I.E siâOB p'amdiiihopli
beaucoup plus grand, les Bulgares n'ont que 75 canons de siège, et quels canons! Â part une douzaine d'obusiers modernes de 15 centimètres, système Schneider, la plupart sont d'anciennes bouches à feu prises aux Turcs par les Russes au cours de la guerre de 1877-78, à Nicopole. Ces pièces emploient la vieille poudre noire, sont de faibleportée et d'une précision problématique. Quelques autres, un peu meilleures, mais encore de valeur secondaire, ont été envoyées de Sébastopol.
Vieux canons ! vieilles cartouches ! Les munitions, d'ailleurs en quemtité insuffisante, sont en rapport avec ce piètre matériel : anciens shrapnells aux fusées graduées seulement jusqu'à 3,600 mètres, la plupart du calibre de 12 centimètres 1
Cette artillerie presque tout entière est massée sur le secteur est, et le général Ivanof a poussé l'imprudence jusqu'à démunir de pièces de siège les secteurs serbes de l'ouest et du nord-ouest.
Ce dernier secteur, depuis la reprise des hostilités, ne possède que deux pièces de 12 centimètres, modèle 1897, du Creusot, et le secteur ouest, où nous recevons les gros projectiles de 15 et de 21 cenUmètres des canons Krupp, des forts Marasch, Karagath et Kazan-Tépé, n'a pour ré-
SABBS
pondre que six petites batteries de campagne de 75 millimètres.
Certes, ces petits canons Schneider sont merveilleux, mais ils ne peuvent guère tirer au delà de cinq kOomètres, et stoïquement nous recevons sans répondre ces grands obus allemands, que nous lancent des forts éloignés de 7, 8 et 9 kilomètres.
Notre seule ressource est de canonner les tranchées de l'infanterie turque devant Papaz- Tépé, où, grâce à la précision de notre tir, nous faisons de terribles ravages. Les forts turcs, ne pouvant arriver à réduire au silence nos batteries masquées et bien protégées, ont pris le parti de ne plus les bombarder, et, dans un accord tacite, nous avons cessé de mitrailler leur infanterie.
Je ne puis comprendre non plus comment les Bulgares n'ont pas profité de l'armistice pour se mieux armer. Aussi sont-ils obligés aujourd'hui, en dépit de leur désir de vaincre la résistance de Choukri pacha sans l'aide de nouveaux renforts serbes, de demander à leurs alliés d'amener leurs gros canons de siège.
Dès la rupture de l'armistice, le général Ivanof avait ouvert les hostilités par un ordre déclarant que a. le bombardement durerait jour et
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nuit et ne cesserait qu'avec la capitulation d'Andrinople ! »
Après ce que je viens d'exposer, on comprend aisément que cetta bruyante canonnade, qui cessa dès le troisième jour, ne produisit pas grands effets.
Tout au plus pouvait-on espérer, par sa continuité, harasser la population et les troupes, en leur enlevant tout repos et, la famine aidant, amener Choukri pacha à capituler. Cependant il n'est pas douteux qu'on se rende fort bien compte à Andrinople de l'effet nul d'un tel bombardement.
A part l'investissement réel et complet de la ville, tout ce bruit et toute cette pluie de fer et de feu ne sont que du « bluff », et si l'appoint de canons serbes n'arrivait pas, le siège pourrait durer longtemps encore.
Toute ville fortifiée se compose d'une enceinte et d'une ligne de forts. Or ces forts : Marasch, Karagatch, Demerdech, Bosniakiou, Malausfort, Arnaoutké, Ajvas-Baba, Chaïtanterlé, Kazan-Tépé sont encore aux medns des Turcs, bien qu'à plusieurs reprises on ait annoncé à Sofia leur prise, et l'armée serbo-bulgare, aux points où elle en est le plus rapprochée, campe à 7 kilomètres de leur ceinture.
SS4 lis VICTOIUS SERBES
C'est dire combien, en attendant l'arrivée de l'artillerie serbe, Choukri pacha, très en sûreté, peut dormir tranquille !
De l'avis des ofticiers compétents, une place forte de cette importance devait avoir au moins pour six mois de vivres et nous ne sommes encore qu'au quatrième moisi
Et je dois ici dévoiler la chose la plus extraordinaire, ta plus incroyable : Tandis que les 50,000 Serbes sont ravitaillés directement par la Serbie et à ses frais, non seulement la Bulgarie ne nourrit pas ceux qui sont venus l'aider ici, à 700 kilomètres de Belgrade, mais l'armée du général Ivanof manque de munitions et même de vivres.
