‹ La guerre des BalkansChapitre 21 sur 35 · LA BATAILLE DE UONÀSTIR · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE UONÀSTIR

Notes d'un vieux Volontaire.

Après la bataille de Koumanovo, le commandant d'une batterie, passant derrière ses pièces, félicitait ses hommes. Soudain il s'arrêta ;

Un vieillard était assis près d'un canon.

II se leva à son approche.

— Que fais-tu là? demanda l'officier.

— Voici mon fils, répondit le vieux Serbe, en désignant un canonnier. C'est lui qui charge la pièce.

— Mais tu pouvais te faire tuer !

— Qu'importe !.,. je suis si vieux... Je ne peux plus être soldat, mais je voulais voir mon sang se battre... Et aussi je voulais être près de mon fils s'il était tué !

Depuis la frontière, ce vieillard suivait ainsi la batterie.

Ces vieux Serbes, trop âgés pour être incorporés dans l'armée et qui néanmoins l'accompa-

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gnèrent, furent innombrables. Aussi, je ne saurais mieux faire, pour donner une idée de ce que fut la bataille de Monastir, que de reproduire quelques extraits des notes d'un autre vieilletrd, d'un autre père, un commerçant âgé de soixante ans passés, M. loka Lazarévitch, brasseur à Négotina, qui avait deux fils à la guerre. Il rejoignit au delà de Prilep son aîné, sous-lieutenant de réserve au 7^ régiment d'infanterie, et il accompagna, vieux volontaire, sa compagnie, la 3^ du 4« bataillon.

Arrivé le 15 novembre avec ce régiment devant Boudakovo, village turc incendié et en ruiiie, M. Lazarévitch décrit les difficultés inouïes qui entravaient les mouvements de l'artillerie sur les routes défoncées et boueuses. Déjà la bataille était engagée sur la rive droite de la « Tserna », d'où l'on entendait la canonnade.

e Nous ne nous mîmes en routa, écrit-il, que le 17 novembre, après la soupe, à 6 heures du matin, vers Radobar et Àdalarïtsé, parallèle^ ment à la rive gauche de la Tserna.

Nous étions hors de portée des batteries turques, mais toute la journée, à notre aile droite, le duel assourdissant de l'artillerie et de l'infanterie n'arrêta pas.

J'apercevais nos fantassins traverser la Schem-

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nitsa. Les ballons cotonneux créés par l'explosion des shrapnells, éclatant les uns à côté des autres, couvraient toute l'étendue des positions turques.

Cet amas de petits nuages blancs et ronds avançait comme un U'oupeau de moutons, grimpait les collines et se dirigeait lentement vers la droite, dans un grondement formidable. A midi, le vacarme des canons et des fusils était tel qu'on eût dit une effroyable éruption volcanique.

Sur tout le front du combat, d'une longueur de i5 à 20 kilomètres, la bataille faisait rage.

Vers 2 heures, notre régiment obliqua dans la direction de Novasti. Les batteries turques n'étaient plus qu'à cinq mille mètres. Nous entrions en pleine bataille.

Près de moi marchaient mon fils et le docteur Tchaïkanovitch. Une batterie qui avait dépassé notre front se hâtait d'aller prendre position à gauche du village.

L'atmosphère tremblait, secouée par la canonnade, la fusillade et le crépitement rythmé des mitrailleuses. Tout à coup, trois petits nuages apparurent, suivis presque aussitôt de trois détonations, et j'entendis la chanson des balles de shrapnells.

Mon cheval instinctivement s'était arrêté. Un

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shrapnell tomba près des attelages de ta batte- > rie, puis d'autres et encore d'autres.

— Ha]tel

Le régiment se déploya en tirailleurs de chaque côté de la route.

— Retourne en arrière, vers les ambulances, me dit mon fils en s'éloignant avec ses hommes vers la gauche.

Je restai, tenant mon cheval par la bride, n'ayant nulle envie de m'éloigner.

