DÉMONSTRATION DE SOUBISE CONTRE MUNSTER
Bockum sur la route d’Essen ; depuis plusieurs jours il est saus nouvelles de l’armée du Haut-Rhin; le 11, il franchit l'Emser, petit affluent du Rhin, puis la Lippe à Haltern qu’il avait fait occuper le jour précédent ; le 13, il installe son quartier général à Huis Dulmen sur la route de Wesel à Munster; la veille, Voyer s'était emparé de Dulmen après un combat heureux où il avait fait 150 prisonniers de la légion britannique avec leur commandant ; Cambefort avait enlevé des voitures et des chevaux dans la banlieue de Munster. Le 15 août, S abise, toujours campé à Huis Dulmen, informait Broglie (1) que le prince héréditaire était parti sans doute pour rejoindre le prince Ferdinand; que Kielmansegge se trouvait dans les environs de Munster, dont la garnison avait été portée à 3.000 hommes; il transférera le lendemain son quartier général à Appelhausen à moitié route de Munster : « Je pousserai des détachements de tous côtés ; c’est tout ce que je peux faire pour le moment présent. Les grands événements se passeront de votre côté; puissent-ils être aussi heureux que je le désire. » A Choiseul, il avait écrit la. veille (2) que la présence de Kielmansegge empêcherait le siège de Munster, qu’à la vérité il serait libre d'envoyer un détachement en Ost Frise, mais il croyait la Cour opposée à cette expédition. Décidément, la maison du roi n'était guère utilisable en campagne; il avait fallu la renvoyer aux environs de Wesel se reposer de fatigues auxquelles elle était peu habituée ; on n'avait conservé à l’armée que 50 maît”ss par escadron.
Laissons Soubise à ses démonstrations contre Munster, dont il n'avait aucune intention de tenter le siège, et à ses projets contre l’Ost Frise et le bas Ems qui lui tenaient à cœur, et revenons à Broglie à l’armée duquel étaicnt réservés les « grands événements », pour employer l'expres-
(1) Soubise à Broglie, Huis Dulmen, 15 août 1761. Archives de la Guerre. (2) Soubise à Choiseul 14 —
sion de son collègue. Le Roi avait approuvé le programme du 28 juillet, mais non sans quelques réserves (4) : « C'est d’après cette lettre que nous opérerons sans variations dorénavant, elles mettent en vos mains le sort des armées du Roi cette année et les intérêts les plus importants de la politique. Il me reste seulement à vous faire observer que vous devez prévoir le cas où M. le prince Ferdinand peu effrayé de vos démonstrations sur le Weser, même de votre marche sur Hanovre, ne quitterait pas la Westphalie et ferait le raisonnement qu’il ne doit pas abandonner le pays où il a des places pour chercher à détendre œælui qui est ouvert et où vous ne pouvez pas hiverner. Je ne doute pas, Monsieur le Maréchal, que vous n'ayez prévu cette supposition en réfléchissant que la campagne commence à s’avancer et que l’arrière-saison rend les opérations en Westphalie très difficiles. Voilà ce que le Roi m'a chargé, Monsieur le Maréchal, de vous mander en réponse à votre lettre (2) du 30 juillet. »
Avec la séparation définitive des deux armées françaises, nous abordons une phase nouvelle de la campagne. Broglie est investi du rôle principal qu’il a recherché; désormais, il lui appartiendra de prendre l'initiative des opérations; la supériorité numérique de ses forces sur celles de l'adversaire l’y autorise. A lui de détacher le prince Ferdinand loin de la Westphalie, de l’entrainer sur le bas Weser de façon à laisser à Soubise les mains libres pour entreprendre les sièges de Lipstadt et de Munster. Ce dernier aura à profiter des circonstances pour mener à bonne fin une expédition que le retour du prince ou d’une fraction importante de son armée rendrait excessivement délicate. La suite des événements indiquera de quelle facon chacun des deux maréchaux s’est acquitté de la tâche que la cour de Versailles leur avait esquissée,
(1) Choiseul à Broglie, 7 août 1761. Archives de la Guerre. (2) Dans cette lettre, Broglie avait défendu son projet du 28 juillet.
D A ee