Depuis le H février, la ration quotidienne de viande a été réduite, pour les soldats bulgares, de 300 à 150 grammes.
Si, dans cette circonstance, la Bulgarie ne faisait pas appel à la Serbie, je me demande qui, de Choukri pacha ou du général Ivanol, serait le premier réduit à la famine 1
Et je comprends pourquoi l'état-major bulgare a refusé d'accueillir les attachés militaires étrangers et les correspondants de guerre.
Je n'en Unirais pas si je voulais énumérer les faiblesses de son armée de siège. Sa cavalerie?
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ce sont les régiments de cavalerie serbe du Danube et du Timoc qui lui en tiennent lieu. Des projecteurs? seuls les secteurs serbes en possèdent. Son service sanitaire? autant dire qu'il est inexistant.
us VICTOIRES SBRBU
Volontaire serbe.
Je suis devenu canonnier au 3« régiment d'artillerie serbe. Grâce à mon uniforme, je ne crains plus la rencontre des ofticiers bulgares. Aussi, continuant mon exploration, j'ai traversé, hier soir, la Maritsa vers le village de Kemal. Je me trouvais ainsi sur le secteur nord-ouest occupé par la division serbe du Timoc.
La nuit venue, j'eus beau écarquiller les yeui, tendre l'oreille, je n'aperçus pas le moindre sbrapnell et n'entendis aucune détonation.
Je m'étais donc allongé dans une casemate abandonnée et depuis longtemps j'étais parti au pays des songes, lorsque soudain je fus fort désagréablement réveillé. Il était 4 h. i/é du matin.
De violentes explosions retentissaient toutes proches parmi le roulement lointain des grosses batteries turques en pleine action.
Une patrouille, qui venait de lancer des
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bombes dans les tranchées turques de Kazan- Tépé, était cause de cette bruyante canonnade qui dura jusqu'à 7 heures du matin, sans causer de dommages appréciables.
i4 février. — Aujourd'hui, sur le secteur ouest, une fourmilière bouleverse la cdline. Ce sont des fantassins qui, en longues lignes, creusent de nouveaux retranchements.
Le froid pique, mais les chansons scandent tes coups de pioche et les pelletées de terre, car le soldat serbe est toujours gai. Seule l'inaction où le quartier général bulgare le force à demeurer lui pèse.
Il n'a qu'un désir, faire à Ândrinople ce qu'il a fait à Monastir : profiter de la nuit pour avancer, cent mètres par cent mètres, jusqu'aux positions ennemies, jusqu'aux forts qu'on dit pourtant si redoutables, et, coûte que coûte, les emporter d'assaut.
— Bonne nouvelle ! me dit un des officiers.
>" Cboukri pacha capitule ?
— Paa encore, mais c'est tout comme, car nos obusiers' et nos grosses pièces de siège Schuei-
der-Creusot viennent d'arriver à Mustapha-Pacha.
Pas de bombardement sérieux aujourd'hui jusqu'à l'heure où je griffonne ces lignes — 4 heures après midi. — J'en profite profite pour dégourdir mes jambes un peu ankylosées depuis que je loge dans le royaume des taupes...
5 heures. — Mes frères, les canonniers du commandant Lazarévitch, mangeaient leur soupe, chaque groupe de servant derrière sa pièce, quand soudain du cAté turc jaillissent de brusques éclairs : Boum!... Bouml...
C'est l'artillerie de campagne de Papaz-Tépé qui bombarbe à courte distance notre infanterie, au bas de la pente où précisément je viens de m'airêter,
Brr!... ça c barde » terriblement, comme on dirait chez nous. Cette fois, c'est le gros baptême que je reçois. Ce n'est plus seulement le sifflement des balles, mais le ronronnement des mines volantes qui tout à coup éclatent brutalement
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sur nos tètes. Obus et sbrapnells tombent, détonnent autour de moi; leurs petites balles de plomb pleuvent partout, et je trouve que cela n'a rien de réjouissant.
Comme on doit être bien là-bas, à Paris, dans la salle de rédaction !
Je remonte en hâte vers l'artillerie. 'ï)élaissant le rata, chaque canonnier a couru prendre sa position de combat autour de son canon. Il n'y a pas eu besoin d'ordre pour que les gamelles qui refroidissent dans le vent glacé soient abandonnées.
Mais déjà la canonnade ennemie diminue d'intensité; bientôt elle se tait.