Les soldats, en files, se pressaient vers le village. Une légion de corbeaux et de pies s'élevùt par instant, s'éparpillait sur les îirbres rares et isolés et mêlait ses croassements à la clameur de la bataille.

Des buffles et des bœufs paissaient dans les marécages, indifférents à la canonnade et à la mitraille qui en avait tué quelques-uns; un grand buflle, la mâchoire brisée, pendante, rouge de sang, beuglait lamentablement...

Cependant le régiment continuait à avancer, atteignait déjà le village à la fois inondé et incendié.

A 3 heures, j'y entrais moi-même, mais ce ne fut que le soir, près des dernières maisons, que je retrouvai ma compagnie ; la nuit tombait; les hommes creusaient des tranchées.

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— Une bonne pioche de profondeur et de largeur! commandait une voix.

C'étedt celle de mon fils. 11 m'accueillit courroucé.

— Tu n'es donc pas resté avec les ambulances?

— J'accompagne ma compagnie ! répondis-je en souriant. Et puis, tu es bien ici, toi.

Mais comme il continu8tit à exhaler sa colère et ses reproches, je me tus, car, simple soldat, je n'avais pas à répliquer.

Sur un pont de pierre, à 300 mètres, la fusillade Msait rage.

Le voïvode (1) Voïn Popovitch avec ses tchetnitsîs (2) s'y battait et tentait de le traverser.

Cependant la canonnade s'étant arrêtée sur tout le front du combat, le !<"" bataillon profita de l'obscurité pour se glisser jusqu'au pont et derrière la berge élevée de la Tserna, il creusa, aussi profondément que possible, des tranchées pour y passer la nuit.

Le 3" bataillon, devant le village, campait égale-

(1) Chef de volontaires.

0) Volontaires, corpa de francs-tireurs.

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ment dans des tranchées déjà envahies par l'eau. .

Le 4» était en réserve dans les ruines du village, et le 2e en occupait la lisière.

En arrière des tranchées, des groupes de soldats entouraient de grands amas de cendre, restes de meules de foin et de paille brûlées, et tentaient de faire sécher leurs vêtements au feu qui couvait encore sous cette cendre.

Les officiers du 4* bataillon, abrités dans une étable en ruine devant un feu invisible du dehors, m'offrirent de partager leur abris. J'acceptai.

On parlait des opérations du lendemain. Le 7« régiment de^-ait marcher sur Monastir par la route de Novasti pour aider la division de la Morava et lui faciliter le passage de la Schemnitsa.

Cette route, large de 5 mètres, traversait la Tsema, profonde de 2 à 3 mètres, sur un pont de pierre ; ses deux côtes sur 1 kilomètre et demi étaient inondés, et outre trois mitrailleuses postées à un coude, deux batteries turques la commandaient à gauche et à droite de Lovogardi et pouvaient la balayer jusqu'à Novasti.

Personne ne dormit. Chacun était anxieux du lendemain.

Vers minuit, «ne pluie abondante ae mit à

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tomber, mettant [es soldats dans les tranchées entre deux eaux, et ne cessa qu'à l'aDbe, pcrni* foire place à un vent g-iacial.

Notre feu mourait. Lea officiers, les uns dans la crèche, les autres contre les murs, reposaient dans un demî-sommeiï.

A quelques mètres, dans l'étable même, des soldats entCFuraient un second feu sur lequel chantait une marmite. Ils causaient à voix basse. Araient-ils une idée de ce qui les attendait aa jour?

J'étais allongé strr la paille, tout habillé, les yeux grands oaverts, regardant à travers les trmis du toit, les étoiles s'éteindre une â une.

Prés de moi, contre le mur, j'apercevais la tête ébouriffée du docteur Tchaïkancrvitch et à ma gauche, adossés contre une poutre, mon fils et son capitaine.

Ils se taisaient, s'efforçant an sommeil. J'aurais vonhi que le jour ne vînt jamais!

