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LA BATAILLE DE UONASTIR

s'emparer de cette redoutable position. L'assaut était fixé à 3 heures du matin. Aucun signal ne devait être donné, aussi chacun avait-il soigneusem^it réglé sa niontre.

Trois bataillons devaient former la ligne d'attaque, le quatrième constituait la réserve, deux compagnies à chaque extrémité de la ligne d'attaque, immédiatement derrière les premiers combattants.

La concentration, qui s'effectua en pleine obscurité et sous les premiers retranchements de l'ennemi, fut particulièrement difficile pour Pàile droite, car la position d'où elle devait s'élancer était séparée du centre par une vallée abrupte (font il fallut franchir les pentes à 200 mètres et, par endroits même, à iOO mètres seulement des avant-postes turcs.

Seul nn sentier permettait d'y atteindre. Les six compagnies durent y passer homme par homme, et, malgré la plus grande attention, les éboulements de pierres, les bruits de la marche et des armes cognant contre les roches, ta toux des soldats et quelques exclamations impossibles à éviter donnaient l'alarme aux avantpostes ennemis, dont le feu obligeait la troupe à s'immobiliser.

Le temps passait. L'heure de l'attaque appro-

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chait; aussi les dernières compagnies durentelles se hâter sans se préoccuper de cette fusillade.

 peine avaient-elles gagné leurs places de combat qu'un formidable « hourrahl » retentissait. L'attaque commençait.

Les hauteurs d'Oblakovo comprenaient une succession de plates-formes sur chacune desquelles les Turcs s'élîdent fortement retranchés.

Les deux premières furent rapidement enlevées au pas de charge, sans même prendre le temps de tirer; mais de la troisième, tout illuminée de flammes par les coups de fusils, une eflroyable grêle de balles se mit à tomber.

La moitié de la pente était gravie, et l'aurore survenant ne permettîiit plus d'avancer sans répondre à cette fusillade.

Soudain, avec le jour, l'artillerie turque ouvrit à son tour le feu, puis, brusquement, de nouveaux projectiles arrivèrent par la droite, d'où un détachement ennemi tentait de tourner le flanc serbe.

Le tir, en quelques secondes, devint si meurtrier qu'un flottement se dessinait, quand, dominant le tumulte, les trompettes sonnèrent la charge.

Dans un même mouvement, les Serbes s'élan-

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cèrent alors, tandis qu'une section de mitrailleuses, fauchant le détachement turc, l'obligeait à se retirer précipitamment, en abandonnant de nombreux morts et blessés.

Et bientôt de nouveaux et irigoureux hourrahs marquèrent la prise de la troisième plate-forme, suivie presque immédiatement de l'occupation de la quatrième.

Midi approchait. Le combat continuait, la fati{iue était extrême, les pertes énormes, mais personne, dans l'énervement de la lutte, n'y faisait attention. Les Turcs reculaient, se retiraient sur la dernière hauteur. Alors, dans un dernier et prodigieux elTort, les Serbes, fonçant une nouvelle fois en avant, s'accrochant aux broussailles, aux aspérités des roches, se rendirent maîtres de la crête... puis, exténués, à bout de forces, Us se jetèrent sur le sol et dormirent!...

Pendant cette série d'assauts successifs, maints corps à corps s'étaient produits, héroïques, acharnés de part et d'autre.

Dans une tranchée, debout, indiflérent aux balles, un vieil officier turc, son long porte-cigarette aux lèvres, défiait les assaillants. Quand ses hommes lâchèrent pied, tournant son revolver contre eux, il abattit lui-même ces fuyards et se donna la mort plutôt que de se rendre.

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Partout des cadavres turcs gisaient en groupes au milieu des munitions, des fusils, des tentes et des outils.

Isolés, sans canons, sur cette hauteur, les vain* queurs durent s'y fortifier en prévision d'une contre-attaque qui ne se fit pas attendre, car, tandis que, malgré leur faUgue, ils creusaient de nouvelles tranchées, les premiers scbrapnells commencèrent à éclater sur leurs têtes.