Le capitaine Bogdanovitcb m'appelle. Penché vers le sol, il ramasse les petites balles rondes en plomb d'un shrapnell qui a éclaté à une dizaine de mètres. Je l'imite. Ces balles sont tombées au milieu de fleurettes délicates et dorées qui ont survécu aui récentes gelées. Je les cueille. On les appelle en serbe i petite âme ».
15 février. — Le temps printanier dont j'étais gratitié les premiers jours de mon arrivée a fait place à un froid intense. L'hiver est revenu et toute cette nuit la neige est tombée en rafale.
Choukri pacha en a profité pour tenter un
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nouvelle sortie contre le secteur bulgare sudest, notre voisin.
Cette attaque s'est brisée, comme les précédentes, contre le mur inébranlable de l'inf^tena bulgare, mais la répétition de ces tentatives prouve que les Turcs n'ont pas perdu leur énei^ie et que les troupes sont toujours bien dans la main de leurs officiers.
L'armée serbo-bulgare, rassurée par la tourmente de neige, s'était endormie paisiblement et les deux tiers de la nuit s'étaient écoulés quand soudain, à 3 h. 1/4 du matin, les canons et les fusils tonnèrent et crépitèrent. Les Turcs attaquaient la division de la Toundja sur son front entier.
Surprises, les lignes bulgares restèrent quelques minutes sans répondre, mais leur hésitation fut de courte durée et les salves de son infanterie, puis le feu des canons, batterie par batterie, répondit bientôt à celui des assaillants.
La tempête de neige était tellement épaisse que, malgré la faible distance, je ne distinguais rien. Seul le vacarme de ce duel violent m'arrivait dans les sautes de vent par alternances tantôt faibles, tantôt fortes, et me donnait l'impression de me trouver sur une grève où seraient venues se briser les vagues d'une mer en furie.
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Le combat, acharné de part et d'autre, dura plus de deux heures. Quelques shrapnetls que je ■vis exploser me semblèrent tomber avec précision sur les lignes bulgares.
C'étaient le fort de Karagatch et les batteries des canons de campagne et d'obusiers de Tchérékeuil qui soutenaient l'attaque de l'infanterie turque.
Cependant, comme la mer qui se retire, le combat peu à peu s'éloignait. Vers 5 heures, la lutte continuait seulement à l'aile droite du secteur bulgare et à 5 h. 1/2 elle s'arrêtait complètement.
LtS VICTOIRES URBES
Les Renforts d'artillerie.
Le ciel est redeveDu bleu et le soleil inonde de lumière la neige éblouissante, mais le vent des Balkans soufQe violent et le froid est extrême.
Dans les tranchées, les soldats emmitouflés dans leurs capotes et dans leurs bachlik sont littéralement gelés; moi-même, dans le même accoutrement, j'ai le nez rouge comme braise et les yeux larmoyants.
Cependant on travaille ferme. On creuse la terre durcie, on élève des épaulements, car cette nuit îirriveront de Serbie les grands canons Schneider-Creusot, et le véritable bombardement des forts et d'Andrinople pourra enfin commencer.
Une fois encore l'artillerie française va se mesurer contre l'artillerie allemande et, à entendre les officiers serbes qui l'ont vue à l'œuvre en Macédoine, le résultat n'est pas douteux. Les forts, malgré leurs protections et leurs gros canons, seront bientôt réduits au silence.
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i6 février. — Une partie des renforts d'artillerie lourde est arrivée. Comme les travaux de terrassement me l'indiquaient, les pièces sont réparties sur le secteur bulgare du sud-est et sur les secteurs serbes de l'ouest et du nordouest.
Pour gagner leurs positions, les gros canons attendirent la nuit. Il leur fallait, en effet, traverser le plateau sans être vus par les forts turcs^ pour atteindre les plis de terrain d'où ils les attaqueront par un tir indirect.
Débarquée à la station du capitaine Âdrew, chaque pièce s'ébranla sous le lent mais puissant eflort de huit bœufs attelés par paires, et bientôt j'assistai dans la nuit glaciale à d'étranges et silencieux cortèges.
Derrière les canons, encapuchonnés comme leurs servants, venaient, également traînés par des bœufs et des bulïïes, les caissons de munitions, les fourgons contenant des gabions, des fascines, des poutres et le matériel et les outils nécessaires pour l'édification des épaulements.
Sans lumière, presque sans bruit, canons, caissons et fourgons grimpèrent les monticules, dévalèrent le long des pentes sur la neige gelée, et à 3 heures du matin les batteries étaient en position, sans avoir été aperçues par l'ennemi.
