‹ La guerre des BalkansChapitre 17 sur 35 · SUR LES CHAMPS DE BATAILLE · texte numérisé non relu

SUR LES CHAMPS DE BATAILLE

à reculons ; chacun s'y précipite dans un brouhaha de cris, de cliquetis de sabres et d'armes.

Soudain un commztndement a Halte ! » retentit en serbe.

Aussitôt chacun s'arrête, se tait et tremble... Les Serbes!

Ce n'est que le conducteur du train, un Macédonien d'origine serbe, qui a commandé au mécanicien d'arrêter.

Dès qu'on s'en rend compte, le vacarme reprend, les wagons sont pris d'assaut. On s'empile dans les compartiments, puis sur les marchepieds et sur les toits; les plus robustes repoussant les plus faibles pour prendre leur place, jusqu'à ce qu'enfin le train s'ébranle, emportant le vali et les fuyards.

L'avant-garde de l'armée serbe était encore à 30 kilomètres d'Uskub!

La nuit tombe et, à la faveur de l'obscurité, l'audace des pillards ne connaît plus de bornes. Alors, au milieu de -a panique générale, le consul de France, M. Carlier, organise des rondes avec quelques membres de la colonie française. Il parcourt les rues voisines. Il somme, armes en joue, les pillards d'abandonner leur butin, et ramène une tranquillité relative.

Le feu s'est déclaré dans un magasin d'habil-

lement contigu à un dépôt de munitions, dont l'explosion eût provoqué la destruction d'une partie de la ville.

Le dztnger est imminent, terrible. Le drogman du consulat, M. Dibrovolski, court à la reohercbe de volontaires pour éteindre cet incendie. Quelques tziganes sont occupés à piller la gare. Il n'y a pas à choisir. Sous la promesse de les laisser emporter leur butin, de la farine, il obUent leur aide et se rend maître du feu.

Le 26 octobre au matin, la situation continue à être des plus critiques. La population, terrifiée, attend avec impatience les troupes serbes.

L'ancien maire d'Uskub vient demander aux consuls de l'accompagner pour aller, en qualité de parlementaires, au-devant des vainqueurs, annoncer que la ville ne résistera pas et pour les prier de hâter leur entrée afin de rétablir l'ordre.

Précédés d'un drapeau blanc, à cheval et escortés de volontaires en armes, car une agression de la part des bandes albanaises est à cjaindre, les consuls, en unirorme, quittent la ville par la route de Koumanovo.

Après deux heures de marche sous une pluie battante, ils rencontrent enfin une patrouille d'avant-garde serbe.

lie sous-o£ficier qui la commande leur bande

StIB LKS CHAMPS DE BATiLILLB 99

les yeux et les conduit au quartier général. Là, le prince héritier Alexandre, avisé de leur venue, envoie aussitôt son automobile pour les amener en sa présence.

Le consul de Russie, en qualité de doyen, expose l'objet de la démarche de ses collègues et insiste pour que les troupes occupent la ville sans retard et mettent iin à l'anarchie qui y règne.

C'est ainsi que, sans lutte, à cinq heures de l'aprés-midi, l'armée serbe enti-ait à Uskub, saluée par les ovations délirantes de la population chrétienne.

Page 1