‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 69 sur 230 · EMPRUNT DE 10.000 HOMMES A SOUBISE · texte numérisé non relu

EMPRUNT DE 10.000 HOMMES A SOUBISE

« Dans ce cas, M. le Maréchal, la combinaison d’opérations entre les deux armées ne sera plus nécessaire; la mienne devenant, par ce moyen, égale à celle du prince Ferdinand même réunie. Je serai chargé de le suivre, de le chercher dans les différentes positions où il pourra se placer, et de le contenir. Je veillerai seul, en même temps, à la garde de la Hesse et de la Haute-Werra et de la Haute-Fulde, enfin de toutes les communications depuis Coblentz, Mayence, Francfortet Wurtzbourg. L'armée du Bas-Rhin, considérablement diminuée, et dont le fond ne sera alors que de 55.000 hommes, serait seulement chargée des places du Bas-Rhin, depuis Cologne, et de se former des établissements en farine qui puissent également lui servir, soit pour faire le siège de Lipstadt, soit pour celui de Munster. La position qu’elle devrait prendre serait indifférente, pourvu qu’elle remplit ces objets. » Celle de Dortmund lui parait préférable, « pouvant y occuper un très bon camp, et étant même, de là, à portée d'envoyer de gros détachementis sur la communication de Munster ».

En terminant, Broglie s’excusait du nouveau recours vil faisait au désintéressement de son collègue : « C’est vee beaucoup de répugnance, M. le Maréchal, que je

déterminé à vous renouveler ia demande du corps de ! .090 hommes dont, pour agir offensivement contre le prince Ferdinand, en gardant en même temps la Hesse, j'ai absolument besoin. » Il a été amené à cette décision « par un objet aussi majeur que celui de rendre cette campagne un peu utile. Je sens que les dix jours de retard, pour attendre la réponse de la Cour, peuvent être de la plus grande importance, n’y ayant déjà que trop de temps perdu; et peut-être seriez-vous alors plus éloigné de la Hesse, ce qui augmenterait Îles difficultés de l'envoyer sur la Dymel et en retarderait au moins l'arrivée. Je m'y suis d’ailleurs déterminé sur une lettre que M. le duc de

Choiseul a écrite à mon frère, où il lui marque que vous étiez d'accord de faire passer jusqu’à 40.000 hommes de votre armée à celle du Faut-Rhin, si cela était jugé nécessaire. Au reste je vous supplie d’être persuadé que ce n’est pas l'envie d'augmenter l’armée qui m'engage à vous faire cette proposition sur laquelle vous êtes absolument le maître de décider. »

Pour le cas où Soubise agréerait l’arrangement, Broglie le pria de désigner pour le commandement du détachement le chevalier de Levis, cadet de Stainville et qui pourrait servir sous les ordres de ce dernier; quant aux maréchaux de camp, il soumii à son collègue « un état de ceux parmi lesquels je vous prierais de choisir les deux ou trois que vous me destineriez ».

Comme il était à prévoir, Soubise ne voulut pas accepter les propositions de Broglie sans consulter la Cour. Choiseul n'était pas en faveur des opérations au-delà du Weser qui lui paraissaient dangereuses ; tout en insistant sur la séparation des deux armées, il eût désiré que Broglie essayât de tourner le prince Ferdinand par les sources de la Lippe. Ce fut donc contre l'opinion du puissant ministre que le conseil, statuant sur les conclusions du mémoire de Broglie du 28 juillet dont nous venons de résumer les points essentiels, se prononça à la majorité pour le nouveau renforcement de l’armée du Haut-Rhin. « Voilà la première fois, écrit Choiseul à Soubise (1), que j'éprouve une contradiction marquée dans mon avis, je ne le cache pas à M. de Broglie. » Ilest proable que cete divergence de vues fut la principale cause de la brouille qui se produisit peu à peu entre le maréchal et le ministre.

Entre temps, Broglie renonce à l'espoir de chasser le prince Ferdinand de la position qu'il avait prise à Buren,

(1) Choiserl à Soubise, 2 août 1761. Archives de la Guerre.

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