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Comme les pièces tirent avec notre poudre sans fumée, les Turcs i^oreront certaineDieot longtemps d'où partent les obus cbai^ de ' c trotyl >, le nouvel explosif, dont paralt-il, les effets destructeurs n'ont jamais été dépassés.
17 février. — Ce matin, vers 7 heures, un officier bulgare, accompagné de deux cavaliers por* leurs d'un drapeau blanc, s'avança sur la routo de Mustapba-Pacha à Ândrinople. C'était ud parlementaire envoyé par le général Ivanof au commandant de la place assiégée. Ayant gagné la zona située entre les lignes serbes et turques, il s'arrâta à mi-chemin des premières tranchées ennemies et fit agiter son fanion.
Il resta ainsi pendant uae heure sous le vent violent. Personne, du côté turc, ne sembla se soucier de sa présence. £lnlîn, las d'attendre, il s'en retourna, comme il était venu, rendre compte de son inutile démarche à celui qui l'en avait chargé.
Je pensais que le général Ivanof allait donner l'ordre de recommencer le bombardement. U n'en est rien et l'on se croirait revenu auzjours quiets de l'armistice.
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La Vie des Assiégeants.
i8 février. — Le calme continue à régner et n'ayant à noter aucune escarmouche j'en profite pour décrire notre vie.
Le frugal repas que les officiers serbes m'in-, ritent à partager s'agrémente en mon honneur et g;râce à d'étonnants tours de force de mets inconnus jusqu'alors dans les tranchées.
C'est ainsi qu'il me fut donné de savourer un jour un poisson exquis ! Une autre fois, de chaudes « palatchinké >, c crêpes à la confiture >, (Virent triomphalement apportées à la fin du diner par notre chef cuisinier, M. Malasch, architecte à Belgrade et haut fonctionnaire du Ministère des travaux publics, mais simple sous-officier devant Andrinople. Ses fourneaux (?!) éteints, il déguste avec nous les produits d'une science culinaire qui le surprend lui-même.
Au camp de Kouionli, c'était à un docteur en
S3d les tictoibbs sbrbes
droit de la Faculté de Paris qu'incombait ia charge, aussi délicate que difficile, de chef de c popotte ).
Plus je vis au milieu de l'armée serbe, plus je constate la cordialité qui, sans nuire à la discipline, règne à tous les degrés entre supérieurs et subordonnés, depuis le soldai paysan jusqu'au général en chef.
A l'ordre qu'on lui donne, l'inférieur répond : c Rasoumen ! > (compris). Il salue et s'élance, quels que soient la difiiculté ou le danger, pour l'exécuter ou... se faire tuer.
Cest une chose extrêmement touchante que cette soumission aveugle, cet abandon à la volonté du supérieur. Le soldat a une confiance absolue dans ses officiers. Un ordre n'est jamais discuté : puisqu'il est donné, c'est que le bien général et le devoir l'exigent.
En dehors du service, une camaraderie simple et fraternelle rassemble tous les officiers qui ne dédaignent pas de causer et de rire avec leurs hommes.
La coutume serbe veut que le gradé tutoie son inférieur qui lui répond c vous ». Pourtant un jour j'ai entendu un sous-officier âgé et grisonnant répondre < tu > à son capitaine.
€ — C'est mon professeur, m'expliqua ce der-
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nier à qui j'en demandais la raison, voici quatre mois j'étais encore son élève à l'Université de Belgrade et, ma foi, nous n'avons pas encore pu nous accoutumer à renverser les rôles. ■»
La guerre venue, le savant professeur était parti faire son devoir avec tes autres.
L'entente étroite, la sympathie qui unissent les différentes armes serbes méritent aussi d'être signalées.
L'infanterie ne tarit pas sur les exploits de l'artillerie, laquelle n'a pas assez d'éloges pour parler de l'infanterie. Sapeurs, cavaliers, fantassins, canonniers, infirmiers s'estiment et s'aiment mutuellement, sans rivalité, sans jalousie, et sont toujours prêts à s'entr'aider.
Et dans ce temps de siège, où le nécessaire manque parfois, c'est un échange constant entre les différentes cantines, quand de Serbie y arrivent quelques douceurs, quelques friandises envoyées par les parents restés au pays.
Toutes les vingt minutes, une pièce tire. Les forts turcs ne s'en soucient guère, car ils ne répondent même pas.
