‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 73 sur 230 · BROGLIE PASSE LE WESER · texte numérisé non relu

BROGLIE PASSE LE WESER

jusqu'alors presque toujours heureux, avait eu une rencontre malheureuse avec les partisans Lückner et Freytag. D'après son rapport, il aurait perdu 651 officiers et soldats, dont #90 prisonniers appartenant pour les 2/3 au régiment suisse de Jenner qui avait été cerné et entouré dans la retraite par la cavalerie ennemie. Broglie fait part à Choiseul (1) de la résolution qu'il vient de prendre et énumère les considérations qui l'y ont amené : s’il essayait de se placer entre Lippstadt et le Prince Ferdinand, celui-ci « me couperait mon pain d'Hôxter qui est seul point d'où je puisse en avoir... Je vais passer le Weser et marcher dans le pays d'Hanovre ». Le lendemain 18, l'armée, qui avait été concentrée au camp de Nieheimb, en déboucha couverte par une forte arrière-garde sous les ordres de Guerchy, Clausen et Poyanne. La marche sur Hüxter et le Weser s’effectua sans voir un ennemi, le passage du fleuve commença à trois heures sous la protection de Clausen posté sur les hauteurs du village d’Oldendorf. Bientôt ce général signala l'approche de l’ennemi; il y eut un combat assez vif que Broglie décrit dans sa dépêche (2) : « Comme il était de la dernière importance de ne pas laisser les ennemis s'emparer des hauteurs qui dominent Hüxter, j’envoyai ordre

sur-le-champ de faire remarcher au camp de M. de Clau-.

sen les 9 bataillons de grenadiers et chasseurs, et à toute l'infanterie d’être prête à marcher. Je remontai à cheval et m'en allai au galop pour rejoindre M. de Clausen; mais j'appris en chemin qu’il avait été obligé de détendre son camp et de se replier, ayant affaire à des forces supérieures. Il manœuvra à merveille, se retira extrêmement lentement, et lorsqu'il fut obligé d'abandon-

(1) Broglie à Choiseul, Nieheimb, 17 août 1761, 8 h. a. m. Archives de la Guerre.

(2) Broglie à Choiseul, Forstemberg près Hôxter, 21 août 1761. Archives

‘de la Guerre.

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ner le village d’Oldendorf, il se plaça de manière qu'il ne fit paraître que très peu de troupes, et cacha son ca: non et sa cavalerie. Les montagnards écossais et tous les grenadiers anglais débouchèrent très vivement du village et marchèrent au peu d'infanterie qu'ils voyaient. M. de Clausen fit alors démasquer son canon qui, quoique tirant de très près, ne les arrèta pas; mais en même temps, il les fit charger par les hussards et dragons attachés aux volontaires de St-Victor et commandés par M. de Guintrand : il s’en acquitta si vigoureusement qu'il culbuta toute cette infanterie, en tua ou prit près de 300, et la reconduisit de manière qu'elle ne reparut plus de la journée. Les dragons d’Héliot qui étaient venus pour la soutenir furent aussi très malmenés. Cette charge fait beaucoup d'honneur et à M. de Clausen qui l’a ordonnée, et à M. de Guintrand qui l’a exécutée. C’est un des plus braves et des meilleurs officiers de cavalerie que le Roi ait à son service. La journée finit là, les ennemis s'arrètèrent. »

Pendant la nuit et le lendemain 19, l'artillerie et les équipages, malgré la rupture d’un pont et un délai de k heures pour le réparer, furent transportés sur la rive droite : «Comme je voyais que notre déblai était fini et qu'il ne me restait plus que l'infanterie à passer et les arrièregardes, je pensais qu'il valait mieux commencer la retraite de bonne heure que de laisser attaquer les postes avancés; je fis donc retirer les volontaires de St-Victor; MM. de Beauvau et de Vaux eurent ordre de se replier sur Hôüxter; j'envoyai M. de Guibert aux 9 bataillons de grenadiers et chasseurs pour les ramener à la hauteur où campait l'infanterie, où je me portai, et successivement tout se mit en mouvement pour repasser les ponts. Les ennemis arrivèrent sur les hauteurs de la droite et de la gauche vers les 3 heures avec beaucoup de canon, et commencèrent à canonner vivement nos deux ponts. Je

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ABANDON D'HÔXTER. 141

restai à un, et mon frère alla à l’autre, tout repassa en très bon ordre et avec peu de perte, n’y ayant eu que 8 ou 10 hommes tués ou blessés... Nous levâmes ensuite nos ponts qui étaient trop dominés pour pouvoir croire qu'ils ne seraient pas rompus le lendemain, et je laissai dans Hôüxter M. Gelh qui y commandait avec 1.500 hommes. 11 y est demeuré hier toute la journée assez tranquillement, mais la plus grande partie de l’armée des ennemis et le prince Ferdinand lui-même étant vis-à-vis de ce poste, pouvant par conséquent l’attaquer avec beaucoup d'artillerie et de troupes, et n’y ayant qu’un bac pour en retirer les 1.500 hommes, je les ai fait rentrer cette nuit, n'y laissant que 200 hommes », qui passèrent à leur tour aussitôt le premier mouvement des ennemis dessiné.

D'après les renseignements sur la marche du prince Ferdinand et de son neveu, Broglie craint d’être prévenu sur Dassel et Eimbeck; d'autre part s'il prend cette position, il découvre Gôttingen et sa ligne de communication. Il s’arrête à un parti intermédiaire; campant avec le gros à Dassel, il dirige de Vault, Belsunce et le comte de Lusace avec des forces considérables sur Eimbeck, place Chabo à Hegra et laisse à Neuhaus, sur le chemin d'Hôüxter à Uslar « vis-à-vis d'ici M. de Clausen avec 12 bataillons, deux régiments de dragons, Schonberg, Nassau cavalerie, les volontaires de St-Victor, ceux d’Austrasie et 300 hommes de piquets commandés par M. de Verteuil. 11 sera chargé d'éclairer les mouvements des ennemis après notre départ, de couvrir le chemin d'Uslar et la communication de Güttingen et de tâcher d’en entretenir une par les bois de Salaborg avec M. le comte de Stainville ». A ce dernier (1) qui avait reçu le commandement d'un corps de 20.000 hommes dans l'effectif desquels la division Levis

(1) Broglie à Stainville, Forstemberg, 20 août 1761. Archives de la Guerre.

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