comme ils ont été repoussés partout, ils se sont contentés de nous canonner beaucoup à cartouche, et à des fusillades assez vives ; mais ils n’ont pas tenté de s'approcher. Je ne vois, avec ce que j'ai avec moi, aucune possibilité d'attaquer les ennemis; et je ne vous ai pas mandé hier,

(1) Il appartenait à l'armée de Soubise.

(2) Soubise à Condé, nuit du 15 au 16 juillet 1761. Fonds de Clermont, Archives de la Guerre. ]

(3) Broglie à Soubise, Villinghausen, 16 juillet 1761, 7 h. du matin. Archives de la Guerre.

“tr

An ee DDR rate merite om re

, PA | 4 | 4 ! RETRAITE DE BROGLIE. 107 € À je crois, que je comptasse le tenter. Comme les démonsn trations que vous allez faire ne peuvent pas me mettre en = état de le faire, je vais penser à ma retraite. Vous savez al que je ne voulais kier que prendre un cam}; près d'ici ; et i- siles ennemis ne m'avaient pas attaqué comme ils l'ont e- fait, nous n’aurions eu aucune action. J'ai l'honneur de t vous prévenir du parti que je prends, afin que vous ne 3 vous engagiez pas; et j'en préviendrai M. le prince de 18 Condé, afin qu'il se retire aussi à temps par ses ponts. | re | à Voilà, Monsieur le Maréchal, tout ce que je puis faire à { er \4 présent et à quoi je vais travailler. » Un post-scriptum in- l S, à dique une situation plus inquiétante : « Dans l'instant les { Lu À ennemis me rattaquent de nouveau avec des forces de | i- ñ beaucoup supérieures. Il est certain que j'ai presque | La % toute leur infanterie contre moi, ce qui me force de LÀ 1) faire dans l'instant ma retraite. » } 1= | Un mot de Soubise (1) à Condé nous dcnne l’impres- l] 1à sion produite sur le maréchal par la nouvelle de la re- 1 ar traite de son collègue : « Dubois arrive et me met au dé- il e sespoir. M. de Nort, aide de camp de M. de Broglie, était f \ | venu me dire que tout allait bien et venait de partir i et dans le moment pour retourner à M. le Maréchal lui dire | t que je voyais les ennemis se retirer devant moi, que 'H si M. Dumesnil voyait les ennemis en bataille devant lui, et À (ES cependant s’il avait besoin de troupes, qu’il n'avait qu'à il # dire et que je marcherais avec les bataillons que j'avais (| . ici. M. d’Oorthore arrive successivement et me dit que 1j ’, #3 M. de Broglie se retire sur vous. Dubois prétend qu'il HAL é k vous à demandé deux brigades et qu’il vous laisse d'’ail- | ù ; leurs la liberté de revenir sur moi ou sur le point qui vous Ai È conviendra le mieux. Je voudrais bien savoir à quoi m'en El à tenir sur le point de retraite de M. le maréchal de Broglie | | b F etsur le vôtre. En attendant, je porte intermédiairement h | . E (1) Soubise à Condé, hauteurs de Scheidingen, 16 juillet 1761, 9 h. du fl fl

matin. Fonds de Clermont. {

entre vous et moi les brigades des Gardes et de Bricqueville. Je les placerai derrière le ravin d'Einiker. Il ne faut point vous gêner pour votre retraite si vous trouvez J plus de facilité pour la faire par Borgelen. Instruisez-moi seulement et sur-le-champ je suis à vous. Je vais abandonner la poursuile des ennemis que je venais de chasser du village de Scheidingen pour m'occuper d'objets plus sérieux et plus tristes. Donnez-moi de vos nouvelles 1 à chaque instant et faites-moi passer les intentions de M. de Broglie, surtout le point de retraite, afin que je me dirige en conséquence. »

Dans le courant de la journée du 16, Soubise, qui portait au prince de Condé une affection presque paternelle, lui demanda (1) à deux reprises des informations : « Je voudrais vous savoir à Borgelen en dedans du ruisseau. Je vais me mettre derrière celui de Paradies. Je désirerai bien savoir où sera M. de Broglie. » Le second mot (2) montre le maréchal plus rassuré : « Puisque M. de Broglie ne s'éloigne point, vous me paraissez en sûreté dans votre camp et je suis tranquille. Si j'avais su positivement où trouver M. de Broglie, j'aurais été prendre avec lui les arrangements nécessaires pour suivre notre plan de campagne, que l'événement d'aujourd'hui ne doit point déranger puisque le projet de la diversion subsiste, mais il est bien tard, et j'ai beaucoup d'affaires, ce qui me fait remettre à demain la satisfaction de vous embrasser, »

Au moment où Broglie avait annoncé sa retraite, il | croyait qu'il pourrait effectuer son mouvement sans irop de pertes et n’attachait pas grande valeur à la conservation d’une position dont la possession n'eût été impor-

(1) Soubise à Condé : En me retirant de Scheidingen. Fonds de Clermont.

(2) Soubise à Condé, camp de Paradies, 16 juillet 1761, Fonds de Clermont.

nn Des

Page 1