‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 63 sur 230 · CRITIQUES DE LA COUR · texte numérisé non relu

CRITIQUES DE LA COUR

« Mais comme je le mande à M. le maréchal de Broglie, il est inutile de discuter les détails des faits passés, cette discussion ne peut être que nuisible au service du Roi... Le sort des armes est incertain, Monsieur le Maréchal, mais la volonté du Roi es' précise et lorsque les généraux de S. M. feront en l’exécutant tout ce qui dépend d'eux, le Roi leur promet de ne leur faire aucun reproche sur l'événement. »

Ce blâme, si léger qu'il paraisse aujourd’hui, fut vivement ressenti par chacun des états-majors. Les thèses divergentes sur les décisions prises à la conférence du 15 furent affirmées avec une assurance dont l'énergie croissait en raison du temps écoulé depuis les événements : Broglie dans sa réponse (1) en appelle au témoignage du comte de Stainville, frère du Ministre, pour certifier l’exactitude de son récit que nous reproduisons : « Le 1#, Monsieur le maréchal de Soubise monta de grand matin à cheval pour aller reconnaître la position des ennemis; il y resta presque tout le jour, et Le soir, il me fit l’honneur de passer chez moi sur les dix heures avec M. de Castries, et il me dit ce qu'il avait vu, et comme il étaittrès fetigué et très endormi, ainsi que M. de Castries, il fut emis au leademain matin à s’assembler chez lui pour y convenir de ce qui serait fait dans la journée du 15.

« Je m'y rendis de bonne heure avec M. votre frère, et il fut arrangé (2) : 1° que M. le maréchal de Soubise porterait ce jour-là 15 un corps sur la bruyère du village de Scheidingen, qu'il l'y ferait camper et occuperait le village; 2 qu'il ferait paraître des têtes visà-vis de Neumühl et Kochmühl; 3° qu'il enverrait un corps camper à Borgeln pour remplacer celui de M. le

(1) Broglie à Choiseul, Paderborn, 28 juillet 1761. Archives de la Guerre.

(2) Si l’on compare ce compte rendu de la conférence du 15 avec celui de la dépêche de Broglie du 16, on constate que le premier est beaucoup plus complet et plus précis, il est en désaccord avec la lettre de Condé à Brogiie.

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prince de Condé ; #° que celui de M. le prince de Condé passerait l’Aest aussitôt que M. de Stainville se serait emparé du château de Nadel; 5° que M. de Stainville attaquerait à 5 heures le château de Nadel; 6° que l’armée du Haut-Rhin s’avancerait vers Ultrop pour y camper entre l’Aest et la Lippe; 7° que je ferais occuper le village de Fillinghausen par la réserve de M. de Clozen; sans la possession de ce village, je ne pouvais pas camper à Ultrop, puisqu'il me cachait les mouvements des ennemis et leur donnait la facilité de déboucher jusque dans mon camp sans être aperçus. Il était également impossible que M. de Stainville pût demeurer à Nadel qui était plus avancé que ce village qui tient à des bois par lesquels les ennemis auraient pu le couper.

« Il fut dit ensuite que comme on se trouverait par cette position, très près de celle des ennemis, on la reconnaîtrait et on verrait si on pouvait entreprendre sur eux, et il ne fut ici jamais dit qu’on attaquerait le 16 au matin. »

À en croire Broglie, qui est d'accord sur ce point avec le prince Ferdinand (1), lemouvement sur Scaeidingen n’auraitcommencé qu’à 7 heures et Soubiselors de sa première entrevue avec lui, après la bataille, aurait « témoigné être très mécontent de ce que ses ordres étaient exécutés très lentement ou ne l’étaient point du tout ».

La version (2) de Soubise est La suivante : « Jose assurer que l’on ne devait attaquer le 16 ou le 17 qu'après avoir reconnu les moyens de le tenter avec succès et pris des points d'appui que l’on devait fortifier par de bonnes redoutes.. ayant appris à 2 heures (du matin) ce qui s'était passé dans la soirée du 15, j'ai fait attaquer sur les 5 heures un bois que les ennemis occupaient en decà du ruis-

(1) Lettre écrite de Hansen-Over le 20 juillet, contenant la relation authentique de la bataille du 16. Westphalen. Archives de la Guerre. (2) Soubise à Choiseul, Herdringen, 27 juillet 1761. Archives de la Guerre.

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