SOUBISE ET CHOISEUL
montra (1) pas la moindre velléité d'obtempérer. Pour entreprendre les sièges proposés, « il élait nécessaire qu'un événement heureux forçàt le prince Ferdinand à rester sur la rive droite du Weser et que M. le maréchal de Broglie prit une position à la rive gauche pour couvrir les sièges et assurer la tranquillité des troupes qui y seraient employées. Dans toute autre circonstance... il était téméraire d’oser commencer un siège et de risquer l'artillerie qui certainement, au moindre choc, serait tombée aux mains de l'ennemi, surtout dans une saison aussi avancée ». L'écrivain invoque la disette de vivres, le manque de fourrages, la difficulté des communications, pour ne pas s'écarter du Rhin de plus de # marches. Du reste, d'après les derniers avis, le détachement envoyé contre Brunswick a déjà 1ejoint la grande armée de Broglie et celui-ci annonce son intention de cantonner ses troupes derrière la Werra; « tout “anonce une fin de campagne peu éloignée. Je n'ai jamais prétendu, ajoute Soubise, repasser le Rhin avant le moment où M. le maréchal de Broglie me mandera qu'il va prendre ses quartiers ou du moins s'en approcher, mais je voulais éviter aux troupes qui doivent biverner dans le pays de Clèves une course peu utile, et que les mauvais chemins peuvent rendre fatigante. Au reste, je compte recevoir d'un moment à l’autre des nouvelles de M. le maréchal de Broglie et s'il croit pouvoir encore exécuter quelque entreprise, je chercherai à Le seconder. Demain, l'armée marchera entre Bockum et Essen. Je compte la mettre à couvert dans des cantonnements entre ces deux villes. Elle peut se rassembler en moins de six heures ». Deux jours après, le quartier général est à Essen. C'est de cette ville que le commandant de l’armée du Bas-Rhin annonce à Choïseul la fin de sa campagne : « La pluie
(1) Seubise à Choiseul, camp de Soer, 25 octobre 1761. Archives de la Guerre.
continue, les chemins deviennent presque impraticables. Je crois que tout le monde, amis et ennemis, va chercher à se metire à couvert. Les lettres du 31 octobre de l'armée de M. le maréchal de Broglie parlent @e la rareté des subsistances, et annoncent qu'elles seront épuisées vers le 10. Nous sommes à peu près portés à la même époque. Les dernières troupes repasseront le Rhin ie 16: la gendarmerie et la cavalerie auroni encore plusieurs jours de marche, pour arriver dans leurs quartiers; l'infanterie, se trouvant en première ligne, entrera tout de suite dans les garnisons destinées à chaque régiment, »
Quoi qu’en ait dit Soubise, une démonstration le sa part contre Munster ou Hamm n'eût pas été inutile. Pour le prouver, il suffira de rappeler les mouvements du prince héréditaire, Envoyé en Westphalie sur l'avis de la prise de Meppen et à la suite de craintes pour la sûreté de Munster, le jeune général, qu'avait précédé l’avantgarde de Rose, se mit en route le 10 octobre; il devait être rejoint par O'Heim, ne laisser à Lippstadt que la garnison indispensable et marcher à l'encontre de Soubise avec 28 bataillons, 29 escadrons et quelques irréguliers. Au reçu des nouvelles alarmantes de Brunswick. ces instructions furent modifiées Je 13 ; le prince, qui était déjà à Lippstadt, fut chargé de prendre le ccmmandement des troupes qui se réunissaient à Hildesheim et dans l’électorat de Hanovre ; Hardenberg, qui l'avait remplacé à Lippstadt, fut appelé à la grande armée qu'il rallia le 16 avec 12 bataülons et 22 escadrons; la garnison de Lippstadt avait été portée à 9 bataillons.
Si Soubise, au lieu de prolonger son séjour à Coesfeldt et de rester inactif à Borcken, se fût rapproché de la Lippe, il eût été difficile de rappeler le prince héréditaire et la plus grande partie de ses troupes sur la Weser et de les faire participer à opération contre Eimbeck. C'est à bon droit, ce nous semble, que l'ouvrage de l'é-