La pluie traversait les tentes, inondait le sol. Aussi fut-ce une nouvelle nuit blanche, et le jour trouva encore une fois tout le monde éveillé.

Dès la prise de la position, le commandant Vasitch avait demandé d'urgence des troupes fraîches et surtout du canon au colonel Neditch, commandant en chef de la division.

Les Turcs recevaient renforts sur renforts. Le deuxième jour ils avaient seize bataillons, et le troisième ils devaient en avoir trente, contre les quatorze que les deux colonnes de la division pouvaient leur opposer.

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Leurs projectiles arrivaient de toutes les directions à la fois. Les compagnies envoyées de la crête pour renforcer les troupes dans les tran> chées, à peine éloignées de 150 mètres des positions turques, étaient littéralement couvertes d'un nuage de shrapnells.

Trempés, harassés, grelottants de froid et de fièvre, les hommes supportèrent cet effroyable feu sans faiblir.

Décimés, sans artillerie, ils résistèrent à toutes les attaques, car chacun comprenait que reculer et abandonner ces hauteurs c'était compromettra la situation de toute l'armée.

La lutte continua jusqu'au soir, et tandis que l'intensité du feu diminuait, la nuit tomba sur les vivants, les blessés et les morts. La quatrième journée se terminait encore à l'avantage des Serbes.

Les officiers des premières tranchées proposèrent de prendre d'assaut les retranchements turcs la nuit même, déclarant impossible de continuer à se Imttre longtemps sous leur menace si rapprochée.

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D'autre part, on craignait une surprise nocturne; aussi, vers minuit, un renfort de trois bataillons de troupes fraîches étant arrivé, le commandait Vasitch décida-t-il de reprendre l'offensive.

Les nouvelles troupes partirent pleines d'ardeur. Le brouillard et une résistance acharnée les obligeaient bientôt à se replier dans les retranctiements, où leurs camarades, qui, depuis quatre jours, s'étaient battus sans trêve, passaient la nuit, transis de froid et sans nourriture, dans la Iwua et dans l'eau.

Il fallut un vigoureux effort de la part des officiers pour ranimer le courage des hommes, car les Turcs, devinant sans doute leur lassitude, chargeaient à leur tour avec toutes leurs forces.

Un nouveau combat s'engagea, plus furieux, plus redoutable encore que les précédents. Dans le brouillard qui tantôt se levait et tantôt retombait plus épais, la fusillade et les mitrailleuses faisaient rage.

Les morts s'entassaient dans les tranchées. Les blessés se traînaient dans la boue, voulant s'éloigner de ce massacre, et tombaient définitivement, atteints hors des abris par de nouveaux projectiles.

Des cadavres gisaient la tête enfouie dans la

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boue liquide, d'autres étaient étendus sur les remblais, repliés sur le ventre, sur le dos, dans toutes les positions.

Les vivants, insoucieux de la mort, quittaient les tranchées pour viser plus commodément. Us ne sentaient plus le Troid, ni la Faim, ni la fatigue.

A ÏO heures du matin, l'attaque des Turcs était repoussée. Vers raidi, leurs premières troupes reculaient en désordre.

La grande bataille de Monastir était gagnée.

La lutte sur les hauteurs d'Oblakovo avait duré ciïiq jours et quatre nuits.

Exténué, abattu par la fièvre, le commandant Vasitch grelottait sous sa tente. Son régiment, depuis l'affaire de Merdaré jusqu'à la fm du combat d'Oblakovo, avait perdu 1,500 morts et blessés, et plusieurs centaines d'hommes, les jambes enHées, durent être transportés d'urgence aux ambulances.

Profitant de la nuit, les Turcs abandonnaient leurs derniers retranchements et descendaient en masse vers l'ouest, où l'armée serbe les fie prilonniers.

Seul, l'héroïque Djavid pacha réussissait à sauver quelques troupes dans la débâcle ûnale et se retirait en bon ordre sur Resna.

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