DUALITÉ DU COMMANDEMENT
bouché du lendemain; l'acharnement de l'ennemi à vouloir ie reprerdre était une preuve trop évidente de cette importance pour ne pas chercher à conserver la position disputée. Peut-être eut-il tort de l'évacuer, alors qu’il avait résisté victorieusement jusque-là, qu’il avait à portée les grenadiers de Stainville et le corps de Condé tout entier et qu’il savait l’action de Soubise commencée? Les effectifs aux prises autour de Villinghausen étaient à peu près égaux et l’arrivée de Condé eût faït pencher la balance en faveur des Français. Sans aucun doute, pour trouver la véritable raison de l'échec subi, il faut s’en prendre à la dualité du commandement. Malgré la subordination apparente de Broglie, celui-ci, en raison de la supériorité de ses moyens, était l’inspirateur des opérations, mais seul, son supérieur par rang d'ancienneté, Soubise, était investi des pouvoirs nécessaires pour en assurer l'exécution.
Pe la position équivoque où il était placé, Broglie se pluignit amèrement à Choiseul(1) : « Je vous prie de faire attention, Monsieur le Duc, et de faire connaitre à S. M. la situation dans laquelle je me trouve ici. Je suis chargé de lui répondre de l’armée du Haut-Rhin que je ne commande plus que de nom, puisqu'elle doit suivre les mouvements et les partis que l’autre prend, et je réponds de fait des échecs qui pourraient arriver à celle du Bas-Rhin, et &es conseils que l’on me demande et que je suis obligé de donner, quoique je ne puisse en aucune manière ordonner du temps, des moyens et des personnes employées à l'exécution. S. M. est trop juste pour exiger que cela dure longtemps, ce serait la perte de son service, ce qui m'’affligerait encore beaucoup plus que ce qu’il y aurait de personnel pour moi. »
Aussitôt les rapports sur l'événement de Villinghausen
(1) Broglie à Choiseul, Krwitte, 19 juillet 1764. Archives de la Guerre.
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parvenus à Versailles, la cour, par l'entremise de Choiseul, adressa aux deux généraux quelques mots de critique qui ne manquent pas de justesse et qui démontrent un véritable esprit d’impartialité. À Broglie, le ministre écrivit (1) : « Il a paru au Roi, Monsieur le Maréchal, qu'étant convenu entre vous et M. le maréchal de Sou- fa bise que l'attaque sur les ennemis ne serait faite que le 16 au matin, il aurait mieux valu que vous eussiez différé jusques à cette époque l'attaque que vous avez commencée le 15, ce retard aurait produit l’avantage qu'en réussissant le 16, comme vous avez réussi le 15, l’armée de M. de Soubise aurait concouru au combat, ainsi qu'elle l’a fait le 16 au matin, que le retard qu'il y a eu dans les mouvements de l’armée de Soubise le 16 n'aurait pas été sensible, puisqu'elle attaquait lorsque M. de Soubise a recu votre lettre à 7 heures du matin qui lui marquait de se retirer et que vous n’auriez pas perdu le 16 le terrain que vous aviez conquis le 15. À « Quoi qu’il en soit, Monsieur le Maréchal, il faut partir du point où l’on se trouve, sans examiner les détails des ï'aits passés, c’est la meilleure méthode de bien servir le Roi et de remplir les vues de Sa Majesté. » La lettre(2) destinée à Soubise était conçue dans le même esprit : « Vous verrez, Monsieur le Maréchal, par la copie de la lettre que j'écris aujourd’hui à M: de Broglie ce que S. M. a pensé sur l'attaque prématurée du 15, en même temps le Roi aurait désiré que dès que vous avez été instruit de ce qui s'était passé le 15 à l’armée de Broglie, vous eussiez pressé les dispositions pour attaquer l’ennemi de votre côté de façon que vous eussiez pu commencer votre attaque à la pointe du jour du 16, ce qui aurait produii nécessairement la conservation de l'avantage acquis le 15.
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(1) Choiseul à Broglie, 22 juillet 1761. Archives de la Guerre. R (2) Choiseul à Soubise, 22 juillet 1761, Archives de la Guerre. Fe.
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