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Les gros canons serbes sont en place et officiers et servants brûlent d'envie de commencer le bombardement, mais le géDéral Ivanof i interdit aux deux secteurs serbes de se servir da leurs canons sans son ordre.
19 février. — Après avoir visité ces nouvelles batteries, j'avais bien tranquillement réintégré la casemate du capitaine Bogdanovitch et je griffonnais mes notes sur la caisse de munitions qui tient lieu de bureau, lorsque ce capitaine et le commandant Lazarévitch m'apportèrent une grave nouvelle.
Le général Ivanofï venait d'apprendre, j'ignore comment, ma présence, malgré sa défense formelle, parmi les assiégeants. Aussitôt il avait donné l'ordre aux quatre secteurs de me rechercher, de s'emparer de moi coûte que coûte et de m'amener sous escorte à Mustapha Pacha !
Diable ! c'est beaucoup d'honneur pour un simple reporter !
Belgrade, 2i février. — Depuis le 8 février j'étais en rébellion avec l'autorité militaire bulgare ; aussi, peu soucieux de faire connaissance avec ses prisons et pour ne pa3 comprwnettre dangereusement les officiers serbes dont j'étaii l'hôte, j'ai cru prudent de battre en retraite.
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Mon mouvement stratégique a été couronné de succès, mais, pendant 48 heures, je n'en ai pas mené large. Si j'ai pu repasser par Kadikai, Mustapha-Pacha et traverser toute la Bulgarie, où chaque gare est occupée militairement, sans être arrêté, je le dois à l'obligeance du docteur Kopcha, qui voulut bian m'accepter comme i blessé bénévole » dans son trait) sanitaire.
Mes notes, écrites le jour le jour, se terminent donc ici. Cependant, je crois intéressant d'ajouter quelques lignes de comparaison entre les munitions des artilleries turque et serbe.
J'ai pu constater de visu combien les premières étaient mauvaises. Dans toutes les tentes, dans chaque casemate où je fus reçu pendant mon séjour devant Andrinople, j'ai trouvé des shrapnells ou des obus à grande capacité tombés sans avoir éclaté et qu'officiers et soldats conserraient comme souvenirs.
Précédemment j'avais déjà fait la même remarque en Macédoine, mais il s'agissait alors de projectiles tirés par des canons de campagne, et comme les Turcs débouchaient les fusées à la main, on pouvait mettre le non-éclatement des obus et des shrapnelli sur le compte de l'aiTolB' ment des servants.
Devant Andrinople, où l'ennemi était bien en
sûreté dans ses forts, cette explication n'est plos acceptable.
Je dois même une c belle chandelle » à la maison Krupp, car, un après-midi que je me trouvais dans la casemate du capitaine d'artillerie Bogdanovitch, nous entendîmes près de nous ud coup violent et sourd. Cétalt un superbe projectile c Made in Germany > lancé du fort Marascb par un gros canon de 15 centimètres. Il venait de s'enterrer profondément dans le sol, à quatre mètres de nous.
S'il avait éclaté comme un honnête obus français, que serait-il advenu de notre casemate et de nous? Extrait de sa tombe par les artilleurs, je ne l'examinais pas sans trembler, cependant que ceux-ci, rassurés par l'expérience, le maniaient comme une lourde poupée, sans paraître se soucier de la terrible mine qu'il renfermait.
Je ne fus tranquillisé qu'après avoir vu s'éloigner à bonne distance ces quarante kilos de picrite et d'acier.
Les officiers d'artillerie, que j'ai questionnés à cette occasion, m'ont affirmé qu'en moyenne 15 "/o (soit un projectile sur 6 ou 7) des obus lancés par les Turcs n'éclataient pas. Ce pourcentage est, parait-il, énorme.
LE SIÈGE d'ANDRIKOPLB
Par contre, Us ont été unanimes à me vanter la qualité des munitions françaises. Le commandant Lazarévitch m'a déclaré ne pas avoir constaté un seul raté depuis le début de la guerre.
J'ai fait encore une autre observation que je crois intéressant de consigner ici. C'est l'invisibilité presque complète, même à très faible distance, des troupes serbes revêtues de la tenue de campagne.
A cent mètres, grâce à cette tenue dont la teinte gris-marron clair est celle de la terre sèche, je ne distinguais pas une compagnie couchée sur le sol, tandis que les troupes revêtues de capotes bleues (il y en avait quelques-unes dans le deuxième ban) ou d'uniformes de couleurs foncées (troisième ban) s'apercevaient à plusieurs kilomètres de distance.