‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 64 sur 230 · VERSION DE SOUBISE · texte numérisé non relu

VERSION DE SOUBISE

seau sur la droite du village. L’artillerie a commencé vers 6 heures à tirer sur le village qui successivement a été attaqué et emporté avec beaucoup de vigueur. J'ai abandonné l'attaque après avoir reçu la lettre de M. le maréchal de Broglie datée de 7 heures et demie... Je n’ai pu, Monsieur, refuser ce petit éclaircissement au soupçon de lenteur ou de négligence dont je ne me consolerais de ma vie. »

Au cours des deux jours du combat de Villinghausen, les confédérés éprouvèrent une perte de 1.400 officiers et soldats tués, blessés et pris; celle des Français fut beaucoup plus forte, elle se monta, d'après le rapport de Broglie, à 757 officiers et soldats tués, 1.212 blessés et 1.143 prisonniers, soit en tout 3.112, plus que double de celle des confédérés. Les corps les plus éprouvés furent les régiments de Rougé, du Roi, Provence, Nassau, Deux- Ponts, Aquitaine, Dauphiné etles volontaires de St-Victor. Du côté du prince Ferdinand, les bataillons hanovriens qui faisaient partie de la division Wolff souffrirent le plus. Dans la soirée du 15, les Français s'étaient emparés de 3 canons régimentaires à Villinghausen, par contre, dans la matinée du 16, ils perdirent les # pièces du régiment de Rougé et 5 pièces du parc ainsi que 5 drapeaux.

Plusieurs officiers de marque furent tués ou blessés dans l’armée de Broglie. Le duc d'Havré eut un bras emporté ; le marquis de Rougé eut la cuisse brisée; M. de Vérac, gendre du duc, fut blessé aussi très grièvement; le même coup de canon les avait atteints assis sous un arbre ; les deux premiers moururent de leurs blessures. Villepatour, brigadier d'artillerie, fut blessé ainsi que le duc de Duras et le marquis de Maupeou ; le colonel, le lieutenant-colonel et le major du régiment de Rougé figurèrent au nombre des prisonniers. Du côté des confédérés, aucrn personnage de distinction ne fut atteint.

Bien que dans les récits officiels la cour de Versailles

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cherchât à atténuer (1) l'importance de l'échec, le combat de Villinghausen eut au point de vue moral et politique des conséquences déplorables. La nouvelle parvenue à Londres à un moment critique des négociations confirma l'intransigeance de Pitt et lui ramena les votes hésitants de ses collègues du Ministère. Sur le théâtre de la guerre, la bonne entente entre les deux maréchaux qui avait présidé aux premières opérations, disparut pour ne plus renaitre. La querelle des chefs fut épousée par leurs subordonnés, dent plusieurs ne pouvaient oublier les griefs passés. « Les discours vont leur train dar nos deux armées, écrit un correspondant anonyme (2)... toute l'armée ne respire qu'après l'occasion de venger le maréchal de Broglie, tandis que bien des gens en second s’en réjouissent. » Pendant l'après-midi du 16 et la journée du lendemain, les confédérés prirent leurs précautions contre la reprise de la lutte. « Nous nous attendions, écrit Granby (3), constamment à une seconde action. Nous avons été sous les armes depuis minuit la nuit dernière dans la crainte d’une visite, car les avis nous prévenaient que les deux armées françaises étaient en mouvement, mais on vient de nous annoncer qu’elles sont en pleine marche sur Erwitte et Aurach près de Lippstadt. » Le soir du 16, les combattants du matin s'étaient en effet bornés à réintégrer leurs cantonnements de la veille, mais ils n’y restèrent pas longtemps; peut-être la destruction d’un convoi important aux environs de Warburg et une attaque du corps de Chabo par Lückner aux environs de Neuhaus furentelles pour quelque chose dans la détermination de Broglie, toujours est-il que ce maréchal ramena son quartier

(1) Note manuscrite de Choiseul pour le directeur de la Gazette de France, 23 juillet 1761. Archives de la Guerre : « faire valoir l'affaire du 15, adoucir la retraite du 16, ménager les deux généraux, louer beaucoup les troupes »,.

(2) Lettre interceptée d'un officier français. Westphalen, V, p. 670.

(3) Gronby à Bute, Kirch Dumkern, {7 juillet 1761. Newcastle Papers.

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