— Mon Dieu! pensais-Je, seront-ils encore virants demain ?

Mes yeux s'embrumaient en regardant mon fifs «t je voyais déjà la route où nous devions passer jonchée de Messes et de morts!...

Mes TéStrions furent interrompues par un coup de canon.

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Nous nous élançâmes tous dehors. La fusillade commençait. Krr... krr... entonnaient les mitrailleuses, et pièce par pièce les batteries se mirent de la partie.

Sur tout le front le combat s'engi^eait furieusement, présageant une journée sanglante. Le temps était clair, l'horizon pur. Les retranchements turcs s'apercevaient à l'œil nu.

Mon cheval sellé, je gagnai la sortie du village. A 200 mètres, notre artillerie était abritée, derrière une hauteur où s'élevait une petite église en pierre entourée d'un cimetière.

Je me dirigeais vers elle ; au momeut où, quittant le village, je traversais un profond marais, un sous-officier, dissimulé derrière un saule d'où il observait le tir contre les positions turques, m'apostropha :

— Prenez le galop, me cria-t-il, car les Turcs, dès qu'ils vous apercevront, tireront sur vous.

J'excitais mon cheval, mais eiténué de fatigue, aifaibli par la mauvaise nourriture, il ne voulait plus entendre parler de galop et tentait seulement quelque chose qui ressemblait vaguement à un trot.

Il me semblait qu'il piétinait sans avancer.

Trois shrapnells qui éclatèrent à quelques mètres ne lui donnèrent même pas l'envie d'accélérer

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son allure. Ces 200 mètres à franchir me parurent durer une éternité.

Enfin j'atteignis l'artillerie. Elle avait pour objectif les positions turques à droite du pont.

— Quatre mille trois cent cinquante... correcteur trois!... deux à droite... feu par pièce de droite à gauche ! criait le commandant.

Et un instant après, quatre détonations successives secouaient l'atmosphère et quatre petits nuages blancs apparaissaient au-dessus des positions turques.

— Bonne direction... Trop long... fit le commandant.

4 Quatre mille trois cents... correcteur... » L'objectif fut atteint à la distance de quatre mille deux cinquante mètres, et, par coups isolés, puis par salves, nos obus se mirent à pleuvoir sur lui.

Le capitaine Vanlitch, ses gros canons de siège chargés, examinait la distance à l'aide d'une jumelle, puis feuilletant un hvret remph de chiffres...

— Seize minutes vingt-deux secondes... temps: quatre mille deux cent cinquante... feul

Une détonation formidable à briser les oreilles éclata. Et tandis que le colossal canon se cabrait comme un cheval, que le sol tremblait et que le

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plâtre de l'église a'eOritait, le projectile rooSa au-dessus de la plaine.

— Deuxième pièce... feu ! là même tempête se reproduisit.

l^s Turcs eux aussi cbercliaieot la distance de DOS batteries, mais leurs sbrapoells nous dépassaient ou tombaient devant nous sans résultat.

Seul, un éclat arracha Ja poignée de culasse de la quatrième pièce, sans lui causer d'autre dommage.

Il était midi. J'étais si occupé du tir de nos canons que j'oubliais le terrible duel qui se livrait à notre aile droite.

Là cependant cent cinquante pièces tonnaient de part et d'autre, au milieu du roulement de la fusillade.

C'était un gigantesque ouragan oiî s'aperi»vaient les flammes sortant de la gueule des canons, les nuages blancs des shrapnells et les immenses gerbes de terre et de boue soulevées par l'éclatement des obus.

Au milieu de cette tempête de fer et de feu j'apercevais distinctement nos troupes en longues files avançant les unes après les autres, tandis que l'ennemi reculait.

En même temps, vers 2 heures de l'aprèsmidi, je vis dans la plaine inondée à perte de

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vue les lignes de tirailleurs du 1" bataillon qui marchaient dans l'eau jusqu'à mi-corps, tenant leur fusil en l'air, à bout de bras.

