SUR LES CHAMPS DE BATUU.E
plus grand désordre, amenant dans la ville et dans ses environs les éléments les plus hétérogènes de l'empire ottoman, dont la présence, particulièrement celle des Albanais, déambulant par les rues, armés jusqu'aux dents, n'était rien moins que rassurante.
Pourtant, si l'on s'attendait peu au succès, personne ne croyait à une défaite aussi rapide ni aussi complète. On prévoyait une longue résistance facilitée par la configuration du terrain et par les guérillas des volontaires albanais.
Comment, se demandaient encore ceux qui avaient assisté à la mise sur pied de cette armée de 110,000 hommes, comment a-t-elle pu s'évanouir, s'évaporer en quelques heures?
Quand sous le feu de l'artillerie serbe les Turca se débandèrent, un grand nombre se dirigea vers Uskub, le reste s'éparpillant à droite et à gauche.
Le 25 au soir, sous la pluie, les premiers fuyards entraient en ville dans unétatlamentable, sans armes, apportant la nouvelle du désastre, et toute la nuit, et le lendemain, toute la journée, leur galopade affolée n'arrêta pas. C'était à qui trouverait une cachette et chacun s'empressait de quitter son uniforme pour se dissimuler plus facilement.
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Les soldats du train abandonnaient leurs voitures, les cavaliers, les officiers lâchaient leurs montures à travers la ville, pour courir vers la gare dans l'espoir d'y trouver un train en partance.
Dans cette débandade générale, Fethi pacha ne put rallier des trois corps d'armée de Koumanovo que 5 bataillons et -18 pièces d'artillerie. Sa première intention était de défendre Uskub ~ il l'indique dans son télégramme à Ali Riza pacha. — De fait, il s'opposa à la reddition de la ville comme le proposaient déjà les notables réunis par le vali Galib bey, mais, la nuit même, sans prévenir personne, il fuyait vers Tétovo, abandonnant ses troupes.
Galib bey demanda alors conseil au consul de Russie, qui l'engagea, vu les conditions où il se trouvait, à rendre la ville.
Cependant, soucieux de son devoir, le vali décida de quitter Uskub avant l'arrivée de l'armée serbe et de gagner une autre ville de sa province.
Il n'alla pas loin : au moment où il passait sur le pont du Vardar avec son secrétaire, un Albanais tua net ce dernier d'une balle destinée au vali; en hâte, il dut retourner au consulat de
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Cet unique coup de feu eut une répercussion inattendue. Un cri d'eflroi : e. Les Serbes I... Les Serbes!... » accueillit la détonation.
Bientôt, d'un bout à l'autre d'Uskub, c'est un sauve-qui-peut général, Toute la ville crie, court sans but. Quatre batteries qui se dirigent en bon ordre vers la gare entendent ce cri : « Les Serbes!.. . :i> Aussitôt, servants et conducteurs sautent à terre, coupent les traits des chevaux, les enfourchent et fuient... Trente-deux heures plus tard, l'armée serbe trouva ces IG canons, en pleine rue, à la place même où ils avaient été abandonnés !
Devant et dans la gare se trouvent quelques régiments en assez bon ordre; la panique les gagneaussi : « Les Serbes!... Les Serbes!... »
Ce seul cri suffit. Us jettent Fusils et munitions, et ces hommes, qui auraient pu faire une défense ou une retraite honorable, disparaissent à l'instant.
Leurs officiers eux-mêmes les incitent à partir... n'importe où...
— Allez-vous-en 1... leur disent-ils en fuyant eux-mêmes... Tout est fini... On n'a plus besoin de vous...
Les rues se sont emplies d'une foule affolée, houleuse. L'anarchie s'empare de la ville. Les
musulmans tremblent d'effroi. Les chrétiens apeurés se terrent. Les Albanais donnent le signal du pillage.
Les consulats sont envahis. On y héberge de tout, des chrétiens, des juifs et des musulmans, des femmes, des enfants, des soldats et même des officiers.
Bientôt i's sont bondés jusqu'aux greniers.
On tranfûrme les jardins en campements.
Le consul de France, M. Carlier, ne peut retenir son indignation. Un officier turc implore asile en lui tendant son sabre et trois revolvers. Un autre le supplie de lui laisser endosser les vêtements du « kavas » — garde du consulat — pour aller chercher sa femme. Un troisième lui tend la clef du dépôt de poudres et de munitions. Tous sont lamentables de peur. Les uns défaillent, les autres pleurent..»
Cependant le vali est toujours au consulat de Russie. Le corps consulaire s'y réunit et décide de le conduire à la gare, où un dernier train va partir pour Salonique.
Escorté par les représentants de Russie, de France, d'Autriche et d'Angleterre, Galib bey arrive au quai, envahi par une multitude de soldats et d'officiers.
Le train qui vient d'être formé entre lentement