LE PRINCE HÉRÉDITAIRE EST RAPPELE PAR FERDINAND
Broglie n'a dans cette situation d’auire parti à prendre que de m'attaquer dans ma, position, ou de reculer, ou d'engager le prince de Soubise à revenir promptement sur Lippstadt pour marcher à dos au prince héréditaire. S'il m'attaque, je me défendrai le mieux que je pourrai et, s’il recule, je le suivrai. Et j'espère que le prince de Soubise, n'ayant plus d’autres établissements de vivres qu'à Wesel et Dusseldorf, ne pourra point faire des mouvements fort rapides et que j'aurai par conséquent le temps de finir ici avec M. de Broglie. »
IL est intéressant de constater que Choiïiseul, dans sa correspondance (1), se place au même point de vue que Ferdinand : de préférence il souhaiterait une bataille : « Si vous perdez la bataille, je crois que le meilleur parti est de vous retirer sur Hôüxter, de préparer d’avance votre passage du Weser et gagner Gôüttingen afin de donner de nouvelles inquiétudes pour l'électorat d'Hanovre et être à portée par votre gauche de conserver la Hesse. En cas que le prince Ferdinand ne se mette pas en mesure de pouvoir être combattu, votre objet parait être, selon votre projet du 28, de le rejeter derrière le Weser et ce ne serait que dans ce cas où l’on pourrait songer au siège de Lippstadt, voilà le second point de vue. Le troisième est dans la supposition que le prince Ferdinand, attaché à la Westphalie, ne pût pas être forcé à l’abandonner et à repasser le Weser; alors vous projetiez selon votre lettre du 3 de ce mois de faire le siège d'Hameien, dont la conquête très difficile équivaudrait dans la circonstance où nous nous trouvons À la prise de Lippstadt, encore plus difficile à espérer. »
Ainsi que nous l'avons vu, Choiseul n'avait pas élé partisan du plan de Broglie, il ne s'y était rallié que contraint et forcé, aussi quand il fut en possession de
(1) Choiseul à Broglie, 21 août 1761. Archives de la Guerre.
la dépèche du maréchal annonçant le passage précipité du Weser, l’abandon d'Hüxter et les craintes pour la Hesse, on peut s’imaginer le mécontentement du ministre; il se traduisit par une lettre (1) des plus dures : « Le Roi n’a pas vu dans ces dernières lettres, non plus que dans la vôtre du 28 juillet, qui servait de base au \ plan de campagne, rien qui vous püt déterminer au À parti que vous avez pris. Je crois que de tous ceux qu’il y avait à prendre certainement c’est le plus mauvais, car sans combattre il nous est bien démontré que la campagne est manquée; d’après cette opinion, le Roi a borné ses ordres à vous mander que le point le plus essentiel à présent était de conserver votre communication avec Gôüttingen, je n'en suis pas inquiet (car je suis persuadé que nous apprendrons par le premier que vous vous êtes retiré sur cette place). Votre communication assurée, il vous reste deux objets à remplir, l’un de veiller à la conservation de la Hesse par votre gauche, l'autre par votre droite de faire autant de mal qu'il vous sera possible à l'Électorat d’Hanovre et d'en | retirer autant de ressources que vous le pourrez... (L Vraisemblablement le prince Ferdinand reviendra sur
Warburg et détachera le prince héréditaire pour faire revenir sur le Rhin l’armée de Soubise, en laissant Lückner pour protéger le pays d’Hanovre, ce qui sera suffisant. »
Suit une revue des opérations au cours de laquelle Choiseul a soin de souligner les échecs successifs et l'effondrement des prévisions : « Dans cet état de choses il est d'autant plus difficile au Roi de donner des ordres différents de ceux que je vous envoie que S. M. ne peut pas juger d'ici la possibilité de les exécuter. En effet, le Roi précédemment vous avait ordonné de faire
(1) Choiseul à Broglie, 28 août 1761. Archives de la Guerre. Cette dépêche fut interceptée par l'ennemi.