Sur la route, le 3^ bataillon avançait parallèlement par groupes de cinq liommes, à vingt pas les uns des autres.

Anxieux, je me demandais ce qui allait se pîisser. La position de ces fantassins, surtout sur la route, était terrible. Les batteries turques avaient devant le pont 50 mètres pour la balayer. Elles se taisaient, attendant.

Les premiers groupes avaient déjà parcouru la moitié de cette distance quand trois canons tonnèrent et ces groupes disparurent dans l'explosion des sbrapnells.

Quand la fumée fut dissipée, notre infanterie avançait toujours, imperturbable, mais des blessés, lentement, retournaient en arrière. D'autres, plus gravement atteints, et des morts, gisaient sur la route.

Les salves se renouvelèrent; nos hommes continuaient à marcher en silence, le fusil à la main, sans tirer.

— Vive l'infanterie I hurla le commandant en ordonnant à ses canonniers : a Feu continu par salves! t

Dans l'eau, la chaîne des tirailleurs progrès-

sait également, malgré le feu d'îirtillerie effroyable. Enfin, les premiers rangs atteignirent le pont. 11 était éventré, infranchissable...

Alors des sapeurs du génie accoururent à leur tour, portant des madriers, des poutres, tandis que l'infanterie se tenait immobile. Leurs premières escouades arrivaient quand, au milieu d'elles, un premier sbrapnell éclata. En trente minutes, le 3» bataillon eut 163 blessés et 47 morts !

Au milieu du vacarme, du fracas de l'artillerie, je bouillais d'inquiétude et d'énervement. J'en avais oublié mon fils. Il devait être là, en plein danger, et je n'y étais pas !

Je me mis à fouiller la route avec ma jumelle, croyant reconnaître mon « Branko » — diminutif de Branislaw — dans chaque soldat de grande taille, puis, ne pouvant pas supporter mon incertitude plus longtemps, je sautai sur mon cheval.

Les soldats, couchés dans les tranchées, me criaient : « Plus vite, mon oncle! » mais je continuais à ne pas me presser, car je savais l'artillerie turque occupée à défendre le pont et parce que mon cheval s'y refusait...

Un détachement de soldats occupait un jardin près du village. Je leur demandai de quelle compagnie ils étaient.

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— 3e du 4e bataillon, me répondirent-ils.

Je respirai. C'était la compagnie de mon fils.

i9 novembre. — Vers 7 heures, le prince Georges passe à cheval, se dirigeant vers Monastir.

— Les Turcs sont en fuite I nous annonce-t-il. Je monte à cheval et m'avance vers le pont où

hier le 3" bataillon avfdt été si éprouvé. Le spectacle de la route sur ses derniers cinquante mètres est effrayant.

Partout du sang caillé et, éparpillés dans la boue, des sacs, des ceinturons, des fusils, des baïonnettes, des cartouchières, des bidons et des gourdes défoncés et troués.

A droite du pont, placés côte à côte, une trentaine de cadavres, les mains crispées, les bras repliés comme en un dernier geste de défense, soiit étendus.

A gauche, d'autres cadavres encore ; l'un d'eux n'a plus de crâne, sa cervelle encore fraîche est sur l'herbe, à trois mètres...

Partout... partout du sangl

Je descends de cheval, m'eflorçant de ne point marcher dans ce sang dont chaque flaque représente une vie éteinte. Mon émotion est telle que je ne peux retenir mes larmes.

En l'absence de ceux qui, à la maison, ignorent que ceux qu'ils aiment sont étendus ici, sur cette route, mes larmes et mes sanglots leur diseut le deruier adieu...

Cependant, le 7" régiment arrive. Un petit soldat sort des rangs et se précipite sur le tas des morts. Il vient de reconnaître son frère.

Sa compagnie s'arrête un moment. I,e3 visages rudes, barbus, se crispent, quelques yeus s'embuent, mais un commandement retentit : s: Na< pred! En avant!... »

Et le frère du mort, secoué de sanglots, rentre dans le rang, e

LA BklULLE SB HONASTIB

La TrAverBéa de la <c Rt-ridre Noire ».

