‹ La guerre des BalkansChapitre 20 sur 35 · LA BATAILLE DE MONASTIR · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE MONASTIR

Les Turcs, au cours de leur opiniâtre résistAncë autour de Prilepj avaient été commandés par Karâ Saïd padia.

Les autres généraux ottomans, Fethi pacha et Djavid pacha, réfugiés à Tetovo, après la prise d'Uskub, descendaient pendant ce temps, avec les débris de leurs corps d'armée, par Gostivar et Kitchevo, vers Monastir.

Sans s'arrêter dans cette ville, Djavid pacha marchait contre l'armée grecque (pii montait du sud. Il la rencontrait et lui infligeait une sanglante défaite à Balissa, s'emparant même de douze canons Schneider à tir rapide.

En apprenant le résultat de la bataille de Prilep, il envoya à Constantinople un télégramme dont voici la substance : < Les Serbes sont im-

120 LF.S VICTOIltES SliBBES

battables, nous ne pourrons rien contre eux. Je vous propose do ne pas les attendre à Monastir, mais de me lancer avec ce qui nous reste de troupes contre les armées grecques. >

La proposition de Djavid pacha ne fut pas acceptée. Que serait-il advenu s'il avait été écouté'.'

Le manque et le mauvais état des routes, la pluie et la neige ralentissaient beaucoup la marche des troupes et augmentaient la latigue des hommes et des animaux de trait. Aussi, les opérations subirent-elles un temps d'an-êt.

Ce n'est que le i3 novembre, dix jours après la bataille de Prilep, que la concentration commença pour l'attaque de l'ennemi, fortifié aux environs de Bîtul (Monastir), sur la rive droite de la Schemnitsa, et sur les côtes 1200 et 1450 dominant la rive gauche de cette rivière,

La division de la Morava, deuxième ban, de la troisième armée, renforcée d'un régiment d'infanterie, qui s'était avancée d'Uskub par Tetovo et Gostivar, après des marches forcées et un

DE UON&STin 121

combat très sérieux à Kitchevo, n'arriva que le 13 à la hauteur de la tête de la première armée, pour se mettre aux ordres de son commandant en chef, le prince héritier.

Le plan serbe consistait en une attaque concentrique, avec l'intention de couper la retraite à l'ennemi vers Florina et vers Ochrida.

Dans ce but, les divisions de la Morava et de la Drina, pre^nier ban, devaient prendre l'ofTensive de front ; la division du Danube, premier ban, par le village de Dobromir et le pont près de Novasti, sur la Tserna Recka, avait à s'approcher de Monaslir et à attaquer l'ennemi par le sud-est; la division indépendante de cavalerie, à l'extrême gauche, était chargée de reconnaître le terrain vers Florina, d'occuper la route Monastir-I'lorina et d'agir par le sud ; la division de la Morava, deuxième ban, avait l'ordre de tourner l'aile gauche turque (Djavid pacha) sur les côtes 1150, Prevanats, 912, pour lui couper la retraite vers Ochrida.

Le i5 novembre, l'armée serbe s'empara des côtes -1450, hauteurs d'Oblakovo, et 1200, et le i6, le n et le iS elle menait le combat contre les autres positions.

L'ennemi les défendit avec une extrême éner^ gie jusqu'au 17. Le 18, Djavid pacha, avec 25,000

LES VICTOIRKS SXRBZ3

à 30,000 hommes, essaya de percer la ligne serbe pour se retirer vers Ochrida, et effectua, dans ce but, attaques sur attaques.

La division de la Morava, deuxième ban, occupant un front très large, épuisée par se» combats acharnés et continuels, et presque sans artillerie par suite du débordement de la Schemnitsa, opposa à Djavid pacha une résist^ce surhumaine, avec l'aide partielle de la division de la Morava, premier ban.

Le i8, la division du Danube, premier ban, ayant réussi à traverser la plaine, malgré l'inondation de la Tsema Reka débordée, les TurM comprirent que toute résiatancB devenait inutile et lâchèrent pied.

Pendant la bataille, aux dilficultés du terrain s'ajoutèrent une pluie continuelle et un épais brouillard qui, dans la nuit du i8 au i9, permit à Djavid pacha de se retirer vers Florina et Ochrida. Les Turcs laissaient cependant 10,000 prisonniers aux mains de l'armée serbe.

Le 16 novembre, première journée de la bataille, j'avais télégraphié au Jour)ial : < J'ai

LA BATAiLU DK UONASTIR 123

assisté à des choses bien extraordinaires, à des exploits parfois surhumains depuis un mois, mais je ne crois pas qu'il soit possible d'imaginer une diiïiculté aussi colossale que celle qui barre la route de Monastir à l'armée serbe.

« Va-t-elle aujourd'hui se trouver arrêtée par un fléau inattendu au seuil de l'ultime victoire? Va-t-elle être immobilisée par cet t impossible » qu'elle ne connaît pas?

« Voici qu'une défense imprévue et redoutable protège Monastir : l'inondation.

« Des pluies torrentielles succédant aux tempêtes de neige ont grossi démesurément les cours d'eau nombreux et les rivières, et la vallée tout entière n'est plus qu'un lac immense. »

Pourtant, deux jours après cette dépêche je télégraphiais la prise de Monastir et la défaite des 90,000 hommes qui la défendaient : douze divisions incomplètes, soit 60,000 réguliers et 30,000 irréguliers, avec 80 canons (dont tes trois batteries de campagne prises aux Grecs par Djavid pacha).

L'armée turque, littéralement décimée, avait abandonné 70 canons et dans les arsenaux et les magasins de la ville, les Serbes avaient trouvé en outre 30,000 projectUes, 70,000 fusils et une masse énorme d'approvisionnement et de maté-

124 LE» VICTOIRES SERBEB

rie), mais près de 5,000 morts et blessés étaient la rouge rançon de leur victoire.

Les Turcs, retrouvant la légendaire bravoure et l'héroïque ténacité des défenseurs de Plevna, s'étaient battus pendant quatre jours et trois nuits, avec acharnement, et malgré sa complète et définitive défaite, le Croissant s'était entouré d'une glorieuse auréole.

Page 1