La traversée terrible et meurtrière de la Rivière Noire, la Tserna, et de la plaine inondée mérite d'être racontée en quelques lignes.

Tout vêtus, sous la bise, sous les balles et les shrapnells, les soldats serbes entrèrent dans l'eau glacée, se tenant par les mains pour résister à la violence du courant et plongeant pour se redresser ensuite, chaque fois qu'un obus éclatait audessus de leurs têtes. Et le nombre des morts doit d'être si élevé dans cette bataille à ce que la plupart des blessés, même ceux qui ne l'étaient que légèrement, moururent noyés, roulés par le flot qui leur montait jusqu'à la poitrine.

Djavid pacha, le héros de la résistance turque eo Macédoine, ne put retenir son enthousiasme, et il l'exprima, paraît-il, avec une rudesse toute militaire :

— Ce ne sont pas des hommes, ces gens-là !... s'écria-t-il, ce sont des canards I

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Voici le récit qu'a fait de cette traversée un jeune sous-lieutenant qui re0ectua à la tête de ses hommes du 17» régiment :

(L Près de nous était un pont qui aurait facilité notre passage; mais, balayé par plusieurs mitrail* leuses, il était impraticable.

<t Devant ma compagnie, dans l'eau jusqu'à la ceinture, j'avançais, tâtant avec mon sabre la profondeur.

( Soudain mon sabre, ma main, mon bras s'enfoncèrent. Je ne sentais plus le fond. J'étais au bord d'un gouffre.

« J'y postai un soldat avec la consigne de ne laisser approcher aucun de ses camarades, et obliquant à droite, j'allai un peu plus loin, suivi de mes hommes.

fl Les Turcs tiraient furieusement. Cependant nous avancions toujours, luttant contre trois obstacles : le froid, le courant et le feu meurtrier de l'ennemi.

c De combien de scènes cruelles fus-je le témoin impuissant!

« Un homme reçoit une balle qui lui brise l'épaule. Il se sent défaillir. Il a de l'eau jusqu'à la poitrine.

« Devant lui, un camarade se démène dans un trou plus profond encore. Le blessé veut s'accro-

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cher à lui, mais celui-ci, craignant d'être noyé, le repousse.

« Le malheureux s'affaisse alors et disparait dans l'eau boueuse. Seule sa < chaïkatcha > (bonnet de police) flotte et s'éloigne, emportée par le courant.

t Trois autres, légèrement blessés, se noyèrent ainsi sous mes yeux. Impossible de les secourir, chacun s'occupait de préserver sa propre vie.

« Cependant le régiment réussit à passer...

Ruisselants d'eau, sous un froid mortel, les hommes s'élancèrent à la baïonnette et prirent d'assaut la batterie ennemie qui les avait mitraillés. »

LBS VICTOIRU SERBES

L'Assaut des hauteurs cTOttUkovo.

La prise, pois la défense des hauteurs cfC^lakoTO (l.'iôO mètres) fut certainement l'épisode le plus important de ta bataille de Monastir.

Tandis que la première armée descendait d6 Prilep vers Monastir par la rive gauche de la Tserna, la division de la Morava, deuxième ban, reiilbrcée d'un quatrième régiment, s'avançait, je l'ai dit, parallèlement sur l'autre rive, venant de Kitchevo.

Après deux jours de combats et de marches forcées, sous une pluie diluvienne, ces réservistes, qui n'avaient plus à manger que les dernières ci'oùtes de pain conservées au fond de leurs sacs, traversèrent en pleine nuit la Schemnitsa gonflée et fougueuse et, ruisselants d'eau, grimpèrent jusqu'à minuit à travers roches et broussailles.

Un régiment, 4,000 hommes, commandé par le lieutenant-colonel Vasitch, avait l'ordre de

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